2de guerre mondiale à Paris : pas de chauffage, pas de nourriture…

J’ai plusieurs souvenirs de cette guerre :

  • Un bruit violent qui m’avait fait, bébé, couchée sur un tissu bleu couvrant un divan dans le salon, me renverser.
  • Les usines Renault de Billancourt étaient à quelques kilomètres en surplomb de Vanves située dans une cuvette de la région Sud de Paris. Les alliés bombardèrent ces usines le 3 mars 1942, en juin 1942, le 3 septembre 1943 les bombes tombent à Auteuil à l’ouest, nouveau largage le 15 septembre 1943, imprécis, qui touche toutes les communes environnantes.
  • Bien qu’à chaque alerte toute la famille allait se réfugier dans les caves de l’immeuble, dont je me remémore les gens assis en désordre sur des bancs, éclairés par une lumière très ténue ; peut-être que les sirènes, au sifflement tournant, tout aussi terrifiant que les bombes, avaient été déclenchées un peu tard ?
  • Le bruit de ces sirènes je les entendis toute mon enfance, car le Ministère de l’Intérieur institua de les faire tourner chaque premier mercredi de chaque mois durant une minute pour vérifier qu’elles soient en bon état de fonctionnement.
  • J’ai aussi de vagues souvenirs d’uniformes et de bottes dans l’entrée de l’immeuble. Et quelques années plus tard, d’un défilé de réfugiés, plutôt une manifestation, à côté du parc où j’étais avec ma mère, celle-ci me cachant le visage en me disant : « ne regarde pas. » Qu’était-ce ? N’est-ce que mon imagination qui « voit » des sortes d’uniformes rayés ? Vêtements si connus des déportés…

Le rationnement de la nourriture

le rationnement en France de 1939 à 1949
le rationnement en France de 1939 à 1949

voici sur le côté en photo écran une liste des produits alimentaires rationnés

Liste succincte des produits rationnés pour les Français :

Dès la défaite le régime de Vichy applique le rationnement, mais il faut attendre le 23 septembre 1940 pour que les cartes d’alimentation soient instituées dans toute la France. Avec 1200 à 1800 calories réservées par jour et par personne – en fonction de critères, notamment l’activité, le lieu de résidence, le sexe ou l’âge – le rationnement est strict. À titre d’exemple la carte de rationnement pour un parisien donne doit à :

  • 275 grammes de pain par jour (produit essentiel pour l’alimentation pendant et après la guerre) ;
  • 350 grammes de viande avec os (! en général les humains ne mangent pas les os) par semaine ;
  • 100 grammes de matière grasse (souvent du saindoux dont j’ai le souvenir que ma mère gardait dans des pots en bas de l’armoire) ;
  • 200 grammes de riz par mois (et la farine ? qui est généralement la coutume alimentaire française permet par exemple d’épaissir les plats de légumes) ;
  • 500 grammes de sucre par mois ;
  • 250 grammes de pâtes par moi.

Cette liste n’est pas exhaustives, mais surtout n’intègre pas un élément essentiel, la disponibilité des produits. En effet, malgré une carte de rationnement si les pénuries en cours, l’affamé ne pourra pas avoir de pitance.

Tiré de :

« Le rationnement en France de 1939 à 1949,

à voir sur le site de la Revue d’histoire « le rationnement en France de 1939 à 1949 »

J’ai peu de souvenirs des queues que ma mère devait faire pour obtenir, à l’aide des tickets de rationnements distribués selon le nombre et les âges de chaque membre de la famille, quelques grammes de quoique ce soit : pain, saindoux (stocké dans des grands pots au bas d’une armoire), viande, jambon, oeufs, carottes, navets, choux, rutabagas, le beurre et le fromage presque inconnus.

Durant mon allaitement, qu’elle me prodigua durant au moins huit mois, ma mère faisait la réflexion de savoir comment elle pouvait avoir tant de lait en ne mangeant « que des carottes ».

Mes parents, comme d’autres Parisiens, allaient à la campagne de temps à autre, pas souvent, pour chercher et acheter au grès des trouvailles : un poulet, un lapin, un jambon. Le jambon était coupé en tranches fines pour durer… trop longtemps parfois alors les vers s’y logeaient.

Il fut adopté un lapin laissé libre sur le balcon le temps de son engraissement avec nos restes. Il devait crier famine car la voisine hurla bientôt « l’Italienne, rentre chez toi » parce qu’en passant par la mince séparation de son balcon du notre il avait manger tout le tabac qu’elle faisait pousser dans des pots de fleurs, d’autant aussi que l’Italie, alliée de l’Allemagne, était en guerre contre la France.

Le chauffage de fortune

J’ai un vif souvenir de l’appareillage qui traversait tout l’appartement pour nous chauffer, car le chauffage central de l’immeuble était arrêté, sans doute faute de charbon, cela dut durer encore quelques années après la guerre, tout comme le rationnement qui se maintint jusqu’années 1949.

Je vous propose cette image que j’ai trouvé sur le net, sauf que :

  1. le notre n’était pas si beau
  2. plus petit
  3. et surtout à charbon, celui -ci étant à bois !

    godin petit godin bois et charbon
    godin petit bois et charbon
  • À partir d’un poêle Godin situé au centre de l’appartement dans la salle à manger, courrait à travers chaque pièce, un système de tuyaux de poêle accrochés au plafond ; à chaque jointure était suspendu à l’aide d’un fil de fer un petit récipient en métal pour recueillir la suie qui devait en suinter. Ainsi le peu de chaleur dégagée se répandait dans tout l’appartement. Encore fallait-il remonter depuis la cave, six étages plus bas sans ascenseur, les kilos de charbon. Il me semble que ma mère fournissait le plus gros de la charge. Peut-être mon père en rentrant du travail portait-il son sceau quotidien ?

Les fenêtres étaient occultées pour la nuit : rideaux épais doublés renforcés par les volets en fer dont chaque jour était bourré de journaux pour que les avions ennemis qui volaient au-dessus de la ville ne puissent s’orienter ni même détecter qu’ils étaient au-dessus d’une ville. Ces journaux tassés dans chaque jour de chaque volet restèrent plusieurs années après la guerre.

Ma mère vécut très mal cette guerre

Au point qu’elle en reparla constamment, à tout propos, tout au long de sa vie. Je ne pouvais plus l’entendre parler de la guerre. Cela m’insupportait, me vrillait les oreilles, j’avais envie de hurler :

« tais-toi je n’en peux plus de t’entendre parler de la guerre au moins une fois par semaine depuis des dizaines d’années et me l’écrire dans tes lettres. »

Je ne dis jamais rien, ou si peu, sauf peut-être une ou deux fois arrivée à l’âge adulte. C’est la présence même de ma mère qui me devint insupportable, s’empirant au fil des années. Elle avait été traumatisée pour la vie. Et, de fait, personne ne s’en préoccupa.

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