Ma mère m’emmène dans sa chambre et son lit 1955-1960

la chambre à arles, by vincent van gogh

Pendant cinq années ma mère m’entraina dans sa chambre le soir

dans son lit, durant les absences de mon père, pour que je lui tienne compagnie la nuit et que je remplace mon père.

Ses chantiers répartis en France et à l’étranger obligeaient mon père à des absences constantes. Absent durant plusieurs jours du fait de ses voyages en voiture, train ou avion pour aller visiter, inspecter, contrôler l’avancement de ses chantiers en cours, dans le Nord et l’Est de la France, mais aussi en Algérie et en Irak.

Cela dura jusqu’à ce que je ne sois plus vierge vers l’âge de 18 ans, cet âge fut-il un hasard ? Ou le fait que je ne sois plus vierge m’enlevait-il tout attrait pour ma mère ? Parallèlement à ses confidences qu’elles me tenaient dans la journée et qui s’arrêtèrent elles aussi quand j’atteins 18 ans.

Je comble le vide du à l’absence de mon père dans le lit

Cinq ans durant ma mère m’emmena dans la chambre de son couple, dans le lit de son couple qu’elle formait avec mon père. Elle déverrouillait la porte et m’entrainait…

  • Je n’ai jamais refusé, ce dont je me sentis coupable durant de nombreuses années, j’aurais du dire non et esquiver, je n’en eus jamais la force, et pourtant je haïssais ces nuits couchée au côté de ma mère, le dégoût m’envahissait.

La force mentale de ma mère était plus forte que la mienne, je n’avais pas assez de force morale pour m’enfuir et monter au plus vite dans ma chambre.

Ainsi je me retrouvais au côté de ma mère bien malgré moi

Son odeur m’envahissait. Sa transpiration imbibait les draps et les couvertures lourdes sur nous. Je ne savais comment m’échapper le plus loin possible de son corps, alors qu’elle m’entourait, me disant :

  • on fait comme avec ton père, quand ton père est là à ta place.
  • Elle me prenait la main.
  • Se collait à moi.
  • M’entourait de son corps…

Inceste maternel répété de générations en générations ???

Était-ce un comportement qu’elle avait du subir de sa propre mère quand celle-ci s’était retrouvée abandonnée par son mari ?

  • Sa mère, ma grand-mère Anita, avait-elle reproduit un comportement qui l’avait faite fuir Rome, puis, vu sa condition d’abandon, reproduit sur sa fille pré-adolescente, que ma mère perpétuait de génération en génération et au même âge de la fille ? Anita avait-elle du subir un comportement similaire de sa mère au même âge, puis s’enfuir vers Bologne ?

La vraie raison de ma mère adolescente quittant son domicile familiale n’était-elle pas pour fuir sa mère plutôt que la raison invoquée d’aller à Reims pour voir son père ?

  • Car bientôt abandonnée à nouveau par son père à Reims elle ne revint pas à Montargis pour réintégrer le domicile de sa mère où vivaient aussi sa sœur et son frère, elle préféra choisir de devenir bonne chez des maitres, et ne revit sa mère qu’après la guerre en 1945 pour aller la visiter sur son lit d’agonie, soit 25 ans plus tard, laps de temps durant lequel ma mère ne revit pas sa mère.

S’écrivaient-elles ? Ma mère tint-elle sa mère au courant de l’évolution de sa vie ? de son mariage, de la naissance de ses filles ? Son frère Giordano connaissait son adresse en France puisqu’il nous envoyait des colis de riz, et l’informa de l’agonie de sa mère à la fin de la guerre : c’est la seule chose dont je sois sûre.

Ces deux mères, Anita et Alda, répétaient-elles l’inceste qu’elles avaient subi ?

Ces deux mères étaient-elles entrainées par une répétition d’actes incestueux sur leur fille remontant à plusieurs générations ?

  • La pulsion était-elle irrépressible ?
  • Et pourtant la vraie question à se poser était : avaient-elles apprécié ces comportements de leur propre mère ?
  • Ne s’étaient-elles pas senti comme violées ? Ce que moi je ressentais, bien que je restai passive.

Ma grand-mère, puis ma mère avaient pourtant fui le domicile familiale toutes deux adolescentes, toutes deux le plus loin possible, l’une vers Bologne, l’autre vers Reims, et pourtant ma mère répétait le même comportement incestueux. Ce comportement perturbera toute ma vie de jeune fille puis de femme… et ma vie sexuelle jusqu’en 1989… époque où je finissais mon analyse et rencontrais le seul homme que j’aimais dans ma vie…

Visite et révélations à Rome années 1950

rome antiquite et moderne

Visite et révélations à Rome

Années 1950, alors qu’en France les tickets de rationnement avaient arrêté d’être le seul moyen d’acheter de la nourriture, mon père voulut faire connaissance avec la famille de sa femme résidant à Rome. Il nous y emmena en voiture.

Je découvris la famille dont était originaire ma mère, Alda, par sa mère, Anita, qui l’avait quitté fin du 19ème siècle

Je ne me souviens pas des gens, mais uniquement de l’appartement qui me parut immense et des sols en marbre qui brillaient ! Mais comme c’était l’été tout était assombri pour se protéger du soleil qui tape à Rome, sud de l’Italie.

Secours d’Enrico années 1920 à 1930

rome antiquite et moderne
rome antiquite et moderne

Là, par Enrico, le frère cadet de Anita, ma grand-mère qui était morte dix ans auparavant, ma mère apprend qu’il l’a secouru  durant les années 1920 à 1930, à l’insu du reste de la famille au milieu de laquelle il vivait, lorsqu’elle se retrouva abandonnée par son mari avec trois enfants à charge. (je rappelle que Anita repartit pour l’Italie années 1930 avec son fils cadet).

Ma mère n’avait sans doute pas encore réfléchi à la situation de sa mère, Anita, quand elle s’était retrouvée abandonnée par son mari années 1920.

Alda, adolescente à ce moment, n’avait pensé qu’à elle-même. Fille ainée elle avait un rôle majeur : aider sa mère dans ses tâches ménagères et d’éducation des plus jeunes, Olga et Giordano. Si bien qu’elle n’alla pas souvent à l’école.

Sa mère a du lui paraitre égoïste dans son désespoir de femme abandonnée, alors qu’elle-même était privée de son père et qu’il lui manquait gravement.

Anita devait être dans un état de dépression non diagnostiquée et encore moins soignée, peu encline à accomplir les tâches quotidiennes (1) d’une femme seule en charge de 3 enfants, qui devaient s’étager de 8 ans, 10 ans, 13 ans pour ma mère quand elle quitta le foyer familiale.

Enfant j’ai accompagné ma mère en Italie à la sortie de la guerre, puis années 1950

Ma mère fut bouleversée durant plusieurs jours, voire semaines : elle s’était comporté comme une fille (10/14 ans) égoïste ne pensant qu’à sa condition personnelle à qui il manquait un père, et qui n’allait plus à l’école…

Elle se le répétait tout haut, prenant les autres à témoins, comme pour s’assurer qu’elle comprenait toutes les répercussions à postériori d’une telle information. Moi, sa fille cadette, en a gardé un souvenir marquant, par exemple ma mère en parlant devant tout le monde dans le métro parisien…

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(1) pas de machines électriques à l’époque pour laver le linge, la vaisselle, etc…

Anita retourne vivre en Italie avec son fils années 1930

milan galerie vittori emanuele

Mussolini incite les émigrés à revenir dans leur pays : l’Italie

Anita retournera en Italie, à Milan, à partir des années 1930, époque du fascisme, accompagnée de son fils cadet, Giordano. Les raisons en étaient multiples. Retrouver l’Italie en était la principale, sa langue, sa culture, reparler quotidiennement l’italien en étant compris de tous, les habitudes alimentaires (tomate, huile d’olive, riz, pâtes, peu de viande) inconnues dans la France du Centre et de la Champagne rémoise des années 1920 qui étaient plutôt une soupe de légumes, avec peu de viande, où on faisait tremper le pain. De plus Mussolini, qui a pris le pouvoir depuis 1922, encourage les expatriés à revenir chez eux en Italie par des primes qu’il leur alloua.

Mussolini avait la même origine géographique que le mari de Anita, Bologne ; s’étaient-ils côtoyés dans les milieux anarchistes, puis social révolutionnaire ? La direction de la Suisse que le couple avaient empruntée était-elle la même qu’emprunta Mussolini ? En effet Mussolini refusant de faire son service militaire en Italie part pour la Suisse où il séjourna de 1902 à 1904 et milite auprès de ses compatriotes italiens dans les rangs du socialisme révolutionnaire ; arrêté successivement à Berne puis à Lausanne.

On pourra remarquer que Anita ne retourne pas à Rome, mais va à Milan

Milan est le meilleur choix

milan galerie vittori emanuele
Milan galerie Vittori Emanuele

 

Pourquoi Milan alors qu’elle était née et avait vécu sa jeunesse à Rome où elle avait encore de la famille, ou Bologne où vivent sans doute encore ses connaissances et la famille de Giovanni ? On peut penser que son choix fut de ne plus revoir sa famille romaine… ce qui, là encore, pourrait confirmer qu’elle l’avait fui durant sa jeunesse … et ne plus revoir non plus la famille d’un mari qui l’a abandonnée.
Milan à partir des années 1880 et suivantes commença son industrialisation. Elle avait été la ville de ralliement des faisceaux de Mussolini en 1919.

C’est à Milan que son fils avait le plus de probabilités de trouver un emploi qui lui offrirait un avenir dans l’industrie. Milan avait commencé à être une grande ville industrielle sous « la conduite » de l’Autriche, on pouvait y trouver des emplois qualifiés, ce que fit Giordano. Milan avait une autre qualité qui fut appréciée par ce fils : les Alpes proches, montagnes qui lui devinrent indispensables pour sa pratique de sports, les Alpes aux paysages grandioses et ses lacs : Majeur, Côme, et Garde.

Giovanni trompe sa femme et la quitte années 1920

interdit aux chiens et aux italiens

Giovanni trompe sa femme Anita

Vers les années 1920, Giovanni va avoir une nouvelle relation stable avec une autre femme que la sienne ; dans la famille il est dit « avec la bonne » : vrai ou faux ? Le couple avait-il les moyens de salarier une employée de maison ? Quoiqu’il était plus courant que maintenant qu’une famille nombreuse, même modeste, emploie une servante, les tâches ménagères, surtout avec quatre enfants, étaient plus lourdes que maintenant.

Giovanni quitte le domicile conjugal pour aller s’établir avec elle à Reims, on ignore là encore pourquoi Reims, réputé pour son vin, mais la Champagne est avant tout une terre agricole pauvre.

électricien à son compte à Reims

Dans cette ville il s’établit électricien à son compte ce qui comporte à la fois réparations, installations et commerce, et y initie son fils aîné qu’il a emmené avec lui. Ce fils, Giovanni continuera le métier, le petit fils continuera aussi, mais il mourra à 30 ans d’un accident d’avion, trop jeune pour perpétuer le métier.

Niveau de vie de Anita très bas

Alors que la vie quotidienne matérielle de Anita s’était améliorée depuis la fixation du couple aux alentours de Montargis, elle va brutalement devenir une sorte d’enfer.

Anita se retrouve seule avec à charge trois enfants puisque Giovanni est parti avec l’aîné. Elle n’a aucun moyens de subsistance.

Elle écrit à son frère cadet, Enrico, qui va la secourir financièrement en cachette du reste de la famille romaine, ce qui confirmerait l’hypothèse qu’elle aurait fui sa famille à la fin du 19ème siècle ou tout début du 20ème.

Alda fuit et va voir son père à Reims

Alda se rend à Reims pour retrouver son père, vers l’âge de 15/18 ans, donc encore mineure.

Adulte elle en avait encore un souvenir ébloui. Il l’a gâta tant et plus, lui offrant de beaux vêtements, la recevant chez lui.

Mais cela ne dura que quelques mois, car la nouvelle compagne s’en révéla jalouse et fit en sorte que cette fille, qui finalement dérangeait sa relation de couple, ne fut plus gâtée ni reçue par son père.

Alda s’est-elle enfuit vers son père à Reims uniquement pour le voir et combler un manque affectif ? ou aussi pour fuir, une ambiance malsaine, comme sa propre mère qui s’était enfuie de Rome ?

Car quand son père refusa de la recevoir Alda ne revint pas à Montargis, vers sa mère. N’était-ce pas ce qui aurait été le plus naturel pour une adolescente qui devait avoir autour de 15 ans ?

  • À moins que quelque chose l’en empêcha ?
  • Alda vécut-elle durant son adolescence une relation incestueuse avec sa mère ? l’inceste est la plupart du temps héréditaire, se répétant de génération en génération.
  • On peut le poser en hypothèse : quand elle s’était retrouvée seule à Reims, le réconfort et soutien de sa mère eut été le plus naturel.
  • Anita reproduisit-elle ce qu’elle aurait subi dans sa jeunesse par sa propre mère ?
  • L’inceste maternel avait-il commencé depuis plusieurs générations ?
  • La situation de Alda suppléante d’une mère dépressive et abandonnée par son mari, la livrait à sa mère… ce que Alda a fuit !

Alda prend un emploi de femme de chambre

Se retrouvant seule à Reims et n’y connaissant plus personne, Alda trouve un emploi de femme de chambre.

La seule collègue dont elle me parla était la cuisinière qui la conseillait pour sa vie de jeune fille.

Il manque des informations car habituellement dans une maison bourgeoise il y a aussi une gouvernante et une bonne.

Elle ne dit pas par quel moyen elle trouva un tel emploi. Peut-être a-t-elle pu faire valoir son expérience de fille ainée dans sa famille ?

Le racisme en France vis à vis des Italiens

Issue d’une famille d’immigrés ma mère ne me parla jamais du racisme qui pourtant était vif vis-à-vis des Italiens.

À partir de la fin du 19ème siècle la France commença à avoir besoin de bras supplémentaires pour son industrialisation.

Ainsi commença les immigrations polonaise et italienne.

Les immigrés italiens souffrirent particulièrement dans le Sud Est (Savoie) et le Sud (Nice) d’un racisme violent se caractérisant par des sortes de chasse à l’homme par les Français pour dissuader les Italiens « de prendre leur travail », alors que l’industrie et même les campagnes avaient besoin de ces bras supplémentaires.

interdit aux chiens et aux italiens
interdit aux chiens et aux italiens

Ces chasses à l’homme firent des morts parmi les Italiens.

Ce racisme accompagna la croissance de l’immigration italienne bientôt remplacée par les Algériens à partir des années 1950.

Les Italiens furent le plus gros contingent d’immigrés en France durant trois quart de siècle (1).

Les paysans étaient rivés à leur terre depuis la découverte de l’agriculture , mais du fait de sa modernisation elle avait besoin de moins de bras, les paysans devenaient ouvriers dont le nombre augmentait d’année en année depuis la forte industrialisation du milieu du 19ème siècle (Napoléon le 3ème, ou « le petit » selon Victor Hugo), et ils étaient amenés à chercher un emploi à travers toute l’Europe.

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1 – Voyage en Ritalie, Pierre Milza, 1993, : de 1921 à 1931, chaque année arrive en France un contingent de 200 000 à 380 000 Italiens en France. 1931 année record de la présence italienne en France on peut avancer le chiffre d’un million d’Italiens (sur un total de 3 millions d’immigrés) présents sur le sol français. À cette date la France devance les États-Unis en matière d’immigration.

Anita rencontre Giovanni son futur mari 19ème siècle

montargis canal longeant la place jules ferry

Rencontre de Anita avec Giovanni

À Bologne, Anita rencontre un homme qui va définitivement marquer sa vie car il deviendra son mari puis la quittera.

Mais avant ils vont se fréquenter. On ne sait pas si Anita était vierge ou non avant de le connaitre. Cet homme, Giovanni, est d’une condition sociale dite inférieure : il est ouvrier électricien à la mode de la fin du 19ème ou du début du 20ème, c’est à dire qu’il pose les poteaux qui conduisent l’électricité et/ou le télégraphe. On ne sait rien sur ses penchants politiques : est-il anarchiste ? Une question à se poser dans le contexte de la ville de Bologne. On ne sait pas ce qui séduisit Anita chez cet homme. Dommage. La suite de l’histoire nous dira qu’il était séducteur.

Sans doute avait-il un charme particulier pour séduire une fille de la riche bourgeoisie romaine, instruite, cultivée. On peut tout au moins imaginer qu’il avait certaines qualités comme l’intelligence, la curiosité sans doute, le désir de réussir sa vie par le haussement de sa condition sociale d’origine et donc une certaine ardeur à gagner sa vie.

Giovanni est déjà marié

Le statut que le couple a à Bologne n’est pas simple car il est marié et le divorce est interdit en Italie par la puissante Église catholique qui contraint l’État à obéir à ses lois morales.

Anita devient enceinte et ils décident de garder l’enfant pour cela ils doivent quitter l’Italie, l’enfant devant naitre hors du territoire de l’Italie pour que le père puisse le reconnaitre. Peut-être n’est-ce pas sa première grossesse et celle-ci ils veulent la mener à terme, l’attachement qu’ils ont l’un à l’autre est assez fort pour penser à construire une famille, et pour cela il faut qu’il divorce et donc qu’ils quittent l’Italie.

Ils quittent l’Italie direction la France

Ils prennent la route au début du 20ème siècle, direction la Suisse le but étant la France. S’ils avaient envisagé l’Allemagne ils auraient pris la direction de l’Autriche qui est la ligne Nord directe depuis Bologne, pour la France il faut obliquer vers l’Ouest et le chemin est plus long.

La France est peut-être un pays qui parait plus stable, plus avancé économiquement et politiquement, l’Allemagne ayant vécu, un peu comme l’Italie, son unification territoriale récemment. La France est le pays de la Révolution, mais aussi des Napoléon. La France est plus proche de la culture italienne que l’Allemagne, sa langue plus facile à apprendre et parler. Peut-être aussi que la France incite l’immigration italienne plus que l’Allemagne ?

Naissance d’un fils : Giovanni jamais reconnu par son père

Leur premier enfant, un fils, nait en Suisse en 1907. Il reçoit le même prénom que son père, Giovanni, mais ne peut être reconnu car le père n’a pas encore divorcé et ne peut le faire tant qu’il a la nationalité italienne, et ils ne prennent pas la nationalité suisse puisqu’ils n’envisagent pas d’y rester.

Il aurait pu le reconnaitre plus tard, une fois divorcé, en France, ce qu’il n’a jamais fait. C’est l’ainé et c’est un fils, il restera le préféré, sans jamais être reconnu, il portera toute sa vie, ainsi que sa lignée, le nom de sa mère. Pourquoi le père, Giovanni, ne l’a-t-il pas fait une fois en France ? par négligence ? Cela reste une énigme.

Naissances successives

Les dates et lieux de naissances successives nous indiquent le chemin parcouru. La seconde naissance est une fille, née en juin 1909 à Thonon-les-Bains, soit côté français de la frontière franco-suisse, Alda, ma mère. La troisième de nouveau une fille en juillet 1911 en Haute-Savoie, Olga, et le quatrième un garçon, Giordano, né en juillet 1915 proche de Grenoble, en Isère.

Donc, depuis la Suisse, ils redescendent à travers les Alpes, côté français. Peut-être ont-ils cherché à s’y fixer. Mais la Savoie est la région, ainsi que la côte niçoise, où sévit un racisme anti-italien violent : des Français attaquent les Italiens à coup de gourdin et en tue un certain nombre.

Montargis

montargis canal longeant la place jules ferry
Montargis canal longeant la place jules ferry

Ils se fixent à Montargis, commune du département du Loiret, dans le centre de la France, région boisée et d’un réseau hydrographique dense. En 1911 la commune comptait 12 927 habitants, et en 1921 12 524 évolution due peut-être en partie aux morts de la guerre de 1914 et aussi au début de la migration des agriculteurs vers des villes qui ont besoin de bras pour l’industrie en expansion.

Mais qu’à donc d’attrayant Montargis, ville peu connue, du point de vue de l’emploi d’un électricien. C’est là que se cache les qualités d’une ville si on n’y regarde de plus près : le caoutchouc. On pourrait se poser la question de savoir s’il n’est pas resté le nom Montargis parce que plus facile à mémoriser que Châlette-sur-Loing où se situe une usine de pneus (Hutchinson) depuis la fin du 19ème siècle et qui emploie de nos jours 40 000 personnes, parmi eux certainement des électriciens, l’industrie automobile étant en pleine expansion après la première guerre mondiale. Mais il est aussi possible qu’il se soit mis à son compte.

On manque d’informations pour comprendre pourquoi Montargis plutôt qu’une ville plus importante. Montargis est une ville de gauche depuis la Révolution, point commun avec Bologne ; elle va accueillir un nombre significatif de réfugiés Républicains Espagnols à partir des années 1930, l’immigration italienne n’y est pas notée par les statistiques.

Mais Giovanni va quitter le domicile familial pour Reims au cours des années 1920, et Anita quitter définitivement Montargis pour Milan début des années 1930.

19ème s. Anita quitte le foyer familial : un inceste ?

bologna san petronio piazza maggiore

Pourquoi a-t-elle quitté le foyer familial et surtout Rome fin du 19ème siècle ?

L’histoire ne le dit pas, nous sommes donc contraint d’émettre des hypothèses. À l’époque une jeune fille de la bourgeoisie romaine ne quitte pas sa famille, excepté si elle est contrainte  … à la fuite !

S’est-elle avérée enceinte ?

  • Alors ses parents l’auraient reniée et mise à la rue.
  • Alors elle aurait avorté car son premier enfant (connu) naquit plus tard.
  • Dans ce cas qui était le père ? un amour clandestin ? un viol ? un inceste ?

Nul besoin d’attendre un enfant dans le cas d’un viol ou d’un inceste pour fuir.

L’inceste est une forme de viol. Le viol n’est pas forcément un acte ponctuel d’une fois, mais peut être répété, constant, s’il s’agit d’une personne proche, une fréquentation de la famille, ou un membre de la famille, homme ou femme.

Il est en effet toujours sous entendu que le viol ou l’inceste seraient perpétrés par une personne de sexe masculin, c’est oublier qu’une personne de sexe féminin peut en être coupable. Il est dans l’imaginaire collectif que le membre masculin serait une arme indispensable pour perpétrer un viol ou un inceste.

Les femmes commettent aussi de tels actes, mais le tabou est tellement fort qu’on l’ignore. À moins que l’on sous-entende que ce serait moins grave, plus doux, de l’ordre de l’affect plutôt que de la sexualité ; la sexualité féminine serait moins pulsionnelle.

Pourtant, homme et femme sont identiques sur ce point et les différences pulsionnelles ne sont pas de genre mais d’individu. Les deux sexes peuvent ressentir des pulsions pour leurs proches et ne pas savoir les maitriser.

Il est difficile d’aller plus loin dans les raisons possibles du départ de Anita de son milieu familial. On peut juste supposer que la ou les raisons étaient impératives.

Un traumatisme est pour toujours, toute la vie, inscrit dans la peau, dans le cerveau, il faut longtemps pour s’en désapprendre ou s’en distancier, voire jamais.

Un inceste perpétré par une mère, par exemple, est pire encore que celui perpétré par un père.

La mère est proche par nature du corps de l’enfant dès avant sa naissance et après par l’allaitement, les soins au corps de l’enfant.

Le père, même attentif à son enfant, n’est pas dans cette même intimité avec l’enfant ;

  • ainsi, l’interdit de l’inceste outrepassé par une mère est plus grave moralement et déséquilibre plus gravement la psyché de l’enfant. L’Humain est d’abord un être de ressenti psychique, émotif, le physique en dépendant, non l’inverse.

Anita devient enseignante à Bologne

bologna san petronio piazza maggiore
Bologna San Petronio piazza Maggiore

Ma grand-mère Anita née au 19ème siècle à Rome

rome antiquite et moderne

Qui était ma grand-mère Anita ?

Qu’a-t-elle laissé comme trace sinon :

  • son départ, jeune fille, du domicile familial de Rome pour Bologne,
  • son état de mère de quatre enfants, deux filles deux fils, nés en Suisse puis en France, et sa mort à Milan juste après la 2de Guerre mondiale. C’est ce qui reste dans les registres civils, et c’est bien mince.

Un mystère plane sur sa vie quand on s’y penche pour essayer de la connaitre.

Fille du 19ème siècle

Son premier mouvement connu nous laisse perplexe :

la représentation que l’on a d’une fille de la fin du 19ème siècle vivant dans une famille bourgeoise de Rome est qu’elle vivait dans une sorte de cage. Non par contrainte physique, mais par contrainte de mœurs, contrainte tout aussi impérative que si elle était dans une cage ! Son avenir probable ne pouvait qu’être faire un beau mariage avec un homme d’une famille semblable à la sienne : romaine et bourgeoise. Anita fit autrement.

Histoire de l’Italie au fil des siècles

L’Histoire moderne de l’Italie est difficile à se représenter pour un Français républicain Jacobin dont le territoire, la France, s’est constitué par des guerres d’attaques, ou de défenses, contre tous ceux qui refusaient de reconnaitre sa volonté de constituer son territoire qu’elle voulait le plus grand possible sans références historiques mais à venir. Une ambition constante au fil des siècles, qui parait comme une évidence au temps présent, pas pour l’Italie

Dès lors, on se représente le territoire de l’Italie uni, c’est un peu plus compliqué pour l’Italie :

  • appelé « Rome » du Nord au Sud tel qu’il nous est familier durant l’Antiquité, durant laquelle elle conquit des territoires qui englobaient au nord l’Écosse, au sud le nord de l’Afrique, et à l’ouest tous les territoires jusqu’en Afghanistan.
  • jusqu’au début de l’État moderne tout en sachant qu’entre ces deux périodes il fut découpé en États divisés, voire ennemis, selon leur appartenance à la Grèce, Rome, aux Byzantins, Francs, Lombards, Sarrasins, Normands, Rome papale, puis sa Renaissance à partir de Florence, et enfin son Risorgimento au 19ème siècle pour sa réunification en un seul état du Nord au Sud.

    rome antiquite et moderne
    rome antiquite et moderne

Rome est une référence antique et papale : doubles entrées, antagonistes

  • L’Antique influence encore une grande partie de l’Europe par sa civilisation et sa langue. Les deux sont indélébiles. Ses monuments parsèment les pays modernes : l’Europe, le nord de l’Afrique (Tunisie, Algérie, Maroc), l’Asie mineure (ouest de la Turquie), une partie de l’Asie jusqu’en Afghanistan.

Ses institutions et le sens de la politique les ont inspiré et les inspirent encore. L’anglais, devenu langue internationale par la puissance de l’Angleterre puis des États-Unis, s’est construit à partir du latin tout comme le français, l’espagnol et le portugais parlés sur plusieurs continents, sans oublier le roumain parlé dans l’est de l’Europe.

L’Italie actuelle nous parait bien loin de ces représentations, il s’agit pourtant du même pays et des mêmes peuples, l’intégration partant de la Rome antique (Latium).

  • La papale, sous forme d’États pontificaux, fut une puissance territoriale et religieuse en un temps où le catholicisme ordonnait aux Princes, Rois, Empereurs.
  • Venise état autonome à partir de l’an 1000 auquel Bonaparte mis fin en 1797.
  • Sans oublier que Florence fut le centre majeur de la Renaissance (XVe et XVIe), et que l’art baroque y naquit ainsi qu’à Rome, Venise et Mantoue.

L’histoire de Rome y est inscrite dans chaque rue, chaque bâtiment, chaque quartier, et, à l’époque de Anita, elle est devenue la capitale de l’Italie, enfin unifiée.

Sans aucun doute Anita avait conscience de la grandeur de sa ville. Elle était cultivée. On le sait car elle est identifiée comme institutrice. A-t-elle reçu une formation spécifique pour exercer cette profession ou l’est-elle devenue sous la contrainte des circonstances ? À cette époque les filles mises dans l’obligation de gagner leur vie devenaient préceptrices dans une famille bourgeoise ou aristocratique fortunée. À moins qu’on la dénomma institutrice, terme générique, sans qu’elle ait forcément pratiqué cette fonction.

Anita avait au moins un frère cadet, Enrico, qui se manifesta concrètement dans un moment critique de sa vie pour la soutenir au cours d’une épreuve.