Mon père de 90 ans en maison de retraite -2

Faut-il nourrir votre père de force ?

, hors de la chambre de mon père, se présentent à moi un infirmier et un médecin. Ces soignants veulent connaitre mon sentiment sur l’attitude à adopter concernant l’alimentation de notre père :
– Faut-il nourrir votre père de force ? ce que votre sœur veut absolument…
Je suis choquée qu’on puisse se poser une telle question, n’a-t-il pas fourni assez d’effort depuis une quinzaine de jours en refusant de s’alimenter ? Ne montre-t-il pas sa détermination irrévocable ?

Je réponds spontanément ce qui me semble le simple bon sens et surtout le respect de l’autre :

  • – Il a choisi sa mort, le moindre égard que l’on puisse avoir de lui est de respecter sa décision, et donc évidemment non il ne faut pas le nourrir de force…

Ce qu’ils respecteront…

Mais ma sœur m’a volée ce dernier contact essentiel avec mon père…

Il mourut en février. Son enterrement eu lieu dans la banlieue parisienne Ouest où sa femme, ma mère, avait été enterrée quelques années auparavant. Je repartis donc faire huit cent km aller puis retour, en pratiquant à nouveau le même régime d’hôtels et de repas que la première fois.

Ces quatre allers-retours eurent pour conséquence que je me retrouvai interdite bancaire car je ne pus pas assurer à temps les couvertures des chèques que j’avais émis.

La Banque postale patienta quelques mois. Mais les agios couraient et ne faisaient qu’aggraver ma situation. Pour chaque chèque impayé on me mettait de lourdes amendes instituées pas la banque. Elles ne firent que m’enfoncer un peu plus.

Je finis par arriver à honorer tous les chèques mais la Banque de France exigeait de telles taxes pour me permettre de retrouver mes droits que j’abandonnais la partie. De plus les débiteurs ne me firent jamais parvenir les preuves de mes paiements qu’exigeait la Banque de France, malgré mes demandes réitérées. Je n’avais donc plus qu’à accepter d’être interdite bancaire pour cinq ans.

Durant l’enterrement mon fils ne jeta aucun regard à quiconque, ni n’adressa la parole à aucune personne présente , et ma sœur n’oublia pas de me sortir quelques amabilités…

J’avais assisté ainsi que ma sœur, début des années 1990, par obligation légale, à l’inventaire fait par Drouot de tous les biens contenus dans l’appartement de nos parents, quelques mois après le départ de mon père pour la maison de retraite située à Niort ville proche de chez ma sœur qui habitait dans sa maison de La Crèche. Je n’en reçus jamais l’état , je ne pouvais qu’en déduire que ma sœur et son mari s’étaient appropriés tous les biens qu’il contenait par quelque malversation dont Drouot fut complice : meubles (fauteuils – de toutes dimensions et styles – , divan, canapé, liseuses, armoires, buffet trois portes, bibliothèque, tables grandes et petites, bureau, chaises, lutrin, etc), tableaux souvent de valeur et/ou d’époque, vaisselle et objets de décoration abondants, linge souvent mal entretenu à ma grande surprise. Mais je ne suis pas retournée chez ma soeur depuis des dizaines d’années. Elle eut la « bonté » de me faire parvenir un chèque de 10 000 Francs peu d’années plus tard, qui me rendirent bien service, en guise de « dédommagement » de tous ces biens meubles, à part les vêtements de notre mère dont elle me fit cadeau, mais que je ne pus garder …

En 2022 un scandale éclate

Il est depuis longtemps public que les personnes âgées sont maltraitées dans les EHPAD , tout le monde en à l’air choqué sans plus, les gouvernements successifs n’ont aucune action pour améliorer leur sort quotidien. Le scandale qui éclate en janvier 2022 concerne un groupe privé fondé en 1989 par Jean-Claude Marian, neuropsychiatre, :

Orpea

Ayant un soupçon, je cherche sur le net et il m’est ainsi confirmée que la maison de retraite dans laquelle ma sœur avait mis notre père fait parti de cette chaine. Ainsi une question reste en suspens : mon père s’est-il suicidé parce qu’il était maltraité ? et une affirmation : ma sœur a mis notre père, en bonne santé et tout à fait valide, en maison de retraite pour rentrer en possession de l’appartement dans lequel il vivait et dont il l’avait fait l’héritière et en retirer le bénéfice sonnant et trébuchant en le revendant. Et prendre possession de tous les biens qu’il contenait. Les dix mille francs qu’elle m’avait fait parvenir furent pour se déculpabiliser… mais n’étant accompagné d’aucun décompte je ne peux qu’en déduire qu’elle en tira un bénéfice confortable…

Jean-François Porchez, mon fils, de 6 à 10 ans

Rentrée scolaire d’octobre 1971

J’ai repris des études à la faculté de Vincennes, en histoire, à la rentrée d’octobre 1971. Du fait que je continue à travailler pour gagner ma vie, je prends ces cours le soir. Ainsi mon fils, Jean-François va se retrouver seul. Je décide donc que le mieux pour lui serait la pension, mais pas n’importe laquelle !

Montessori à Montgeron

Je décide que le mieux pour lui est la meilleure stabilité qui soit dans la meilleure école possible : je choisis Montessori.

Je cherche celle de Montgeron avec l’aide de ma mère qui nous conduit en voiture. D’une part je n’ai pas les moyens d’acheter ni d’entretenir une voiture, d’autre part j’ai passé le permis plusieurs fois durant mon mariage, mais sans résultat !

Donc armée d’un plan je l’aide à se diriger, car ma mère n’a aucun sens de l’orientation ! J’y inscris mon fils facilement, son père payant la pension de 100frs de plus par mois que la pension alimentaire, soit 600frs, je le reprends le week-end.

Malheureusement au bout d’un an son père refuse de payer ce supplément de 100frs, moi ne pouvant prendre ce supplément à ma charge, et je dois encore changer mon fils d’école et déménager…

Ce refus par son père Jean-Jacques, eut une conséquence néfaste : continuant mes études à Vincennes je laissais mon fils seul le soir. Certes je le faisais manger avant de partir, puis le couchait. Son père l’eut laissé à Montgeron il ne se serait pas trouver seul le soir… aurais-je du, moi, arrêter mes études ?

  • C’est la question de l’autonomie de la femme qui est posée là. Jean-Jacques Porchez a tout fait pour m’empêcher de conquérir mon autonomie !

Dons manuels innés de Jean-François

Il continue à confirmer ses dons manuels :

Je l’ai, depuis sa prime jeunesse, encouragée à construire des Lego, constructions qui le passionnaient.

À l’occasion de la fin d’année on lui avait offert un petit circuit de train électrique. Alors il commence à construire, chez sa grand-mère où il y a de la place, un circuit de trains électriques. Il adhère à une association où sont majoritairement des adultes. Il en est passionné et rivalise avec eux. Il gagne même, une année, le premier prix. Il faut être méticuleux, soigneux, imaginer des trajets, des paysages, l’esthétique rentre dans les capacités nécessaires. Sa grand-mère, ma belle-mère, habite seule, depuis la mort de sa mère en 1969, dans un grand appartement qu’elle a acquis dans le 14ème arrondissement.

Heureusement la mère de Jean-Jacques prend souvent Jean-François le week-end, mais elle le gâte trop, cela m’agace un peu car c’est du genre à courir après lui « armée » d’un yaourt pour qu’il veuille bien être nourri à la becquée !

Un jour elle me demandera si son fils ne se serait pas mal conduit avec moi du temps du mariage… car elle vient de découvrir une lettre de sa fréquentation actuelle, qui d’ailleurs s’appelle aussi Annie, qui se plaint de son comportement… je lui avoue donc que « oui » ! Sans lui en dire plus… je crois qu’elle a compris quelque chose, mais je ne saurai jamais exactement quoi.

Mauvaise orientation de Jean-François après la CM2

Arrivé en fin de CM2 le directeur de l’école primaire de Jean-François lui refuse le passage en 6ème prétextant qu’il est forcément déséquilibré puisque sa mère est divorcée… il l’inscrit donc d’office, contre l’avis des autres instituteurs, dans une classe pour les débiles mentaux légers, qui s’appelle « allégée ».

Je me bataillerai, en adhérent à une association de parents d’élèves, durant deux ans pour qu’il reprenne des classes normales… La position de ce directeur d’école démontre que le divorce n’est pas encore accepté. Ses informations sur le divorce restent-elles bloquées sur les chiffres des années d’après guerre qui montrent que c’était le mari qui demandait le divorce motivé par l’adultère de sa femme ? Par contre quand il sera fait des études sociologiques sur les conséquences sur les enfants : le divorce est préférable au maintien d’un mariage conflictuel, il peut même être vécu comme un soulagement par les enfants.

Mon divorce et ses conséquences

Il y eut donc au moins deux conséquences funestes du fait de mon divorce :

  1. La mauvaise orientation scolaire de Jean-François par un directeur d’école
  2. et un compagnon qui voulait m’épouser, refus par sa famille

Années 1970 une femme divorcée était considérée comme une mauvaise femme, de mauvaises moeurs, en fait je ne sais quoi exactement car cela parait totalement insensé !

Divorce d’avec Jean-Jacques Porchez et pension alimentaire

Procédure de divorce

J’entamerai bientôt une procédure de divorce, que je n’obtiendrai qu’en juillet 1973 en prenant tous les torts à ma charge puisque j’ai commis la « faute » de quitter le domicile conjugal ; je ne me vois pas exposer en justice la ou les raisons de la mésentente de notre couple, qui ne sont pas très claires pour moi-même, sinon que je sais que je n’ai que trop tardé à quitter mon mari, qu’en fait je n’aurais même pas du épouser : c’est la pression familiale qui m’a faite me marier… avec le premier « convenable » qui se soit présenté. Je sais aussi que je suis dans une position délicate : Jean-Jacques, on me l’a fait remarquer, est connu, moi je ne suis « rien », et surtout je refuse d’avance toutes batailles !

La vie me donnera l’occasion de ma revanche une quinzaine d’années plus tard… mais je ne serai pas plus combative…
Ce n’est pas dans mon caractère de me battre avec ou contre des Humains si c’est d’ordre personnel. Je prends la meilleure défense que je connaisse : la fuite, ou l’évitement.

Location d’un appartement de 2 pièces

Jean-Jacques refusant que je prenne Jean-François avec moi dans un studio, exigeant un deux pièces, je loue un meublé de deux pièces dans le 15ème arrondissement.

Là j’ai :

  1. une vraie cuisine où nous mangeons sur une table ronde,
  2. dans la pièce principale mon lit est un canapé dépliant (défoncé !), une immense table qui encombre la pièce, un chauffage sommaire au pétrole, dont je dois porter les bidons remplis sur cinq étages plusieurs fois par semaine depuis le marchand du rez de chaussée ;
  3. une chambre contient un lit pour mon fils et quelques placards,
  4. dans l’entrée une douche qui sert aussi de WC à la turque à côté de la cuisine.

Je re-tapisse tous les murs du séjour de grandes fleurs mauves, et repeins les murs de la chambre de mon fils. Jean-François va seul à l’école très proche. Le soir, comme cela se fait à l’époque, en attendant que je rentre du travail, il joue souvent au bas de l’immeuble avec des camarades.

Remarque : Jean-François fera pipi au lit durant une très courte période au moment de l’emménagement dans ce 2 pièces. Je me sentirai totalement incapable face à ce qui dénotait un déséquilibre du à la séparation de ses parents, qui en plus ne s’entendent sur rien : Jean-Jacques refuse toute conciliation que ce soit, et moi je me sentais impuissante face à cette raideur.

Fixation de la pension alimentaire

Le montant de la pension alimentaire que Jean-Jacques accepte de me verser est de 500 frs par mois, uniquement pour notre fils, ayant, par volonté de mon autonomie, refusé une pension pour moi-même à laquelle j’aurais eu droit : ce fut une erreur funeste de ma part.

Mon niveau de vie subit une descente énorme !

À l’occasion d’une hospitalisation, ayant perdu mes droits à la Sécurité sociale , le divorce n’étant pas encore prononcé, Jean-Jacques fournit ses feuilles de payes et je découvre, ahurie, qu’il a un salaire de 50 000 frs par mois !

Alors que mon salaire oscille entre 1500 et 2000 frs …

De plus il « oublie » de me verser la pension, que je dois réclamer par téléphone à partir de chaque deuxième quinzaine du mois…

…et je crie parce qu’excédée par une négligence qui me met chaque mois en port à faux pour payer mon loyer, toujours en déséquilibre d’être vidée par mon loueur.

Malheureusement mon fils est le plus souvent présent et assiste à ces engueulades : c’est moi qu’il entend crier au téléphone, il n’a aucune conscience de la gravité de notre situation, pour lui tant que pour moi. Inconsciemment il doit me classer « d’invivable » alors que c’est sur son père que la faute devrait être portée.

Début de mon autonomie à 29 ans rue de l’Hirondelle

Rue de L’Hirondelle à Paris

Je loue un studio rue de l’Hirondelle dans le 6ème arrondissement proche de la place Saint Michel. Il est au 1er étage et donne sur la rue.

Je cours les magasins pour me meubler le plus économiquement possible avec la base indispensable :

  1. un lit pliant,
  2. un petit rangement en pin de trois tiroirs, (que j’ai toujours)
  3. un tabouret de bois paillé (que j’ai rempaillé depuis et garde toujours proche de moi)
  4. une table en chêne que je chine dans les puces du Nord de Paris.
  5. Et je prends chez Jean-Jacques, mon ex-domicile, : deux casseroles, trois assiettes, quelques serviettes et des torchons, cadeaux de mariage… que j’ai toujours aussi (qui a dit que j’étais instable ? !!!)

J’ai faim ! sensation inconnue de moi de 1964 !

Dans ce studio m’arrive un miracle : j’ai faim !

C’est une sensation que je n’ai pas connu depuis le début de l’année 1964.

Je me relève la nuit pour manger !

Et comme dans une rue proche on trouve des choix de préparations rapides à emporter je diversifie mes menus, tant des sandwichs variés que des plats chinois ou d’autres cuisines.

Dans ce studio, la salle d’eau renferme douche et WC, la cuisine succincte est aménagée dans un placard où sont disposés : un évier, un petit réfrigérateur et une plaque électrique deux feux.

Et comme ce studio n’est pas aux normes minimales légales sur le confort et la superficie, avec l’aide de Christiane Gillmann, avocate chez qui je travaille, je fais la démarche de demander la surface corrigée qui permet de faire baisser le loyer.

Jean-François, mon fils ?

Mon fils ? Je vais le chercher à l’école pour le week-end. En semaine, ne pouvant le loger dans un logement aussi réduit, je vais le voir chez son père.

Malheureusement ce que je voulais éviter arriva : son père me refuse que je le prenne chez moi même pour le week-end et nous nous l’arrachons à la sortie de l’école, moi ne cédant pas !

ce n’est que le début de la galère de notre séparation pour lire la suite

Pour les « faux amis » je dois rester soumise à Jean-Jacques Porchez !

Des ami-e-s ? : on ne quitte pas Jean-Jacques Porchez !

Le motif « éloignement du domicile conjugal » à fait sauter mon interdit intériorisé de quitter mon mari et de divorcer un jour…

Je ne veux pas que Jean-François soit l’occasion de déchirements inutiles entre Jean-Jacques et moi donc je pars seule.

Dans un premier temps je demande aide à une amie voisine du trottoir d’en face. Elle refuse de m’aider :

  • « je ne veux pas me fâcher avec Jean-Jacques ». Quelle amie !

Un peu plus tard j’entendrai Jean-Paul Ribes m’interpeller sur un trottoir :

  • on ne quitte pas J-J Porchez !

Jean-Paul Ribes qui devint un défenseur du Tibet après avoir été successivement :

  1. Porteur de valise pour le FLN
  2. Maoïste
  3. sympathisant de VLR (Roland Castro)
  4. adhérent au PCLMF
  5. …il devient pratiquant du Tibet !

Soumis lui-même à son idéologie maoïste durant les années 60 : il défendait la soumission d’une épouse à son mari, ici, moi, Annie Stasse, je n’avais pas d’autre avenir possible que soumise à un mari Jean-Jacques Porchez.

Cette réaction rend bien comment, dans les milieux d’extrême gauche, la femme, l’épouse, n’existait pas !

Seule à Paris : je ne connais plus personne !

Ainsi je me retrouve ne connaissant plus personne à Paris. Moi née et ayant vécu à Paris depuis ma naissance je me retrouve totalement seule, plus personne ne me connait, car c’est dans ce sens là : ce n’est pas moi qui ne connais plus personne, ce sont les autres tous les autres, militants gauchistes dans leur majorité, qui ne me connaissent plus ! J’ai osé quitter Jean-Jacques Porchez ! Quel audace !

Par cet acte de quitter Jean-Jacques Porchez j’ai fait preuve d’une détermination de sauver ma peau qui est interprétée par « ses » amis comme une effronterie impardonnable pour les « copains » politiques !

Équipée d’une valise a minima je vais louer une chambre d’hôtel la moins chère possible dans une rue adjacente de la rue Soufflot dans le 5ème arrondissement.

Devant moi : ma vie à construire

Je viens d’avoir 29 ans et j’ai toute ma vie à construire. Marian Apfelbaum m’a sauvée la vie. En effet j’avais été bloquée durant toutes ces années par l’idéologie « on ne divorce pas ». Je sus qu’il demanda à l’amie ce que j’étais devenue, elle l’informa que j’avais quitté mon mari, il répondit : c’est bien.

Je ne resterai que peu de jours dans cet hôtel proche de la rue Soufflot, allant manger des Wimpy comme du temps de mon adolescence. Très vite je cherche un studio.

J’en loue un studio, rue de l’Hirondelle, dans le 6ème arrondissement, proche de la place Saint Michel. Il est au 1er étage et donne sur la rue.

Après 1968 nous ne militons plus… mais notre couple va basculer

sartre sorbonne 1968

Après 1968, Jean-Jacques et moi ne militons plus

  • plus de réunions rue d’Ulm,
  • plus de réunions chez nous.
  • Nous ne nous joignons pas à quelque organisation maoïste française que ce soit, alors qu’elles fleurissent abondamment.
  • Nous ne lisons ni leurs livres,
  • ni leurs périodiques, souvent édités par ses anciens amis politiques.
  • Il ne fréquente plus ses connaissances « porteurs de valise » ou qu’il s’était fait en Algérie.

Mais il est chef d’entreprise et va gagner un fric fou !

Il vire de bord en peu de mois, la société de voyages dans laquelle il travaille a pris une position importante sur le marché du tourisme. Jean-Jacques en est le directeur. Il devient un homme d’affaires.

Il ouvrira un magasin d’antiquités rue Bonaparte

Bientôt, il ouvrira un magasin d’antiquités rue Bonaparte, spécialisé dans les œuvres originales d’Afrique, d’Indonésie… et sera interdit de séjour en Indonésie pour vol de biens nationaux… mais il n’était plus mon mari à cette époque-là…

En attendant moi je travaille

Après mes mi-temps, j’augmente mon emploi à trois quarts de temps, puis à plein temps, dans un cabinet d’avocats groupés de Maître Doss, Christiane Gillmann et d’autres avocats, et assiste à la création juridique du Festival de l’île de Wight de mars 1970, voulant reproduire en Europe le festival de Woodstock de 1969. Ce cabinet s’occupait surtout de constitutions d’entreprises, et bien que d’orientation politique de gauche, pas du tout de politique, ni de défenses d’employés.

Et notre fils grandit…

Jean-François grandissant, il n’a plus autant besoin de ma présence, et va maintenant à l’école maternelle, puis primaire.

Nous ne vivons pas sur la même planète

Il continue à vouloir tout me commander, et moi, je garde mon autonomie

En 1969, Jean-Jacques veut acheter un nouvel appartement. C’est moi qui dois le chercher et le trouver.

Il lui veut une qualité particulière : une terrasse. Ce genre d’appartement est rare. Je lis les annonces de chaque magazine spécialisé dans l’immobilier, durant des mois, je les présente à Jean-Jacques, je réponds à certaines. Rien ne plait à Jean-Jacques.

Comme pour l’appartement du 13ᵉ arrondissement, je n’ai aucun avis à proposer, je dois obéir ! Un appartement à sa convenance finit par être trouvé…

Il est au sommet d’un immeuble de quatre étages, sur deux niveaux, pièces à vivre au premier niveau, un escalier en colimaçon mène à la grande pièce face à une terrasse au deuxième niveau. Nous déménageons en 1970. Jean-François est changé d’école primaire. Mais cet appartement me restera comme une infamie pour moi.

Je ne m’y sentirai jamais chez moi…

Jean-Jacques Porchez indifférent à son fils Jean-François

Jean-Jacques indifférent à son fils Jean-François

Il semblait totalement indifférent à son fils même lorsqu’il était malade.

Par exemple un week-end durant lequel j’étais chez une amie à la campagne Jean-François tomba malade avec une forte fièvre : c’était la rougeole. Pas de médecin dans le village, un peu affolée je téléphonai à son père pour qu’il vienne me chercher. Il le fait puis me pose avec son fils et les sacs dans l’appartement et repart dans la minute vers sa réunion commentant :

  • -Voilà maintenant tu es à la maison

Je suis abandonnée laissée totalement seule

Je me sentis encore une fois totalement abandonnée, et comme au retour de mon accouchement, je m’écroulais là sur une chaise, le corps sans force, la tête vide, la solitude m’envahissant, il me semblait que je ne pourrai plus jamais me remettre debout. Mais la raison reprenait le dessus et je repartais.

Dans la vie quotidienne je me sentais dans un isolement total, livrée à moi-même. La psychanalyse que je lisais n’était que théorique, étudiant Reich ou Freud sans les relier à ma vie quotidienne, pas plus qu’à celle de mon passé. Étudier les théories comblait un plaisir purement intellectuel, les cas exposés étaient ceux des autres, pas les miens ni ceux de mon entourage. En fait c’était un moyen de m’enfuir de mon présent, et de ne jamais penser à mon adolescence.

Jean-Jacques rendait ma vie matérielle facile

il ne surveillait pas mes dépenses, bien que je n’avais pas de besoins superficiels.

Nous voyagions en France, en Espagne, en Tunisie où j’allais aussi avec Jean-François et des épouses avec enfants de ses amis.

Nous étions aussi actifs l’un que l’autre, lui accaparé par son travail dans le tourisme, moi par mes études, mes emplois variés, mes lectures, l’éducation de mon fils.

Nous étions rarement seuls : chine de livres ou restaurants accompagnés d’un de ses amis, réunions à la maison ou à l’extérieur, bridge le samedi soir ; Jean-Jacques se rendait à des réunions politiques durant tous les week-ends.

Il me suffisait de traverser la rue pour me rendre chez des amies passer les après-midi à échanger sur tout, sauf sur ma vie vide de sentiments envers Jean-Jacques, aller ensemble chiner chez Emmaüs. Je m’étais aussi fait une amie de la voisine de palier d’origine anglaise.

Je lui communiquais des recettes de cuisine italiennes dont je retrouvais les compositions par le souvenir des goûts de la cuisine de ma mère, je lui parlais de Simone de Beauvoir dont je venais de découvrir Le deuxième sexe, lui en lisant quelques pages.

1968 auto dissolution de l’UJCml

nous sommes le pouvoir

1968 et l’UJCml

1968 arriva. L’UJCml fait son autocritique de n’avoir pas su prévoir ce grand mouvement politique de révolte qui a commencé au mois de mars dans la faculté de Nanterre. Suite à cette autocritique il s’auto-dissout.

1968 est parti des États-Unis

En effet pour les États-Unis c’est une opposition à la Guerre du Vietnam.

La jeunesse française s’est-elle cru exceptionnelle ?

Se déroulait à la même période à travers la planète des mouvements similaires au Mexique, aux États Unis, en Allemagne, en Italie…

Moi je suis bloquée à la maison par Jean-François

Ma mère Indifférente à son rôle de Grand-mère

Je suis bloquée par mon fils à garder à la maison, même si les parents de Jean-Jacques me relayent souvent, par contre ma mère a toujours d’autres occupations et/ou un emploi du temps incertain, durant les dizaines d’années qui suivirent, je ne pourrai jamais compter sur elle, soit elle refusait d’emblée donnant pour excuses son emploi du temps, soit elle acceptait et annulait le rendez-vous au dernier moment, alors il fallait trouver « un » remplaçant qui était toujours les grands-parents de Jean-Jacques ; mais il m’était très gênant de les charger ainsi sans cesse et de plus au dernier moment.

De fait ma mère ne se montrait pas attirée par un rôle de grand-mère, pas plus qu’elle ne l’avait été de mère.

Je milite pour l’Usine de textile Rodier

Cependant en mai et juin 1968 je milite dans mon quartier d’habitation. Je vais écouter les ouvrières de l’usine de textile Rodier qui font grève. Elles me parlent de leur salaire de 400 Francs par mois, de leur utilisation en tant que mannequin sans ajout à ce salaire. En juin un vote à main levée a lieu à la maison des syndicats : pour ou contre la reprise du travail ? La majorité vote pour la reprise. Celles qui ont voté contre restent sur le trottoir de l’usine et refusent de rentrer. La CGT est à la porte de l’usine pour leur dire : « il faut savoir arrêter une grève et reprendre le travail ».

Durant 1968 je ne participe donc à aucun des mouvements publics. Je le vis par TSF interposée.

Par contre je me joins aux manifestations les plus importantes avant et après 1968. Nous, « ml », sommes autant pourchassé par la CGT que par les CRS.

Organisation de ma vie et de celle de ma famille 1965-1970

Bases de l’éducation de mon fils : Montessori

Au retour de notre voyage en Chine notre fils, Jean-François, marche… enfin deux ou trois pas, mais c’est ce qui est appelé marcher pour un enfant, alors qu’il n’a que neuf mois !

Je l’avais laissé libre à la maison, le laissant crapahuté sur le sol comme il voulait, rampant, puis à quatre pattes. Je maintiendrai cet esprit libre d’éducation tout le long de son enfance (2)

Aussi concernant ses mains, pluséducatio particulièrement avec les Lego, plus tard.

Très vite je m’aperçus qu’il avait une faculté particulière d’adresse et d’invention manuelles.

Pour son éducation je m’inspirais d’une Italienne : Montessori dont je lisais tous les livres.

maria montessori (portrait)
Maria Montessori (portrait)

Elle avait inventé une méthode pédagogique au fil de ses expériences dans la banlieue pauvre de Rome, où, durant 50 ans, elle avait observé et étudié les enfants de milieux défavorisés.

motessorimaterials
Matériels qu’inventa Montessori pour son enseignement.

Mes études et reprise d’un emploi

En guise de remplacement à mes études d’économie (1), j’entreprends des cours de comptabilité par correspondance avec le CNT. J’obtiendrai mon premier diplôme : un CAP de comptabilité.

Parallèlement je recommence à travailler, mais à mi-temps. Je suis embauchée en tant que secrétaire d’avocat chez Me Jean-Paul Clément avant notre voyage en Chine, emploi que je reprendrai à notre retour.

Étant donné qu’il ne fallait pas espérer trouver une place dans une crèche, j’embauchais une jeune fille recrutée à l’Alliance française. Celle-ci est japonaise, et m’informe qu’elle aime faire le ménage : tout à fait étrange pour moi, car j’ai toujours détesté cela.

Ma « philosophie » de la place des femmes

De plus je trouve qu’il n’y avait aucune raison pour que ces tâches soient réservées aux femmes, par exemple je mets les chemises de Jean-Jacques en machine à laver, mais s’il veut qu’elles soient repassées il n’a qu’à le faire lui-même, je les accroche soigneusement sur un cintre pour leur séchage, la suite n’est plus mon affaire.

Cependant j’ai vite compris que je ne peux compter en rien question ménage de la part de Jean-Jacques !

_____________

1- l’économie, avec l’Histoire, seront les fondements de mes raisonnements tout au long de ma vie, sujets qui forment, de mon point de vue, la base pour comprendre et juger de la politique d’un gouvernement et d’un parti (ou d’un syndicat, ou d’une association) politique.

2- son père ne s’occupa jamais de l’éducation de son fils…

Naissance de mon fils Jean-François Porchez le 4-12-1964

Le matin du 3 décembre je me réveille avec des contractions

Tant qu’elles sont tout à fait supportables je continue à vaquer à mes occupations journalières, dont quelques courses. Et même le soir je me couche pour dormir comme si de rien n’était.

Finalement je me relève quelques heures plus tard pour que Jean-Jacques me conduise à la clinique, car elles se sont rapprochées : l’accouchement s’annonce.

Accouchement et naissance

Le lieu de mon accouchement, une clinique, avait été décidé par le médecin que je consultais à l’hôpital St Antoine parce qu’il prévoyait que mon accouchement serait difficile à cause de l’étroitesse de mon vagin.

En effet il se passe mal :

  • Je perds conscience entre chaque contraction.
  • On me met un masque à oxygène.
  • Et je subis une épisiotomie de sept points de sutures.

Jean-Jacques essaya d’assister à l’accouchement, mais il faillit se trouver mal, les infirmières durent le faire sortir. Ce qui lui fit dire quelques jours plus tard :

« tu n’auras pas d’autre enfant » : c’était avant qu’il aurait fallu y penser !

Le lendemain matin, celle que j’appellerai désormais « ma » grand-mère vient à mon chevet. Ayant mal prévu mon retour à un corps « normal », j’avais besoin de quelques dessous mieux adapté à mon corps nouveau, tel un soutien-gorge. Elle alla m’en acheter aussitôt un plus quelques autres dessous au grand magasin qui était de l’autre côté de la rue. Je lui en fus si reconnaissante.

Ma mère ne viendra que le surlendemain.

Je trouvais anti hygiénique que tous les gens qui arrivent de l’extérieur prennent mon fils dans leurs bras, cela me faisait grincer des dents. Il pesait 3,2 kg à la naissance, on me le présentait pour l’allaitement plusieurs fois par jour, mais malgré une montée de lait abondante, très vite il se révéla que je n’avais pas assez de lait, il fut donc passé aux biberons, n’était-ce pas du à mon anorexie ? Le médecin du remplir un imprimé destiné à la Sécurité Sociale pour l’informer que je n’allaitais pas par ma volonté mais nécessité médicale.

Pas d’instinct maternel (1)

Et je fis connaissance avec ce nouvel être. Je ne ressentis pas ce qui serait un instinct maternel, mais au contraire appris à l’aimer en faisant sa connaissance au fil des jours.

Cette thèse de non instinct maternel est développée dans Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, ouvrage que je lirai quelques mois plus tard…

Il devint mon premier amour et le restera longtemps…

La pilule (contraceptive)

Curieusement je commençais à prendre la pilule alors que je n’avais aucun rapport sexuel. Je voulais juste me sentir en totale sécurité pour éviter quelque grossesse que ce soit. La pilule était interdite en France mais l’utilisation des estroprogestatifs sont indiqués dans le cadre de la stérilité, ils peuvent également sévir de contraception, c’est ce qu’on me prescrit.

  • Une loi votée en décembre 1967 autorisera la pilule, bien que ses décrets d’application ne paraitront qu’entre 1969 et 1972.

_________

(1) qui n’existe pas pour les humains, mythe qui a la vie dure !