Mon père de 90 ans en maison de retraite -2

Faut-il nourrir votre père de force ?

, hors de la chambre de mon père, se présentent à moi un infirmier et un médecin. Ces soignants veulent connaitre mon sentiment sur l’attitude à adopter concernant l’alimentation de notre père :
– Faut-il nourrir votre père de force ? ce que votre sœur veut absolument…
Je suis choquée qu’on puisse se poser une telle question, n’a-t-il pas fourni assez d’effort depuis une quinzaine de jours en refusant de s’alimenter ? Ne montre-t-il pas sa détermination irrévocable ?

Je réponds spontanément ce qui me semble le simple bon sens et surtout le respect de l’autre :

  • – Il a choisi sa mort, le moindre égard que l’on puisse avoir de lui est de respecter sa décision, et donc évidemment non il ne faut pas le nourrir de force…

Ce qu’ils respecteront…

Mais ma sœur m’a volée ce dernier contact essentiel avec mon père…

Il mourut en février. Son enterrement eu lieu dans la banlieue parisienne Ouest où sa femme, ma mère, avait été enterrée quelques années auparavant. Je repartis donc faire huit cent km aller puis retour, en pratiquant à nouveau le même régime d’hôtels et de repas que la première fois.

Ces quatre allers-retours eurent pour conséquence que je me retrouvai interdite bancaire car je ne pus pas assurer à temps les couvertures des chèques que j’avais émis.

La Banque postale patienta quelques mois. Mais les agios couraient et ne faisaient qu’aggraver ma situation. Pour chaque chèque impayé on me mettait de lourdes amendes instituées pas la banque. Elles ne firent que m’enfoncer un peu plus.

Je finis par arriver à honorer tous les chèques mais la Banque de France exigeait de telles taxes pour me permettre de retrouver mes droits que j’abandonnais la partie. De plus les débiteurs ne me firent jamais parvenir les preuves de mes paiements qu’exigeait la Banque de France, malgré mes demandes réitérées. Je n’avais donc plus qu’à accepter d’être interdite bancaire pour cinq ans.

Durant l’enterrement mon fils ne jeta aucun regard à quiconque, ni n’adressa la parole à aucune personne présente , et ma sœur n’oublia pas de me sortir quelques amabilités…

J’avais assisté ainsi que ma sœur, début des années 1990, par obligation légale, à l’inventaire fait par Drouot de tous les biens contenus dans l’appartement de nos parents, quelques mois après le départ de mon père pour la maison de retraite située à Niort ville proche de chez ma sœur qui habitait dans sa maison de La Crèche. Je n’en reçus jamais l’état , je ne pouvais qu’en déduire que ma sœur et son mari s’étaient appropriés tous les biens qu’il contenait par quelque malversation dont Drouot fut complice : meubles (fauteuils – de toutes dimensions et styles – , divan, canapé, liseuses, armoires, buffet trois portes, bibliothèque, tables grandes et petites, bureau, chaises, lutrin, etc), tableaux souvent de valeur et/ou d’époque, vaisselle et objets de décoration abondants, linge souvent mal entretenu à ma grande surprise. Mais je ne suis pas retournée chez ma soeur depuis des dizaines d’années. Elle eut la « bonté » de me faire parvenir un chèque de 10 000 Francs peu d’années plus tard, qui me rendirent bien service, en guise de « dédommagement » de tous ces biens meubles, à part les vêtements de notre mère dont elle me fit cadeau, mais que je ne pus garder …

En 2022 un scandale éclate

Il est depuis longtemps public que les personnes âgées sont maltraitées dans les EHPAD , tout le monde en à l’air choqué sans plus, les gouvernements successifs n’ont aucune action pour améliorer leur sort quotidien. Le scandale qui éclate en janvier 2022 concerne un groupe privé fondé en 1989 par Jean-Claude Marian, neuropsychiatre, :

Orpea

Ayant un soupçon, je cherche sur le net et il m’est ainsi confirmée que la maison de retraite dans laquelle ma sœur avait mis notre père fait parti de cette chaine. Ainsi une question reste en suspens : mon père s’est-il suicidé parce qu’il était maltraité ? et une affirmation : ma sœur a mis notre père, en bonne santé et tout à fait valide, en maison de retraite pour rentrer en possession de l’appartement dans lequel il vivait et dont il l’avait fait l’héritière et en retirer le bénéfice sonnant et trébuchant en le revendant. Et prendre possession de tous les biens qu’il contenait. Les dix mille francs qu’elle m’avait fait parvenir furent pour se déculpabiliser… mais n’étant accompagné d’aucun décompte je ne peux qu’en déduire qu’elle en tira un bénéfice confortable…

Famille de ma sœur, Micheline : pratique du protestantisme intégriste

jean calvin

La pratique du calvinisme par la famille de ma sœur

Mon beau-frère était protestant calviniste pratiquant, lisant la bible tous les soirs, et bien sûr allait au temple tous les dimanches avec ma sœur et leurs enfants.

Il était contre toute contraception, sauf la méthode Ogino. Qui leur réussit si bien ! Ma sœur approuvait et appliquait cette mesure.

Quoique début des années 1970, vers l’âge de 40-45 ans, ma sœur m’avait dit qu’elle refusait tout contact sexuel avec son mari, qu’elle en était désintéressée ; « si jeune » me disais-je ? Pour moi la sexualité est vivante jusqu’à la mort. Comme pour le boire et le manger, la sexualité manifeste que l’Humain est en vie. L’abstinence ne peut qu’être une décision volontaire, en général par orientation spirituelle.

Années 1980 ils avaient de concert été chercher une de leur fille, Élisabeth, largement majeure, qui était partie en Martinique avec un amoureux, pour la ramener à la maison. Je ne connais pas la suite de l’histoire, mais l’allée retour Martinique avait fait date dans la famille. Pauvre jeune femme qui avait voulu fuir sa famille et que sa famille rattrapait pour la ramener dans le droit chemin pour une fille !

jean calvin
jean calvin

Information de la pilule contraceptive à ma sœur

Début des années 1970, échangeant, à l’époque, librement avec ma sœur, je l’encourageais à prendre la pilule. Elle était déjà la mère de sept enfants.

Mon argument fut que moi-même je la prenais depuis 1965 sans effet particulier ; quoique je me faisais aussi poser un stérilet pour faire une pose de la pilule, mais n’entrais pas dans les détails de ma vie sexuelle, l’important était d’avoir une contraception efficace, ce qui n’est pas le cas de la méthode Ogino, ni d’ailleurs de l’autre possibilité du retrait qui stoppait l’acte d’amour de son aboutissement, quant au préservatif il ne peut qu’être occasionnel.

Je me souviens parfaitement que j’avais parlé de la pilule devant mon beau-frère et qu’il m’avait prédit les pires maux. Il se targuait de savoir de quoi il parlait puisqu’il était médecin.

Sauf qu’il était dans une spécialité tout à fait pointue : le diabète des enfants. Il s’agissait d’une opinion morale qu’il propageait comme d’un savoir médical. Il oubliait que sa femme, ma sœur, avait été enceinte 8 fois produisant naturellement une quantité d’hormones bien plus importante que ne peut le faire une simple pilule, sans compter la déformation du corps, puis le quotidien d’une telle mère de famille nombreuse qui n’avait pas une minute pour une quelque vie personnelle qui soit.

Mon beau-frère pense qu’une femme célibataire doit rester abstinente de tous rapports sexuels

Ce qui était exigé de moi par mon beau-frère, sans jamais me le dire, c’est l’absence de tous rapports sexuels avec quiconque, l’abstinence totale, parce que j’avais quitté mon mari, puis divorcée.

Que je dise prendre la pilule, alors que j’étais divorcée, avait choqué mon beau-frère qui décida que j’étais une femme de mauvaise vie.

Ainsi, depuis le début des années 1970 ma sœur et tout le reste de la famille avait décidé que j’étais une telle mauvaise femme, parce que prenant la pilule alors que j’étais célibataire, qu’il fallait arrêter de me fréquenter, évidemment sans m’en informer, sinon en m’ignorant, et faisant courir la pire opinion qui soit à travers tous les membres de la famille, mon fils compris, au fil de dizaines d’années.

De plus comme je n’avais jamais informé quiconque de la raison pour laquelle j’avais quitté mon mari, je suppose qu’ils en avaient déduis que je l’avais fait pour mener une vie dissolue. N’avaient-ils pas vu que j’avais maigri de plus de 10 kg pour cause d’anorexie ? Croyaient-ils que j’avais fait une cure d’amaigrissement ?

Il est à remarquer qu’ils avaient dès l’origine si peu d’intérêt pour moi qu’ils ne m’avaient jamais demandé le pourquoi de mon départ du domicile conjugal. Et moi d’une nature secrète, détestant me plaindre pour quelque raison que ce soit, je m’étais tue, par pudeur.

De quoi ma sœur Micheline a-t-elle été informé par son mari ?

Ma sœur avait-elle été complice d’une telle décision ? Ou avait-elle cru que c’était moi qui m’était éloigné d’elle, je ne le saurai jamais. Avait-elle approuvé son mari dans sa décision de ne plus jamais me voir, ni me parler, ni m’écrire ?
Il est en général désigné l’Islam quand on parle des mœurs exigés pour les filles et les femmes, mais il faut l’étendre aux protestants, catholiques et juifs quand ils sont intégristes (1)

Libération des femmes années 1967-1975 ?

Ainsi il faut instruire les jeunes générations que les fameuses années de la libération sexuelle des femmes, années 1967/1975, n’étaient pas aussi simples et joyeuses qu’il est imaginé ou dépeint par des non connaisseurs.

Moi femme qui vécut ces « fameuses » années, je peux témoigner que, certes je vivais dans une joyeuse illusion que enfin nous étions égales. Mais loin de là.

Il y avait non seulement l’égalité sexuelle à acquérir, dissuader les garçons qu’ils seraient les seuls à ressentir des pulsions sexuelles, comme me l’enseigna ma propre mère, ce qui me perturba beaucoup pour de nombreuses années, alors que ces pulsions ne sont pas fonction du sexe mais de l’individu ; que les salaires étaient toujours aussi inégaux et les charges familiales toujours en majorité sur les épaules des femmes.

Cette odieuse et ignoble réaction de toute ma famille témoigne que la sexualité des femmes était réservée à l’état marital et uniquement dans le dessein de faire des enfants. Rien d’autres. Et peu importait qu’ils soient musulmans, protestants, catholiques voire athées.

Pour mieux comprendre lire le billet précédent

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(1) lire La vie de Calvin, par Stefan Zweig, sous le titre Conscience contre violence, édifiant sur la rigidité du créateur du protestantisme de Suisse et France ; je présume que c’était ce genre de protestantisme qu’ils pratiquaient :

Genève est contrôlée par Calvin qui établit une sorte de régime théocratique cohabitant avec un État soumis à la volonté de la nouvelle Église. Les Genevois se voient alors interdire les chapelets, les crucifix, et toutes sortes de règles d’austérité leur sont imposées

Famille de ma sœur, Micheline, fils dépressif : suicide ?

Je vais à Niort voir ma sœur début des années 1970

À partir de ma séparation, en 1970, d’avec mon mari, Jean-Jacques Porchez, je repris contact avec ma sœur, Micheline, en allant la voir à Niort où elle habite avec sa famille, avec Jean-François, mon fils, quand il ne passe pas l’été avec sa grand-mère à Trouville, sur la côte Fleurie ; la dernière fois que j’avais vu Micheline, était à Paris au début de l’année 1964, alors que ma grossesse était à son début.

Je fais connaissance de ses six enfants. L’un, Gilles, me parait avoir des difficultés d’intégration dans la fratrie. En effet il est doué de ses mains, plus particulièrement pour la mécanique des motos dont il manifeste une passion. Le fils ainé de la famille, Emmanuel (1), sévère, rigide, a des relations difficiles avec lui, le mettant en boite, le moquant parce que « non intellectuel ».

Dépression non soignée de Gilles

Peu à peu Gilles tombe dans une dépression, non diagnostiquée et donc non soignée, dormant le jour vivant la nuit. Finalement ce fils cadet, adepte de Bob Marley qu’il écoute surtout la nuit, prenant son petit déjeuner vers 15heures de l’après-midi, trouve un emploi dans une commune du département où il doit se rendre en voiture. À son retour il a un accident mortel sur une ligne droite de la route, en percutant un arbre.

Moi je pense qu’il s’est suicidé mais je le garde pour moi. Par contre j’écris à ma sœur de longues lettres de compassions faisant référence à Dolto, à la sororité. Je vais à La Crèche où ils ont une vaste résidence secondaire, pour assister à son enterrement, faisant 1000 km aller-retour. Personne ne m’y parle, mais je n’y prête pas trop attention, ils ont d’autres soucis !

Aucune réponse à mes courriers réitérés

Par contre je ne recevrai aucune réponse à mes courriers. Durant des dizaines d’années, quand un événement familiale nous fait nous côtoyer, je demande à ma sœur pourquoi elle n’a jamais répondu à mes lettres…

  • « quelles lettres ? » me répond-elle.

Ce sera une énigme pour moi jusqu’à ce que je finisse par découvrir les raisons de ce silence qui s’aggravera au fil des années…

Il s’écoulera plusieurs dizaines d’années avant que je finisse par comprendre pourquoi toute la famille de ma sœur, généralisé à tout le reste de ma famille qui pense le plus grand mal de moi sans me connaitre (dont cousines et cousins à tous les degrés que je n’ai pas vu depuis ma petite enfance), jusqu’à mon propre fils, à partir des années fin 1990 début 2000.

J’avais cru avoir eu un peu d’échange affectif avec un ou deux de ses enfants (dont Élisabeth), les frères et sœurs de mon beau-frère que j’avais côtoyé durant mon adolescence (2). Ma sœur parle facilement… pour me démolir auprès d’une famille que je n’ai plus jamais vu sinon entrevu à de rares occasions durant ma petite enfance …et qui donc ne me connait plus et ne peut rien savoir de ma vie.

Eurêka : je comprends pourquoi ce silence

C’est à l’occasion, en 2015, d’une énième lettre destinée à ma sœur pour demander pour la ixième fois le pourquoi ce silence de ma famille entière qui m’ignorait qu’enfin je comprendrais. La lettre que j’écrivais était un peu comme une bouteille à la mer. L’ultime essai avant ma mort ou la sienne.

Après 40 ans de ce silence d’aucune réponse à aucun de mes courriers, ma lettre était un peu « nerveuse », genre « pourquoi un tel mépris, pourquoi cette méchanceté, ce silence ? »

Quelques jours après l’envoi de cette missive je reçus mon courrier en retour, mon adresse écrite sur une nouvelle enveloppe de l’écriture de mon beau-frère. Je me dis que le mépris était tel qu’ils refusaient même tout courrier de moi et me le faisait savoir en le retournant sans mot d’accompagnement, tel quel.

Puis je reçus un appel téléphonique de mon beau-frère m’informant qu’il avait écrit une réponse mais s’était trompé de lettre dans l’enveloppe, et commenta :

  • « je ne peux pas délivrer ta lettre à Micheline ».

Sur le moment je le pris comme il paraissait être ponctuellement et n’y pensais plus. Il me fallut une quinzaine de jours pour envisager l’ampleur de la signification de la réaction de mon beau-frère.

Censure de tous mes courriers à ma sœur par son mari

Je réalisais que, sans doute, mon beau-frère avait toujours ouvert le courrier destiné à ma sœur, que cette fois n’était pas une exception.

  • Ouvrait-il tout le courrier de ma sœur ou uniquement le mien ? Avait-il toujours jugé que je ne pouvais qu’être de mauvaise influence sur ma sœur ?

Ma sœur n’avait jamais reçu les courriers que je lui avais écrit après la mort de son fils. Elle ne pouvait rien comprendre à mes interrogations réitérées.

Ce coup de téléphone répondit en partie à mon interrogation. Ce que je ne saurai jamais c’est si ma sœur était complice, si elle avait elle-même voulu ne plus rien savoir de moi, mais alors je n’en comprendrai jamais l’origine, alors que si la censure n’a pour origine que mon beau-frère je l’explique tout à fait.

Ce que j’explique dans le billet suivant…

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(1) qui avait choisi en premier métier « responsable » sur les navires marchands, dont il déchantera…

(2) et qui avait essayé de me convertir au protestantisme, sans succès ; je pris le chemin inverse : je devins athée

Ma sœur ainée de 10 ans ½ de plus que moi Micheline Quétin

saint julien le pauvre

Nous avons trop d’écart d’âge

Nous sommes nées dans des époques totalement différentes concernant les mœurs :

  • Elle est née en mai 1931 : époque encore traditionnelle pour les femmes, tradition qu’elle a gardé toute sa vie
  • Je suis née en décembre 1941 : la guerre commença une civilisation très différente pour les femmes, elles commencèrent à devenir plus autonomes, restées célibataires elles ne furent plus nommées « vieille fille » à partir de l’âge de 25 ans, ou « fille mère » si jamais elles avaient un enfant hors du mariage. Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir parut en 1949, et même si moi je ne le lirai que fin années 1960 et début des années 1970, l’influence sur les mœurs fut « révolutionnaire » !

Ainsi nous ne nous sommes jamais comprises.

Son influence durant mon enfance

Je me souviens qu’elle allait au TNP voir Gérard Philippe, elle allait danser, elle en revenait toujours pleine des bonheurs qu’elle y avait vécu, il faut dire qu’elle est extravertie, alors que je suis introvertie.

Puis elle eut une période de croyance catholique fervente, au point de faire le pèlerinage de Paris à Chartres à pied.

Elle se levait tôt pour se rendre la plupart des matins à la première messe dans son église favorite située dans le 5ème arrondissement de Paris. Une des plus anciennes et petites églises de Paris : Saint-Julien le Pauvre. Était-ce le nom qui séduisait Micheline ? car de culte grec ; ou sa beauté, lovée dans ce quartier animé de Paris, plutôt fréquenté par les étudiants des facultés alentour, elle parait comme un havre de paix.

saint julien le pauvre
saint julien le pauvre

Ce fut le modèle qu’elle me montra, bien que je n’atteins jamais cette sorte de piété. Enfant je décrochais le crucifix au dessus de mon lit pour l’allonger à côté de moi en disant qu’il avait besoin de se reposer de sa posture debout permanente, quoique cela ne prouva pas ma croyance en Dieu mais plutôt ma compassion pour autrui.

Ma sœur se convertit au protestantisme

Puis ma sœur rencontra un jeune homme, Claude Quétin, qui allait devenir son mari sept ans plus tard. Ils se fréquentèrent et attendirent sept ans avant de se marier, ma sœur restant vierge. Même pour les années 1950/1960 cette conduite était exceptionnelle. Certes lui était en cours d’études de médecine, plus sa spécialisation de pédiatre, mais ils se marièrent juste avant la fin de ses études car il eut un poste de remplaçant en province. Ce futur mari était, de tradition par sa famille, protestant calviniste, de l’Église réformée de France.

Ce qui me déstabilisa, pré-adolescente, fut que ma sœur se convertisse au protestantisme. C’était une obligation pour elle si elle décidait de se marier avec ce jeune homme. Ainsi ma sœur ainée ne sortit plus et ne nous apporta plus cette fraicheur de la culture qu’elle découvrait !

Il faut se replacer dans les mœurs de l’époque pour comprendre le choc. Les guerres de religion en France avaient eu pour cause le protestantisme, considéré comme hérétique. Cette certitude perdura longtemps dans la communauté catholique majoritaire à 80 % en France. Les Papes successifs les désignaient comme tels, encore durant mon enfance et mon adolescence. J’en fus désorientée. C’est à cette époque, vers 12 ans, que j’allais donner mon « congé » aux sœurs franciscaines du patronage que je fréquentais plusieurs fois par semaine. Elles en furent surprises et me demandèrent un entretien. Leur ai-je dis que « je ne croyais plus en dieu » ?

Un fait particulier participa à mon éloignement de ma sœur. Alors que nous nous promenions, moi, ma sœur, son futur et un de leur ami, ce dernier déclara que marié la relation sexuelle avec une épouse ne devait se faire :

  • qu’à travers un trou percé dans la chemise de nuit de l’épouse. J’en fus perturbée, bien que ne sachant que peu de chose de la sexualité, au point que ce fait contribua à m’éloigner d’avantage de ma sœur. Je n’en dis rien à personne, ma sœur ne put soupçonner le choc que je reçus ce jour-là.

Ma sœur Micheline développe sa jalousie à mon égard…pour toujours !

Micheline d’une part était jalouse de l’attention que notre mère me prodiguait, oubliant qu’un bébé, puis une enfant, suscitait forcément plus d’attentions qu’une jeune adolescente, puis jeune fille. Il est vrai que Micheline avait été fille unique durant plus de 10 ans recueillant par la force des choses l’unique attention de nos parents.

Curieusement je peux témoigner de l’inverse : je le développe dans un billet : ils parlaient tous les trois avec animation, ne prêtant pas au fait que moi je restais muette…

Notre mère fit quelque chose d’important pour Micheline :

  • elle loua une chambre à l’entresol du même bâtiment pour qu’elle ait son autonomie. Micheline après des études d’infirmière avait commencé à travailler dans un sanatorium de la banlieue où elle dormait de temps à autre. Quand elle sortait le soir tant au théâtre que pour aller danser. Cette chambre lui permettait aussi d’avoir ses horaires personnels. Il lui suffisait de monter cinq étages pour se retrouver en famille quand elle le désirait, elle pouvait sinon rester dans l’appartement des loueurs tant pour manger, dormir, vaquer à sa vie quotidienne, sans l’ennui, pour une jeune fille, d’avoir la petite sœur dans les jambes. Micheline prit-elle conscience de cet immense cadeau ? À moins qu’elle le retourna à l’envers pensant :
  • on m’a mise à l’écart de la famille ?

Cet écart d’âge ne m’explique pas pourquoi ma sœur développa une telle jalousie à mon égard durant toute sa vie,

  • allant jusqu’à me démolir auprès de mon fils,
  • m’engueulant les rares fois où nous nous croisions (par exemple les enterrements de chacun de nos parents)
  • propageant des médisances sur moi à toute notre famille habitant Reims
  • son mari m’interdit de communiquer en ouvrant mes lettres adressées à ma sœur et ne les lui délivrant pas !

Rapidement il se révéla que nous n’avions pas du tout la même conception de la vie, encore moins de ce qu’est être une femme.

En trop je ne connais pas la signification de aimer !

des colonies de vacances sont regulierement organisees sur le littoral et ailleurs dans le departement

En trop je ne connais pas la signification de aimer !

Nourrie, logée, habillée… rien ne se voit de l’extérieur, même moi j’ai mis du temps à réaliser !

Quand on n’a connu que cette sorte d’indifférence on ne voit rien, on ne réalise rien. D’autant que la famille n’était pas démonstratrice : on ne se touche pas, une bise sur chaque joue sans se toucher, pour se dire bonjour, sauf ma sœur qui me prenait dans ses bras…

Ils faisaient un groupe de trois personnes : ma sœur, ma mère et mon père. Moi je me mettais sous la table où ils étaient à bavarder, rire, échanger sur tout et rien, j’ai oublié de quoi ils parlaient, je n’écoutais peut-être pas, je me souviens par contre très bien que je ne disais rien, j’étais comme muette. Ce qui m’a durée toute la vie : j’ai encore du mal à parler, par contre je suis excellente dans l’écoute !

Il fut un moment où je regrettais de ne pas faire ce qu’il eut fallu pour devenir psychanalyste. Mais pour ça il eut fallu que je fasse une analyse tôt… ce que je n’ai jamais osé faire à temps (1) en attendant durant mon adolescence je lisais Freud et tous les autres…

Ma mère est absente

Une de mes grandes interrogations restée pour toujours sans réponse :

mais qu’est-ce qu’elle fait toutes ces après midi qu’elle passe dans les magasins ??

car elle était souvent (ce mot étant relatif, car je ne sais l’attribuer à un temps défini) absente quand je rentrais de classe de primaire.

Alors je faisais pipi sur le tapis… il m’est arrivé de me faire disputer par le voisin pour ces traces qui restaient définitives, et je m’asseyais sur les marches face à la porte de notre appartement, ou alors j’allais visiter l’étage supérieur qui contenait les chambres de bonnes, sans bonne !

par contre elle est obsédée par mon intestin… j’en ferai des cauchemars encore adulte…

Pour les grandes vacances on m’envoie ailleurs…

mes première vacances « seule » furent à la campagne, dans une famille, du temps des moissons, ici une photo prise par moi en 2008

moisson 3
moisson 3

Colonies de vacances :

des colonies de vacances sont regulierement organisees sur le littoral et ailleurs dans le departement
des colonies de vacances sont régulièrement organisées sur le littoral et ailleurs dans le département

La première colonie de vacances fut sous l’égide de ma sœur à Saint-Brieuc qui y était monitrice, j’avais 5 ou 7 ans ? C’était une colonie catholique organisée par des religieuses.

Ensuite j’ai été envoyé trois ans d’affilée, de 8 à 11 ans, en colonie de vacances du Touring-club de France à Andernos-les-bains proche d’Arcachon, et Cauterets dans les Pyrénées. J’en ai d’excellents souvenirs !

Puis mes parents me prirent une fois avec eux dans un des premiers camps de vacances, sous tentes, à Palinuro dans le sud de la « botte » de l’Italie organisée par le Club Méditerranée, je ne me souviens pas de l’année… je suppose au seuil de mon adolescence, vers mi des années 1950.

Angleterre pour apprendre l’anglais :

Puis mes parents trouvèrent une meilleure solution : m’envoyer pour de longs séjours en Angleterre pour apprendre l’anglais, ce qui me fut utile pour toute la vie ! Je fis donc des séjours de un à trois mois :

  • par un organisme qui organisait des séjours de langues pour un mois, j’y allais en bateau pour traverser la Manche
  • puis dans directement dans des familles durant 3 mois, et je prenais l’avion pour la deuxième fois, mais seule.

Il y eut un nouvel essai de m’emmener avec eux, mais ils y invitèrent en plus mes deux cousines (filles de ma tante qui habitait Reims) et nous allâmes à Argelès-sur-Mer où ils avaient louer une maison pour un mois.

Mon premier voyage seule en 1963 : la Yougoslavie

Je me souviens qu’une année je partis avec quelques ami-e-s à Arcachon, j’avais autour de 18 ans, et c’est là que je perdis ma virginité, d’une manière simple et naturelle…

Pour l’été 1963 ils me permirent de choisir un voyage.

Je choisis un voyage en caïque sur la cote Dalmate… j’en reparlerai dans un billet spécifique car c’est là que je rencontrais mon mari (pour mon malheur).

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Nota bene : chaque sujet de ce billet sera repris pour des développements spécifiques car je prends le parti de traiter des sujets plutôt que strictement chronologique qui ne pourrait qu’être incompréhensible.

(1) j’ai fait une analyse aussitôt après la mort de ma mère en 1985…jusqu’en 1991.

René mobilisé en août 1939

réfugiés français sur la route de l'exode, 19 juin 1940

Déclaration de la guerre en août 1939

René est mobilisé

La France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne début septembre 1939. La mobilisation générale a été décrétée dès août 1939, René est mobilisé.

La guerre commence par une série de défaites aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg et dans le Nord de la France le 10 mai 1940. Les Belges, Luxembourgeois, Hollandais quittent leur maison et leur pays et traversent le Nord de la France puis Paris pour se diriger vers le Sud, sans but défini sinon fuir les Allemands qui avancent très rapidement et occupent chacun de ces pays.

Défaite sur la Somme en juin 1940

Après la défaite sur la Somme de juin 1940 les Parisiens s’agrègent à cette cohorte, la grossissent, trainant eux aussi des charrettes, des vélos chargées de matelas, vêtements, nourriture, voire sur leur dos : Sur Wikipedia on peut lire :

L’exode de 1940 en France est une fuite massive de populations belges, néerlandaises, luxembourgeoises et françaises en mai-juin 1940 lorsque l’armée allemande envahit la Belgique, les Pays-Bas et la majorité du territoire français pendant la bataille de France, après la percée de Sedan. Cet exode est l’un des plus importants mouvements de population du XXe siècle en Europe.

troupes britanniques et civils belges route louvain bruxelles 12 mai 1940
troupes britanniques et civils belges route Louvain Bruxelles 12 mai 1940
réfugiés français sur la route de l'exode, 19 juin 1940
réfugiés français sur la route de l’exode, 19 juin 1940

La sœur de Alda descend de Reims avec ses filles

La sœur de Alda descend depuis Reims, accompagnée de ses filles, âgées de 10 et 2 ans, retrouve Alda accompagnée de sa fille Micheline âgée de 9 ans et prennent la route de concert toutes les cinq. Les foules sont apeurées, fuyantes, désorientées. Elles subissent sur les routes les bombardements des avions tant allemands que ceux des alliés qui leur répondent. Elles s’arrêtent en Sarthe où un couple les accueillent dans deux ou trois pièces disponibles, à la seule condition de coopérer aux tâches quotidiennes.
Micheline, 9 ans, doit faire le ménage !

Micheline en garda un très mauvais souvenir. Elle raconta toute sa vie qu’elle devait faire le ménage et que l’hôte passait son doigt sur les meubles et les portes, pour vérifier qu’il ne restait pas de poussière. Micheline avait 9 ans. Sans doute qu’elle n’avait encore jamais fait le ménage de sa vie ! Elle l’apprit là, un peu rudement sans doute. Cependant Micheline se rattrapa largement adulte quand elle devint mère de sept enfants…

On peut remarquer que ce ne fut donc pas l’exode qui « traumatisa » Micheline, mais de faire le ménage pour la première fois de sa vie ! Ainsi Micheline ne garda aucun souvenir de l’exode, des bombardements sur les routes, du manque de nourriture… apparemment juste une histoire de poussière sur des meubles !

…À moins que ce ne fut qu’un souvenir écran à d’autres souvenirs bien plus traumatisant.

René et Alda mariés viennent vivre à Paris 1930

asnieres plan

Première installation dans la banlieue parisienne : Asnières

Mariés René et Alda viennent habiter à Asnières, banlieue nord-ouest de Paris.

asnieres plan
asnieres plan

Une fille, Micheline, nait dès mai 1931, le 31, elle restera fille unique jusqu’à la mi de la seconde guerre mondiale, une seconde fille, moi, naitra le 8 décembre 1941.

Ni René ni Alda ne sont démonstratifs de leurs émotions ni de leurs sentiments. La pudeur ? les interdits ? les mœurs de l’époque ? les mœurs de leurs milieux d’origine ?

  • René est introverti, il parle peu.
  • Alda aime s’occuper de son intérieur, bien que s’y ennuyant parce que seule toute la journée, étant habituée à avoir des collègues, ou ses frères, sœurs et mère avec qui échanger. La TSF vient enfin lui tenir compagnie.
  • Lui travaille beaucoup, la journée à son emploi, le soir à ses cours, peu disponible pour l’échange avec son épouse.

Années 1930, années de chômage du à la crise économique mondiale, René fut soucieux pour sa famille. Les emplois sont rares.

Enfin il trouve un emploi de dessinateur dans un bureau d’études. Son employeur comprend vite qu’il a un potentiel et lui confie des premiers calculs béton en tant qu’ingénieur béton armé : piscines (piscine Molitor), bâtiments, ponts, réservoirs, silos pour le blé. René rapporte des calculs à faire le soir à la maison, penché et concentré sur ses plans et sa règle à calculs il manque d’attrait.

Mais René ne tient pas en place et sait se distraire : le dimanche avant midi ou en début d’après-midi, il se lève brusquement de sa table et emmène épouse et fille se balader sur les Grands Boulevards. Ils s’arrêtent dans un café pour boire un café, un verre de vin, voire une coupe de champagne, regarder les passants et commenter leurs aspects. Ils vont au cinéma ou dans les guinguettes des bords de Marne de la banlieue parisienne pour danser. Ils aiment tourner au son de l’accordéon puis s’asseoir au bord de la rivière calme où la verdure resplendit.

Aménagement dans un appartement à Vanves

Un peu avant la seconde guerre mondiale, ils trouvent un meilleur logement dans la banlieue sud ouest à la frontière de Paris dans le même département de la Seine, Vanves.

Vue d'ensemble d'une partie de Vanves nord
Vue d’ensemble d’une partie de Vanves nord

Il est au 6ème étage sans ascenseur dans un immeuble long de sept bâtiments identiques, sur le devant un tennis et plusieurs plates bandes de fleurs entretenues. Deux concierges en famille, un à chaque bout de l’immeuble, disposent chacun d’un logement.

Le nouvel appartement loué comporte quatre pièces tout confort, il est au sixième étage sans ascenseur.

  • Un couloir central part de l’entrée et distribue à gauche : une chambre, qui sera celle des parents, toujours fermée à clé,
  • le petit couloir qui mène aux WC, la salle de bains qui débouche sur la cuisine, le tout bordé par un balcon orienté au Nord et d’où on peut voir la Tour Eiffel et assister aux feux d’artifices.
  • À droite on entre dans le salon qui s’ouvre sur une petite terrasse continuée par un balcon orienté au Sud d’où on domine les collines de la banlieue, ce même couloir s’ouvre à droite sur la salle à manger, qui est ouvert sur le salon, ces deux pièces formant séjour,
  • puis une deuxième chambre, qui sera celle des filles
  • la cave, au sous-sol, sera utile pour stocker le charbon durant la prochaine guerre et s’y réfugier durant les alertes aux bombardements,
  • Il a le chauffage central par l’immeuble, sauf durant la seconde guerre mondiale.

Le salaire de René est devenu plus conséquent ils peuvent maintenant louer ce logement moderne, grand et confortable.