Famille de ma sœur, Micheline, fils dépressif : suicide ?

Je vais à Niort voir ma sœur début des années 1970

À partir de ma séparation, en 1970, d’avec mon mari, Jean-Jacques Porchez, je repris contact avec ma sœur, Micheline, en allant la voir à Niort où elle habite avec sa famille, avec Jean-François, mon fils, quand il ne passe pas l’été avec sa grand-mère à Trouville, sur la côte Fleurie ; la dernière fois que j’avais vu Micheline, était à Paris au début de l’année 1964, alors que ma grossesse était à son début.

Je fais connaissance de ses six enfants. L’un, Gilles, me parait avoir des difficultés d’intégration dans la fratrie. En effet il est doué de ses mains, plus particulièrement pour la mécanique des motos dont il manifeste une passion. Le fils ainé de la famille, Emmanuel (1), sévère, rigide, a des relations difficiles avec lui, le mettant en boite, le moquant parce que « non intellectuel ».

Dépression non soignée de Gilles

Peu à peu Gilles tombe dans une dépression, non diagnostiquée et donc non soignée, dormant le jour vivant la nuit. Finalement ce fils cadet, adepte de Bob Marley qu’il écoute surtout la nuit, prenant son petit déjeuner vers 15heures de l’après-midi, trouve un emploi dans une commune du département où il doit se rendre en voiture. À son retour il a un accident mortel sur une ligne droite de la route, en percutant un arbre.

Moi je pense qu’il s’est suicidé mais je le garde pour moi. Par contre j’écris à ma sœur de longues lettres de compassions faisant référence à Dolto, à la sororité. Je vais à La Crèche où ils ont une vaste résidence secondaire, pour assister à son enterrement, faisant 1000 km aller-retour. Personne ne m’y parle, mais je n’y prête pas trop attention, ils ont d’autres soucis !

Aucune réponse à mes courriers réitérés

Par contre je ne recevrai aucune réponse à mes courriers. Durant des dizaines d’années, quand un événement familiale nous fait nous côtoyer, je demande à ma sœur pourquoi elle n’a jamais répondu à mes lettres…

  • « quelles lettres ? » me répond-elle.

Ce sera une énigme pour moi jusqu’à ce que je finisse par découvrir les raisons de ce silence qui s’aggravera au fil des années…

Il s’écoulera plusieurs dizaines d’années avant que je finisse par comprendre pourquoi toute la famille de ma sœur, généralisé à tout le reste de ma famille qui pense le plus grand mal de moi sans me connaitre (dont cousines et cousins à tous les degrés que je n’ai pas vu depuis ma petite enfance), jusqu’à mon propre fils, à partir des années fin 1990 début 2000.

J’avais cru avoir eu un peu d’échange affectif avec un ou deux de ses enfants (dont Élisabeth), les frères et sœurs de mon beau-frère que j’avais côtoyé durant mon adolescence (2). Ma sœur parle facilement… pour me démolir auprès d’une famille que je n’ai plus jamais vu sinon entrevu à de rares occasions durant ma petite enfance …et qui donc ne me connait plus et ne peut rien savoir de ma vie.

Eurêka : je comprends pourquoi ce silence

C’est à l’occasion, en 2015, d’une énième lettre destinée à ma sœur pour demander pour la ixième fois le pourquoi ce silence de ma famille entière qui m’ignorait qu’enfin je comprendrais. La lettre que j’écrivais était un peu comme une bouteille à la mer. L’ultime essai avant ma mort ou la sienne.

Après 40 ans de ce silence d’aucune réponse à aucun de mes courriers, ma lettre était un peu « nerveuse », genre « pourquoi un tel mépris, pourquoi cette méchanceté, ce silence ? »

Quelques jours après l’envoi de cette missive je reçus mon courrier en retour, mon adresse écrite sur une nouvelle enveloppe de l’écriture de mon beau-frère. Je me dis que le mépris était tel qu’ils refusaient même tout courrier de moi et me le faisait savoir en le retournant sans mot d’accompagnement, tel quel.

Puis je reçus un appel téléphonique de mon beau-frère m’informant qu’il avait écrit une réponse mais s’était trompé de lettre dans l’enveloppe, et commenta :

  • « je ne peux pas délivrer ta lettre à Micheline ».

Sur le moment je le pris comme il paraissait être ponctuellement et n’y pensais plus. Il me fallut une quinzaine de jours pour envisager l’ampleur de la signification de la réaction de mon beau-frère.

Censure de tous mes courriers à ma sœur par son mari

Je réalisais que, sans doute, mon beau-frère avait toujours ouvert le courrier destiné à ma sœur, que cette fois n’était pas une exception.

  • Ouvrait-il tout le courrier de ma sœur ou uniquement le mien ? Avait-il toujours jugé que je ne pouvais qu’être de mauvaise influence sur ma sœur ?

Ma sœur n’avait jamais reçu les courriers que je lui avais écrit après la mort de son fils. Elle ne pouvait rien comprendre à mes interrogations réitérées.

Ce coup de téléphone répondit en partie à mon interrogation. Ce que je ne saurai jamais c’est si ma sœur était complice, si elle avait elle-même voulu ne plus rien savoir de moi, mais alors je n’en comprendrai jamais l’origine, alors que si la censure n’a pour origine que mon beau-frère je l’explique tout à fait.

Ce que j’explique dans le billet suivant…

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(1) qui avait choisi en premier métier « responsable » sur les navires marchands, dont il déchantera…

(2) et qui avait essayé de me convertir au protestantisme, sans succès ; je pris le chemin inverse : je devins athée

Grâce au train je campe partout en France années 1970

carte SNCF réseau 1910 1930

Sans voiture je prends le train

Durant toutes ces années je voyageais beaucoup, surtout en France, et en campant. Et comme je n’avais pas de voiture et que les lignes de chemin de fer parcouraient la France en tous sens, sac à dos rempli d’une tente, parfois avec mon fils, j’explorais la France : Dordogne, Normandie, Carcassonne, Cévennes, Arles, Alpes (que l’été), etc…

Le réseau que je vous présente ici correspond aux années 1930 … d’après mon souvenir années 1970 il n’avait pas encore rétréci comme il le fera durant les années où le TGV pris le pas sur tout le reste du réseau, voir l’article de Reporterre

carte réseau 1910 1930
carte réseau 1910 1930

Ce sont aussi les années où je commençais à aller au Maroc…

Maison familiale à Montargis

Un ami avait une maison de famille en pleine campagne, aux environs de Montargis où nous allions souvent passer des week-end, dans sa 2 CV, nous nous arrêtions souvent dans un grill pour manger des frites et du poulet.

La maison comportait deux pièces :

  • une grande cuisine, plutôt salle commune,
  • et une petite chambre ;
  • une petite annexe sur un côté pour stocker le bois avec lequel nous nous chauffions ;
  • tout autour un peu de terrain, où certains campaient quand nous étions trop nombreux pour tenir dans la pièce commune.

De l’autre côté du chemin qui bordait le modeste terrain, un champ où paissaient des vaches, dont parfois j’avais peur si elles s’approchaient trop des fils barbelés !

Nous y allions en groupe, en général des camarades du PSU, pas que, en tout cas nous étions tous engagés au moins moralement à gauche. Nous couchions dans nos duvets au sol, sur des matelas improvisés, les uns à côté des autres, sans distinction de sexe.

KOKOREFF amoureux de moi !

Koko, surnom du propriétaire, était amoureux de moi, mais je ne le soupçonnais pas du tout, rien dans son comportement ne l’indiquait. Il fallut qu’un jour, excédé sans doute, il m’engueule pour me dire en substance qu’il attendait un mouvement vers lui de ma part.

Pour moi il était un ami cher, je n’avais aucune attirance pour lui, ce qui facilitait d’ailleurs ma liberté de mouvements car comme il n’habitait pas loin de chez moi à Paris, je me rendais très souvent chez lui en Solex. Je me sentais moins seule grâce à lui, l’amitié entre un homme et moi ne me posant aucun problème particulier. Au contraire j’y trouvais l’avantage d’avoir un autre point de vue sur la vie que féminin. D’ailleurs nous étions souvent plusieurs à nous retrouver ainsi chez lui.

Je suis donc tombée des nues le jour où il m’informa abruptement qu’il était amoureux de moi…

J’ai mal à chaque centimètre de ma peau

Jamais guérie de ma dépression

Me restait durant toutes ces années des symptômes de mon anorexie (à moins que ce fut une dépression ?), c’était dans mon corps que je ressentais mes sensations de mal être :

  • j’avais mal partout, surtout à la peau devenue d’une sensibilité extrême,

Je me nourrie de bouillies

alors je ne pouvais me nourrir que de bouillies. Elles me réjouissaient tant le corps que le cœur. J’avais toujours du lait en stock pour le petit déjeuner. J’avais aussi en réserve un paquet de bouillie pour bébé du deuxième âge (de 6 à 9 mois) pour qu’elle soit le plus équilibré possible pour un adulte. Il m’arrivait que je rajoute, en plus d’un peu de sucre, du chocolat en poudre.

Curieux comme je me sentais réconfortée quand je n’avais aucun appétit parce que j’allais mal dans ma tête et que je me préparais cette bouillie que j’ingérais avec un tel plaisir. Je n’aurais pu avaler rien d’autre.

Maigre je fais des crises d’hypoglycémie

Enfant j’avais fait des crises de coma acétonique

Quand j’avais quitté le domicile conjugal je pesais 40 kilos pour 1m67. La taille de mes jeans était le 34.

Depuis mon poids avait du augmenter d’un ou deux kilos par an, si bien que je n’avais aucune réserve : pas de graisse qui sert à amortir les efforts physiques et les retards dans les heures des repas, ou les manques d’appétit dans le cas d’angoisses.

Je devais veiller à mon taux de sucre car j’étais, depuis mon enfance, et pour la vie, hypoglycémique ; ce taux tombait vite, se manifestant par un début de tremblement qui pouvait, si je n’y prenais garde à temps, se transformer en coma. Il fallait absolument que j’évite d’y plonger car alors j’en avais pour plusieurs heures à m’en relever.

Il m’est arrivée durant mes cours à l’IFOCOP (1) que ma tête tombe sur mon bureau. J’avais encore suffisamment le bon réflexe pour demander « en urgence » un morceau de pain, des biscuits…

Il ne fallait surtout pas que j’ingère du sucre car le taux de sucre qui remontait dans la minute retombait bien plus bas dans les dix minutes suivantes, alors là j’étais sûre de me retrouver en coma pour plusieurs heures, assorti d’un épuisement général.

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(1) formation de gestion d’entreprise

1970-73 Insomnies conséquences des années de mariage

Impossibilité à m’endormir

Une manifestation de mon mal être se révélait presque chaque soir par une impossibilité à m’endormir.

Je me retournais des heures dans mon lit repassant chaque minute de la journée, chaque évènement, la plus petite parole dite par moi ou entendu par un autre je les retournais des heures durant dans ma tête sans jamais en trouver l’aboutissement.

Je finissais par m’endormir en général vers trois heures du matin, ne dormant que cinq heures chaque nuit.

Toujours en retard à mon travail

Je devais arriver à 9h à mon travail, mais j’étais toujours en retard.

Le levé était des plus difficiles. Je ne me donnais qu’une demi-heure pour m’habiller et petit déjeuner.

Je me lavais le soir parce qu’il m’était impensable de me coucher avec la transpiration et la pollution de Paris. Je réglais le réveil pour 8h30, heure la plus tardive pour me lever, je volais encore quelques minutes après la sonnerie « encore 5 minutes » qui se prolongeais de cinq en cinq minutes supplémentaires, si bien que je partais à l’heure où j’aurais du arriver.

Le petit déjeuner n’était que du café soluble dans du lait chauffé pendant que je m’habillais.

Habillement toujours un peu compliqué parce que je ne préparais rien la veille et que je changeais de vêtement chaque matin : il fallait, dans les quelques minutes que j’avais, trouver comment me vêtir pour la journée, essayant plusieurs combinaisons de couleurs, de matières, d’aspects.

Posant rapidement un khôl vert autour des yeux et un peu de rouge sur les joues, jamais rien sur les lèvres.

Mais comme j’avais le visage enflé du manque de sommeil les yeux coulaient invariablement. Le soir en rentrant je retrouvais mes vêtements empilés en vrac sur un siège, je ne les rangeais pas toujours pour autant, en fait j’avais pris cet habitude depuis mon adolescence…

Insomnies constantes pour la vie

Quand je sortais le soir, pas très souvent car mes soirées étaient plutôt occupées à militer ou à lire, certains hommes me faisaient remarquer, avec envie, que j’avais les yeux cernés, pour eux je devais passer mes nuits dans les bras des hommes. J’en étais gênée tellement loin de la réalité… mais ne les en dissuadais pas, impossible d’avouer que j’étais juste insomniaque. Mes employeurs pensaient-ils de même ? je ne le sus jamais.

Ces insomnies avaient commencé après mon viol. Elles durèrent toute ma vie, mais vers l’âge de 45 ans je me décidais à consulter pour prendre des tranquillisants. À partir d’un certain âge on ne peut plus se permettre de ne dormir que cinq heures par nuit !

Pulsions suicidaires et pulsions sexuelles 1970-1973

Envahie par deux pulsions : suicidaires et sexuelles

Durant ces cinq années qui suivirent ma séparation d’avec mon mari je fus envahi par deux pulsions : pulsions suicidaires et pulsions sexuelles.

Pulsions qui peuvent paraitre contradictoires puisque l’une est une pulsion de vie, la sexuelle, l’autre une pulsion de mort.

Bien souvent certains hommes provoquaient en moi une envie presque irrépressible de faire l’amour avec eux, de me jeter dans leur bras, de ressentir leur corps par mon corps, habillée ou non n’était pas important, je ne visualisais rien, ce n’était que de l’ordre du ressenti.

Mais j’étais toujours sous la pression de l’interdit de ma mère :

Si bien que je les cachais autant que je pouvais aux hommes, et m’en sentais coupable. Dans la culture que ma mère m’avait instillée les pulsions féminines n’existent pas, bien qu’elle-même n’avait pas su réprimer les siennes propres vis-à-vis de moi, mais j’avais tout oublié (1)… ne me restait que l’interdit bien ancré dans mon corps et dans ma tête.

J’eus beaucoup d’aventures avec un tas de partenaires. Ce n’était que d’un soir ou d’une après-midi. Rares furent les aventures qui durèrent plus que quelques semaines.

Comportements des hommes

Mais j’étais toujours aux prises avec l’attente que l’homme fasse le premier geste, je m’interdisais de montrer quoique ce soit. Par chance nous étions entrés dans la culture de la permission sexuelle.

Les hommes se permettaient tout, nous reprochant, à nous les femmes, de ne pas céder à toutes leurs propres pulsions, nous devions coucher avec n’importe quel homme qui nous le demandait, et certains nous insultaient si jamais nous refusions. D’une part cela me facilitait les choses, d’autre part j’étais bien souvent choquée par leur demande pressante.

Et j’eus la chance d’être en quelque sorte protégée par le cercle surtout politique que je fréquentais, ces hommes militants respectaient les femmes.

Pulsions suicidaires

Quant à mes pulsions suicidaires elles m’envahissaient tout autant. Elles se manifestaient par une envie de mourir dans la minute, dans l’heure. Je ne pris jamais aucun médicament pour en finir. Je ne pouvais rien projeter car c’était dans l’instant que je voulais que « ça » finisse, je n’eus jamais un projet plus long que les heures ou les jours immédiats. C’était dans l’instant que je voulais mourir. Mais elles revenaient constamment.

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(1) il me faudra attendre sa mort en 1985 moment où je pus me décider à faire une analyse pour que les souvenirs me reviennent en me provoquant des hurlements de souffrance.

Militantisme : guerre du Vietnam, Lip, journal Libération

ho chi minh le fameux char de 1975

Guerre du Vietnam

Les années de 1972 à 1976 seront des années ponctuées par la guerre au Vietnam qui s’amplifie, que je suivais quotidiennement depuis 1964, elle finit par la victoire des Vietnamiens sur les Etats-Unis le 30 avril 1975, le départ des GI’s, les boats people qui feront des centaines de milliers de morts, des réfugiés dans des camps en Asie (Hong-Kong). Des milliers de Vietnamiens sont accueillis par la France, ils sont reconnaissables à leur minceur et pattes d’éléphant dans le métro de Paris et construirons le futur quartier du 13ème arrondissement de Paris dénommé le quartier « chinois ». La suite, car la guerre n’est pas finie en Asie du Sud Est, sera le génocide perpétré par les Khmers Rouges au Cambodge, génocide du plus particulièrement à la faim dès les premiers mois , dans ce pays qui avait été le plus gros producteur de riz d’Asie du Sud. L’ONU sera complice puisque les Khmers rouges y détiendront le seul siège représentant le Cambodge jusqu’années 1990. Complice aussi la Thaïlande qui les laisse pénétrer et se réfugier sur leur territoire, par exemple quand les Vietnamiens interviennent pour faire cesser ce régime années 1980. Complices les chefs d’état qui les visitent : Birmanie, Roumanie, Corée du Nord, par contre la Chine prend ses distances.

Puis c’est LIP qui est menacé de fermeture.

Lip est une grande entreprise d’horlogerie française fondée en 1867. En 1971 débute des conflits d’intérêts entre les administrateurs mais surtout des concurrences internationales à bas prix. En 1973 les ouvriers, très qualifiés, ayant construit les premières montres à quartz françaises, apprennent qu’un plan de licenciement général est programmé : ils se mettent aussitôt en grève. La résonance se fait dans tout le pays, 1968 n’est pas loin, partout des comités de soutien se construisent. Après un temps de succès de la mise en autogestion (programme politique spécifique du PSU), une grande manifestation nationale est organisée à Besançon devenue ville morte, l’entreprise est liquidée en septembre 1977. Mais la marque LIP est gardée, passée, rachetée, un aller-retour à Hong-Kong, finalement la marque LIP et sa spécificité de montres à quartz reste vivante et continue sa vie.

Journal Libération

Ces années étant des années politiques sur tous les plans, il est envisagé de créer un quotidien, qui reprendrait le nom « Libération », nom qui avait une belle histoire liée à la Résistance. Le projet est de construire un quotidien totalement démocratique. Des comités seraient créés dans toutes les provinces françaises et relaieraient les informations qui seront remontées à Paris, le centre. À Paris je fais partie de cette organisation. Nous avons tout à organiser : la rédaction, ses relais en province, le contrôle de la distribution par les NMPP, ce qui nous oblige à des comptages constants pour que le journal soit présent en nombre suffisant dans des points de vente précis triés et choisis par nous. Cela commence à fonctionner, les informations remontent. Mais nous sommes vite confronter à la non rentabilité : il nous faudrait un capital. Nos modestes contributions n’y suffisent pas. Un jour, à l’occasion d’une réunion « au sommet » à laquelle j’assiste, j’apprends qu’un capital nous est versé gracieusement, mais le donateur veut rester anonyme. Je suis choquée, comme d’autres : quel est ce capitaliste qui va prendre le pouvoir ? Ce n’est que peu de temps plus tard que nous apprenons qu’il s’agit de Jean-Paul Sartre qui veut garder l’anonymat. Ouf, mais nous avons eu le temps d’avoir peur… cependant il démissionnera rapidement car déçu par la ligne politique qu’à pris le journal qui est devenu social-démocrate. Moi aussi et je ne le rachèterai plus jamais.

Années 1970 début du mouvement de la libération de femmes

mai68 femmes

Assemblée des femmes aux Beaux-arts

Les années 1970 sont réputées comme étant celles de la libération des femmes et de la sexualité.

À l’automne 1970 premières Assemblées générales des femmes à l’école des Beaux-Arts de Paris.

Pour ma part j’assiste à l’une de ces AG aux Beaux-Arts et en repars vite car les hommes qui entrent pour y participer sont huer violemment par l’assemblée, je ne le supporte pas. Je vais voir des féministes dans un local (1), pour mieux comprendre leur démarche, là rien ne m’encouragea à poursuivre : je les trouvais sectaires.

Qu’elles aient besoin d’affirmer leur homosexualité ne me dérangeait pas, ce qui me dérangeait étaient qu’elles voulaient que ce thème devint central pour la libération des femmes.

Alors que l’homosexualité était aussi difficile à vivre, dans cette civilisation, tant pour les hommes que pour les femmes.

mai68 femmes
mai68 femmes

Pétition « je me suis faite avorter« 

Le 5 avril 1971 343 femmes avaient signé une pétition dans le Nouvel Observateur « je me suis faite avorter » alors que la loi condamnait encore l’avortement à la prison, selon la loi de Pétain.

Par contre je participe à des réunions mixtes organisées par le PSU chez les unes ou les autres et à des stages durant l’été où chacune et chacun s’exprime.

Communauté des Cévennes et écologie

L’été je vais dans une communauté des Cévennes, avec mon fils, où je découvre le partage des tâches, l’écologie appliquée pour la culture des plantes et l’élevage des animaux. J’ai été incitée à y rester, à adhérer à leur communauté… je choisis de rester vivre à Paris où j’avais tant d’occupations. De plus le PSU se préoccupait aussi de l’écologie dans son programme politique.

Au grand malheur des Humains vivant sur la planète l’indispensable écologie (2) fut « oubliée » par les partis et hommes politiques, sans parler des industriels, durant plusieurs dizaines d’années… nous en vivons les conséquences qui ne font que commencer.

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(1) j’ai oublié où, cela peut-être dans un local ponctuel pour l’édition d’un des journaux féministes : Le Torchon brûle, l’Idiot international, Partisans n°spécial ?

(2) 11 mai 1971 manifeste de 2200 scientifiques remis aux Nations Unies

Études à Vincennes en histoire et logement économique

solex 3800. annee 1966

Acquisition d’un Solex

J’ai acquis un Solex pour me déplacer facilement partout dans Paris et sa proche banlieue, qui sera bientôt remplacé par un Cady… Cela suppose que je me transporte seule.

Mon Solex ressemblait à celui-ci :

solex 3800. annee 1966
solex 3800. année 1966

et mon Cady ressemblait à celui-ci sauf que le mien était bleu

motobecane cady
motobecane cady

Il était plus stable que le Solex dont le centre de gravité étant en haut au niveau du guidon le rendait un peu dangereux par son centre de gravité trop, je me sentais en meilleur équilibre avec le Cady et j’ai parcouru Paris en tous sens.

Faculté de Vincennes en histoire

Mais pour aller à la faculté de Vincennes, quand j’habiterai proche, je traverserai le bois seule à pied le soir tard, ce qui effrayera mes amis étudiants, parce qu’il y aurait de la prostitution dans ce bois… mais je ne l’ai jamais vu, et j’adorais marcher à travers ce bois de jour comme de nuit. Pour l’aller il y a un bus qui part de la Porte de Vincennes, toujours rempli à bloc d’étudiants, qui laissait toujours penser qu’il allait basculer…et se renverser !

Pour une charge locative la moins chère possible et proche de la fac de Vincennes je loue un logement à demi meublé de deux pièces, WC sur le palier, une cuisine, je vais donc aux bains publics pour me laver, ou sinon je fais chauffer de l’eau sur le réchaud électrique à deux feux et un minuscule four, et me lave dans une grande bassine rouge. Mon fils à la possibilité de se laver chez sa grand-mère.

Logement économique

Ainsi dans ce logement chauffé à l’électricité pour lequel je paye 400Frs par mois de loyer, je dois laisser mon fils seul un soir sur deux pour mes cours à Vincennes. Nous dinons ensemble avant que je parte. N’aurait-il pas été mieux à Montgeron ? C’est quoi ce drôle de père, qui ne s’est jamais préoccupé des maladies d’enfance de son fils (scarlatine, rougeole), indifférent à son éducation, et qui tout à coup refuse de payer 100Frs de plus par mois pour la meilleure éducation qui soit ? Quelle est sa motivation exactement ? Elle ne peut être à cause de son budget puisque je sais qu’il a un salaire dix fois plus important que le mien. Juste pour m’embêter ? Me faire plier … à quoi ? que je n’étudie plus à Vincennes ? N’a-t-il rien compris à mes motivations alors qu’il m’a pourtant vu prendre des cours en auditeur libre dès le début de notre mariage, puis prendre des cours de comptabilité par correspondance durant trois ans tout en travaillant à mi-temps…

Emplois chez Papillard, puis Soulez-Larivière

Tout en poursuivant mes études à Vincennes, pour gagner ma vie je travaille à mi-temps ou à trois quart de temps chez des avocats, dont Me François Papillard qui organise des expositions au château de Vascœuil dont il est propriétaire, de grands peintres modernes dont Vasarely, à grands frais !

…Je découvrirai à ma retraite que cet avocat, bien que me délivrant des feuilles de salaires chaque mois, ne me déclara jamais à la sécurité sociale, ma retraite en sera amputée d’autant. Puis ce sera chez Me Soulez-Larivière, durant environ une année, et lui me déclara !

Jean-François et Jean-Jacques Porchez

Heureusement la mère de Jean-Jacques prend souvent Jean-François le week-end, mais elle le gâte trop, cela m’agace un peu car c’est du genre à courir après lui « armée » d’un yaourt pour qu’il veuille bien être nourri à la becquée !

Un jour elle me demandera si son fils ne se serait pas mal conduit avec moi du temps du mariage… car elle vient de découvrir une lettre de sa fréquentation actuelle, qui d’ailleurs s’appelle aussi Annie, qui se plaint de son comportement… je lui avoue donc que « oui » ! Sans lui en dire plus… je crois qu’elle a compris quelque chose, mais je ne saurai jamais exactement quoi.

Jean-François Porchez, mon fils, de 6 à 10 ans

Rentrée scolaire d’octobre 1971

J’ai repris des études à la faculté de Vincennes, en histoire, à la rentrée d’octobre 1971. Du fait que je continue à travailler pour gagner ma vie, je prends ces cours le soir. Ainsi mon fils, Jean-François va se retrouver seul. Je décide donc que le mieux pour lui serait la pension, mais pas n’importe laquelle !

Montessori à Montgeron

Je décide que le mieux pour lui est la meilleure stabilité qui soit dans la meilleure école possible : je choisis Montessori.

Je cherche celle de Montgeron avec l’aide de ma mère qui nous conduit en voiture. D’une part je n’ai pas les moyens d’acheter ni d’entretenir une voiture, d’autre part j’ai passé le permis plusieurs fois durant mon mariage, mais sans résultat !

Donc armée d’un plan je l’aide à se diriger, car ma mère n’a aucun sens de l’orientation ! J’y inscris mon fils facilement, son père payant la pension de 100frs de plus par mois que la pension alimentaire, soit 600frs, je le reprends le week-end.

Malheureusement au bout d’un an son père refuse de payer ce supplément de 100frs, moi ne pouvant prendre ce supplément à ma charge, et je dois encore changer mon fils d’école et déménager…

Ce refus par son père Jean-Jacques, eut une conséquence néfaste : continuant mes études à Vincennes je laissais mon fils seul le soir. Certes je le faisais manger avant de partir, puis le couchait. Son père l’eut laissé à Montgeron il ne se serait pas trouver seul le soir… aurais-je du, moi, arrêter mes études ?

  • C’est la question de l’autonomie de la femme qui est posée là. Jean-Jacques Porchez a tout fait pour m’empêcher de conquérir mon autonomie !

Dons manuels innés de Jean-François

Il continue à confirmer ses dons manuels :

Je l’ai, depuis sa prime jeunesse, encouragée à construire des Lego, constructions qui le passionnaient.

À l’occasion de la fin d’année on lui avait offert un petit circuit de train électrique. Alors il commence à construire, chez sa grand-mère où il y a de la place, un circuit de trains électriques. Il adhère à une association où sont majoritairement des adultes. Il en est passionné et rivalise avec eux. Il gagne même, une année, le premier prix. Il faut être méticuleux, soigneux, imaginer des trajets, des paysages, l’esthétique rentre dans les capacités nécessaires. Sa grand-mère, ma belle-mère, habite seule, depuis la mort de sa mère en 1969, dans un grand appartement qu’elle a acquis dans le 14ème arrondissement.

Heureusement la mère de Jean-Jacques prend souvent Jean-François le week-end, mais elle le gâte trop, cela m’agace un peu car c’est du genre à courir après lui « armée » d’un yaourt pour qu’il veuille bien être nourri à la becquée !

Un jour elle me demandera si son fils ne se serait pas mal conduit avec moi du temps du mariage… car elle vient de découvrir une lettre de sa fréquentation actuelle, qui d’ailleurs s’appelle aussi Annie, qui se plaint de son comportement… je lui avoue donc que « oui » ! Sans lui en dire plus… je crois qu’elle a compris quelque chose, mais je ne saurai jamais exactement quoi.

Mauvaise orientation de Jean-François après la CM2

Arrivé en fin de CM2 le directeur de l’école primaire de Jean-François lui refuse le passage en 6ème prétextant qu’il est forcément déséquilibré puisque sa mère est divorcée… il l’inscrit donc d’office, contre l’avis des autres instituteurs, dans une classe pour les débiles mentaux légers, qui s’appelle « allégée ».

Je me bataillerai, en adhérent à une association de parents d’élèves, durant deux ans pour qu’il reprenne des classes normales… La position de ce directeur d’école démontre que le divorce n’est pas encore accepté. Ses informations sur le divorce restent-elles bloquées sur les chiffres des années d’après guerre qui montrent que c’était le mari qui demandait le divorce motivé par l’adultère de sa femme ? Par contre quand il sera fait des études sociologiques sur les conséquences sur les enfants : le divorce est préférable au maintien d’un mariage conflictuel, il peut même être vécu comme un soulagement par les enfants.

Mon divorce et ses conséquences

Il y eut donc au moins deux conséquences funestes du fait de mon divorce :

  1. La mauvaise orientation scolaire de Jean-François par un directeur d’école
  2. et un compagnon qui voulait m’épouser, refus par sa famille

Années 1970 une femme divorcée était considérée comme une mauvaise femme, de mauvaises moeurs, en fait je ne sais quoi exactement car cela parait totalement insensé !

Adhésion au PSU en 1971 et changement climatique !

programme psu 1978

Mon adhésion au PSU

qui est le sigle de : Parti Socialiste Unifié curieuse dénomination car il n’a vraiment rien d’une unification !

programme psu 1978
programme psu 1978

J’adhérai au PSU au début de l’année 1971. Sa ligne autogestionnaire me convient tout à fait ; il rassemble plusieurs courants ce qui permet des discussions et échanges avec diverses lignes politiques (trotskiste, mao, paysanne) ;

il prend en compte le changement climatique que viennent d’annoncer des scientifiques, l’environnement fait partie de son programme : c’est totalement oublié de nos jours ! Il fut le seul parti à en tenir compte dans son programme, à part le seul parti spécialisé sur la question de Brice Lalonde  auquel adhéra Jean-Jacques Porchez.

il sera toujours proche des luttes.

Le PS, bien qu’en reconstruction, ne m’attire pas du tout.

Cependant je côtoie des militants de gauche divers, dont des trotskistes, qui de « mao » virent vers le journal « Rouge » ; d’autres « m-l » tentés par le passage à la violence, je les fuirai.

En France, à l’inverse de l’Allemagne, l’Italie, la Belgique, l’Espagne, les groupes violents n’eurent que peu de développement, elles durèrent jusqu’années 1980.

Quant au PCF…

j’en ai été exclue en 1964, je ne vais pas y revenir ! Quoiqu’il m’arriva d’assister à quelques réunions ouvertes à des non adhérents sympathisants, réunions d’un grand ennui où il n’est pas question de politique mais seulement de pratique : tracts, affiches, etc.

Je ne dois pas dire que je suis au PSU : très mal vu par le PCF qui le catalogue encore, suite à 1968, « d’extrême gauche » ou reprenant l’insulte adoptée par la bourgeoisie « gauchiste » : terme très péjoratif à ses yeux !

Période de 1968 à années 1980

La période jusque fin des années 80 seront des années de grandes contestations internes au PCF : exclusions, et surtout départs de dirigeants à la pelle… qui font scandales à chaque fois, certains essayant, sans lendemains, de reconstruire une autre structure…

Au PSU je fais connaissance d’ami-e-s, qui marqueront ma vie pour longtemps (Geneviève et Bernard, frère et sœur).

Et un compagnon ! Il est étudiant à polytechnique. Bientôt il tombe amoureux de moi, il me trouve belle, je le trouve agréable, sans plus. Il me demande en mariage.

Pourquoi pas ?!. Pour cela il me présente à sa famille qui habite Versailles :  Elle refuse ce mariage parce que je suis divorcée.

Lui ne voyait aucun inconvénient à élever mon fils auquel il s’est attaché.

Je le croiserai un jour dans une manifestation accompagné de sa femme et tenant un fils sur les épaules… crève cœur.