Mon père de 90 ans en maison de retraite -2

Faut-il nourrir votre père de force ?

, hors de la chambre de mon père, se présentent à moi un infirmier et un médecin. Ces soignants veulent connaitre mon sentiment sur l’attitude à adopter concernant l’alimentation de notre père :
– Faut-il nourrir votre père de force ? ce que votre sœur veut absolument…
Je suis choquée qu’on puisse se poser une telle question, n’a-t-il pas fourni assez d’effort depuis une quinzaine de jours en refusant de s’alimenter ? Ne montre-t-il pas sa détermination irrévocable ?

Je réponds spontanément ce qui me semble le simple bon sens et surtout le respect de l’autre :

  • – Il a choisi sa mort, le moindre égard que l’on puisse avoir de lui est de respecter sa décision, et donc évidemment non il ne faut pas le nourrir de force…

Ce qu’ils respecteront…

Mais ma sœur m’a volée ce dernier contact essentiel avec mon père…

Il mourut en février. Son enterrement eu lieu dans la banlieue parisienne Ouest où sa femme, ma mère, avait été enterrée quelques années auparavant. Je repartis donc faire huit cent km aller puis retour, en pratiquant à nouveau le même régime d’hôtels et de repas que la première fois.

Ces quatre allers-retours eurent pour conséquence que je me retrouvai interdite bancaire car je ne pus pas assurer à temps les couvertures des chèques que j’avais émis.

La Banque postale patienta quelques mois. Mais les agios couraient et ne faisaient qu’aggraver ma situation. Pour chaque chèque impayé on me mettait de lourdes amendes instituées pas la banque. Elles ne firent que m’enfoncer un peu plus.

Je finis par arriver à honorer tous les chèques mais la Banque de France exigeait de telles taxes pour me permettre de retrouver mes droits que j’abandonnais la partie. De plus les débiteurs ne me firent jamais parvenir les preuves de mes paiements qu’exigeait la Banque de France, malgré mes demandes réitérées. Je n’avais donc plus qu’à accepter d’être interdite bancaire pour cinq ans.

Durant l’enterrement mon fils ne jeta aucun regard à quiconque, ni n’adressa la parole à aucune personne présente , et ma sœur n’oublia pas de me sortir quelques amabilités…

J’avais assisté ainsi que ma sœur, début des années 1990, par obligation légale, à l’inventaire fait par Drouot de tous les biens contenus dans l’appartement de nos parents, quelques mois après le départ de mon père pour la maison de retraite située à Niort ville proche de chez ma sœur qui habitait dans sa maison de La Crèche. Je n’en reçus jamais l’état , je ne pouvais qu’en déduire que ma sœur et son mari s’étaient appropriés tous les biens qu’il contenait par quelque malversation dont Drouot fut complice : meubles (fauteuils – de toutes dimensions et styles – , divan, canapé, liseuses, armoires, buffet trois portes, bibliothèque, tables grandes et petites, bureau, chaises, lutrin, etc), tableaux souvent de valeur et/ou d’époque, vaisselle et objets de décoration abondants, linge souvent mal entretenu à ma grande surprise. Mais je ne suis pas retournée chez ma soeur depuis des dizaines d’années. Elle eut la « bonté » de me faire parvenir un chèque de 10 000 Francs peu d’années plus tard, qui me rendirent bien service, en guise de « dédommagement » de tous ces biens meubles, à part les vêtements de notre mère dont elle me fit cadeau, mais que je ne pus garder …

En 2022 un scandale éclate

Il est depuis longtemps public que les personnes âgées sont maltraitées dans les EHPAD , tout le monde en à l’air choqué sans plus, les gouvernements successifs n’ont aucune action pour améliorer leur sort quotidien. Le scandale qui éclate en janvier 2022 concerne un groupe privé fondé en 1989 par Jean-Claude Marian, neuropsychiatre, :

Orpea

Ayant un soupçon, je cherche sur le net et il m’est ainsi confirmée que la maison de retraite dans laquelle ma sœur avait mis notre père fait parti de cette chaine. Ainsi une question reste en suspens : mon père s’est-il suicidé parce qu’il était maltraité ? et une affirmation : ma sœur a mis notre père, en bonne santé et tout à fait valide, en maison de retraite pour rentrer en possession de l’appartement dans lequel il vivait et dont il l’avait fait l’héritière et en retirer le bénéfice sonnant et trébuchant en le revendant. Et prendre possession de tous les biens qu’il contenait. Les dix mille francs qu’elle m’avait fait parvenir furent pour se déculpabiliser… mais n’étant accompagné d’aucun décompte je ne peux qu’en déduire qu’elle en tira un bénéfice confortable…

Suicide de mon père de 90 ans en maison de retraite -1

Mon père en maison de retraite

Mon père vit dans une maison de retraite à Niort depuis une quinzaine d’années, loin de tous ses plaisirs et connaissances parisiens, où ma sœur l’a fait déménager pour prendre possession de son appartement de Viroflay qu’elle revendit à son bénéfice, comme le partage d’héritage fait par notre père l’avait décidé, et s’approprier tous les meubles et vaisselles.

J’exprimai mon désaccord de cette décision : je pensais qu’il aurait été mieux pour lui qu’il ait une aide à mi temps ou à plein temps dans son domicile.

On m’informe par écrit que mon père est à l’agonie

Je me rends donc aussitôt à la maison de retraite où séjourne mon père. Non sans quelques difficultés financières. C’est à six cent kilomètres de chez moi et on ne campe pas en Charente au mois de janvier. Je restai quelques jours en me logeant dans les hôtels les moins chers qui soit : les 1ère classe. Me nourrissant dans les Mac Do et les sandwicheries. Je savais qu’en me rendant pour quelques jours à Niort je me mettais en danger de devenir interdite bancaire. Je ne regrettai jamais ce choix.

Arrivée dans la maison de retraite de mon père je demande à voir une responsable. Des sœurs catholiques ou protestantes sont présentes dans cette établissement.

J’obtiens tout de suite un entretien. J’avais besoin de cet échange, car moi athée, je ne sais quelles paroles tenir à mon père au seuil de la mort. Dois-je lui parler de Dieu ?

Puis on me conduit à son chevet. En bonne santé générale à l’âge de 94 ans, mon père a arrêté de se nourrir pour en finir avec la vie. Aucun autre moyen n’existait et n’existe toujours pas quand un humain ne veut plus vivre. Depuis plusieurs jours il a été fixé une sonde dans le nez de mon père pour l’hydrater d’un liquide sucré.
Il a gardé toute sa lucidité et est d’une maigreur impressionnante.

Pour la première et seule fois de ma vie je lui caresse les mains, le cou, les joues. J’essaye d’instaurer un dialogue, et tout à coup je suis interrompue par ma sœur qui entre dans la chambre sans frappée. Je lui signifie que je veux être seule avec notre père.

  • Elle me répond que non :
    – jamais je ne te laissera seule avec lui !
    Je suis indignée, mais veux éviter un esclandre devant un agonisant.
  • …Puis ma sœur sort précipitamment de la chambre et je l’entends hurler dans les couloirs :
    elle veut le tuer, elle va le tuer…

Ma sœur m’accuse

Je la suis dans le couloir pour stopper sa folie. Elle me crie, plutôt qu’elle ne parle, qu’elle ne veut pas que j’informe notre père de l’inceste que j’ai subi.

Quelle idée malsaine a-t-elle ? Est-elle persuadée que je veux informer mon père à l’agonie de ce que ma mère m’a infligée ? J’apprends ainsi dans la même minute qu’elle a pris en compte mon traumatisme dont je l’ai informée par circulaire, ainsi que mes cousines, quelques années auparavant, et qu’elle en est elle même choquée. Je n’ai pas fait parvenir cette circulaire à mon père, volontairement, ne voyant pas l’utilité de lui procurer un tel bouleversement.

Une responsable a-t-elle téléphonée à ma sœur pour l’informer de ma présence ? Tout ceci était-il préparé à l’avance avec la connivence des employés, qui certes ne pouvaient pas prévoir la réaction de ma sœur, ni ne connaissaient le contexte familial, elles n’en pouvaient savoir que ce que ma sœur et sa famille avaient pu lui en dire. Par contre les minutes qui suivirent montrèrent que les soignants connaissaient bien le caractère intransigeant de ma sœur…

voir la deuxième partie

J’ai toujours lu plusieurs livres par semaine

Ma culture « tient le coup » !

Me voilà parcourant et choisissant, en les cochant, les livres qui feront le stock de départ de la livrairie.

Je suis presque surprise de connaitre 90 % des auteurs, voire des titres, en littérature et sciences humaines. Je dois cocher chaque titre choisi un par un sur ces listes pour constituer notre futur stock. En fait je suis rassurée : ma culture « tient le coup » !

Ma curiosité insatiable :

j’ai toujours lu plusieurs livres par semaine

Cette culture que je me suis construite en dehors de l’école, seule, bien qu’avec mes années à Vincennes, malgré une certaine dyslexie ou dysorthographie, soutenue par une curiosité constante, mes visites chez les libraires, mes feuilletages sur le étales, lisant les dos des livres, me constituant ma propre bibliothèque depuis mon adolescence, achetant depuis des années plusieurs livres par semaine, lisant en général deux livres à la fois dans deux domaines différents, l’un me « distrayant » de l’autre, genre : sciences humaines et littérature, ou policiers, pas les bandes dessinées que Philippe connait qui ne m’ont jamais attirée mais dont je vais prendre plaisir à découvrir les styles créatifs de chacune dans ma librairie.

J’ai déjà lu des milliers de livres !

Rythme de lecture que je soutiendrai durant des dizaines d’années. Un jour je me suis amusée à essayer de compter combien de livres j’avais pu lire… j’arrivais à plusieurs milliers dont très peu de policiers !

Mon budget livres a toujours pesé largement plus que celui des vêtements qui me laissent presque indifférente.

Quoiqu’il fallut assumer le paraitre indispensable dans les bureaux pour être prise au sérieux. De ce côté là je serai plus libre dans une librairie !

Prise de contact avec les éditeurs

Convoquer les éditeurs

Pour convoquer les éditeurs nous cherchons les adresses et téléphones dans l’annuaire jaune des professions et nous téléphonons à tous ceux que je connais par mes lectures.

Philippe sait que c’est à moi de m’en occuper, que j’aurai la responsabilité de la constitution du stock et de tout ce qui concernera le choix des livres… mais il n’y a pas que cela dans un commerce, il y a aussi le rapport aux clients, la présence, la gestion…

Rendez-vous avec les représentants

Nous prenons rendez-vous avec les représentants des éditeurs essentiels. Pour faire connaissance, discuter un minimum d’environ deux heures, voire l’après-midi entière pour les plus importants, est nécessaire. Ils reviendront régulièrement.

Nous apprenons la structure de la distribution des livres en France, plus particulièrement à Paris . Comment chaque éditeur dépend d’un distributeur qui est souvent un groupe rattaché à un éditeur principal, tel Sodis pour Gallimard (Folio, Pléiade, Futuropolis, Denoël, etc), Hachette (LdP, Grasset, Fayard, etc), UGE pour Plon (10/18, Presses-Pocket, Presses de la Cité, Bourgois, etc) le représentant est salarié par le distributeur, il nous présente donc le catalogue de chacun des éditeurs. Pour les autres éditeurs (Grund, Arthaud, Glenat, Gauthier-Languereau, L’école des loisirs, Casterman, etc) ils se distribuent eux-mêmes ou a un accord avec un grand distributeur. (1)

Nous ferons plus ample connaissance au fil des années. Nous trouvons un coursier qui assumera les commandes quotidiennes de chaque client, et qui, pour certains éditeurs, nous livrera les offices.

Le but de notre librairie

Nous leur exposons notre projet : une librairie de quartier sans spécialité. Ils nous parlent chacun de leur fond. Ils nous délivrent les impressionnantes listes de livres. Qui des bande-dessinées, spécialité où Philippe est plus calé que moi, qui de la littérature, qui des sciences-humaines, qui des livres pour enfants, ce en quoi nous avons tout à apprendre, les beaux-livres pour lesquels des éditeurs sont spécialisés, mais que tout éditeur a dans son catalogue, enfin quoi le fond d’une librairie est un vaste choix.

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(1) L’organisation et l’organigramme des éditeurs et leurs distributeurs qui sont cités ici correspondent au début des années 1970, tout a changé depuis !

Le local de notre librairie comporte un appartement

Situation du local de notre libraire

Le local est dans un groupe d’immeubles HLM du 12ème arrondissement et bénéficie donc d’un loyer bas comparativement à d’autres locaux. Le commerce qui a fermé était une chemiserie.

Enquête marketing

Appliquant ce que nous venons d’apprendre, nous faisons une enquête marketing auprès des passants devant la future librairie. Nous avons construit un questionnaire. Les réponses sont rassurantes.

Nous trouvons un bon menuisier

La superficie de 50 m2 est un peu juste, nous envisageons de faire construire une mezzanine pour agrandir la surface de vente puisque le plafond est à environ 3,50 mètres.

Nous cherchons et trouvons le bon menuisier qui construira sur mesure des bibliothèques et la mezzanine en bois précédée de son escalier. Sous cette mezzanine le plafond n’aura une hauteur que de 1,50 m environ, nous y installerons le rayon « enfant » qui pourrons s’installer tranquillement pour choisir et lire les livres de leur choix.

Le menuisier commence à travailler avec deux ou trois compagnons, ils ont pris les mesures, nous avons discuté ensemble de la profondeur et de la hauteur des bibliothèques, de la disposition de la mezzanine, de l’escalier ouvert qui y mènera, de l’emplacement de la caisse.

L’escalier de la librairie, avec des marches profondes et faciles à monter, aura 1,50 m de large, face à l’entrée mais après la caisse qui se casera derrière un renfoncement où nous serons comme cachés pour que les clients ne soient pas intimidés par notre présence ; dans l’angle opposé du local une large échelle, discrète, conduit au sous-sol, de la même superficie, et mène aussi à la chaudière à charbon dans un renfoncement, que nous changerons bientôt pour une chaudière à gaz dans l’appartement, car être réveillé la nuit par le bruit inquiétant de la chaudière à charbon qui ronfle n’est pas de tout repos !

Le père de Philippe nous aide financièrement, il sera toujours là pour arrondir nos fins de mois. Pas mon père qui reste indifférent. Ma mère viendra toujours sans rendez-vous, monopolisant tant l’espace que la parole au détriment des clients, nous devrons doucement l’écarter…

Le commerce comporte un appartement que nous rénovons

Une porte à l’arrière du commerce s’ouvre sur l’entrée et l’escalier de l’immeuble et nous conduit à notre logement juste au-dessus.

C’est un appartement confortable de deux pièces qui donne sur les espaces verts de l’arrière du groupe d’immeubles.

Nous entreprenons de rénover tout l’appartement.

Nous commençons par décoller la moquette et découvrons un beau parquet de pin que nous grattons puis cirons.

Nous refaisons les peintures dans toutes les pièces, nous montons un des meubles à étagères de l’ancien commerce pour en faire notre bibliothèque.

Nous remplaçons la baignoire sabot par une grande baignoire.

La chambre sera la notre, nous aménagerons un espace avec lit d’une personne dans le séjour, qui est grand, pour Jean-François.

Construire une librairie

ifocop

Bilans de mes cours à l’IFOCOP

Durant les cours de formation permanente qui durèrent 9 mois à l’IFOCOP j’avais suivi des cours d’anglais, et de gestion d’entreprise, comprenant, pour moi, une révision de la comptabilité, dont j’avais le CAP.

Alors que j’avais raté entièrement ma scolarité du fait de ma dyslexie je m’étais découverte parmi les meilleures élèves  : 1ère ex æquo avec une autre femme en gestion d’entreprise, et dans les premières en anglais alors que je m’y croyais nulle ! Ces résultats me donnèrent des ailes : j’avais enfin confiance en moi à 34 ans, les cours en histoire à Vincennes, ne m’avaient pas donnée de telles ailes ! Et cette confiance sera « pour toujours » (1)! Comme quoi il n’est jamais trop tard !

Construire une librairie

Ainsi je décide de construire ma propre entreprise… mais dans quel domaine ? Je lis depuis le plus jeune âge, remplie d’une curiosité insatiable, je chine sur les boulevards Saint-Germain et Saint-Michel dont les trottoirs offrent une diversité de choix… ainsi je décide de mettre sur pied une librairie ! (quelle ambition !). Cependant je n’ai pas le premier sou vaillant à investir ! Et très vite je comprends que mon père ne m’aidera pas ! Il existe une autre solution :

  • trouver des investisseurs qui seraient intéressés aux bénéfices ! Je fais le tour de « mes collègues » et je trouve plusieurs volontaires, dont le prof d’anglais !

Il me faut trouver aussi un collaborateur qui construira cette librairie avec moi ! très vite l’un se détache : Philippe. Il était parmi les meilleurs élèves, c’est un homme qui a 13 ans de moins que moi, dont les parents sont commerçants sur les marchés, il a ainsi une certaine familiarité avec le « petit » commerce familial.

Je décide que la forme de cette entreprise sera en SARL, ce qui nous permet d’avoir deux salariés : Philippe et moi. Les associés seront chacun de nous, et les investisseurs que nous avons trouvé.

Philippe est un homme agréable de contact, gentil (attention pas mou !), sans rigidité, ouvert pour tout apprendre… ce qu’il va lui falloir car il a peu de culture littéraire, mais il connait, ce que moi je ne connais pas, : les bandes dessinées, il en construira un rayon extra !

Recherche d’un local pour une librairie

À partir de la fin des vacances d’été de 1975, Philippe et moi commençons à chercher un local et en visitons plusieurs dans divers quartiers de Paris.

Pour moi, Philippe, fils de parents commerçants alimentaires, a des connaissances commerciales que je n’ai pas. Je le laisserai décider du choix de l’emplacement de notre future librairie.

Ce fut mon tort car l’alimentaire peut supporter des concurrents proches, pas une librairie, et nous ne faisons pas « l’inventaire » des concurrents des quartiers proches du local que nous choisissons. Une plus particulièrement : Atout livre, très proche de notre commerce, qui fait partie d’une petite chaine de librairies, elle nous freinera dans notre développement…

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(1) quoique j’avais commencé à acquérir une telle confiance dans mes emplois de secrétaire d’avocats et dans ceux dans la sphère de Pictet, qui m’estimaient. Devrais-je rajouter que l’école de la République n’avait pas rempli ses devoirs ?

Emplois et formation années 1972-1975 : IFM et IFOCOP

points de vente

Institut français du merchandising

Après ma dizaine d’années de secrétaire d’avocats (1), qui avaient commencé en 1964 (2), j’avais été engagé en tant que secrétaire dans une association : IFM – Institut français du Merchandising.

J’ai été la secrétaire de cet institut (en association) de 1971 à 1973. Nous étions deux employés un homme qui s’occupait de l’organisation des rencontres entre producteurs et distributeurs, et moi, la secrétaire, qui s’occupait de sa gestion et des contacts entre distributeurs et producteurs.

L’inventeur (ou l’initiateur) en France était Massagne, son collaborateur principal Masson. C’est Massagne qui initia les pièces de 1 franc sur les chariots, qui permirent ainsi que les chariots soient rangés et non plus laissés abandonnés dans le plus grand désordre dans l’air de parking des grandes surfaces.

Dans tous les cas j’affirme qu’il fut le « créateur » de la formule française de cette « science ». Il écrivit des livres.

Ils m’emploient comme dupe pour faire le bilan

Cet institut a été liquidé en 1973, années où Pictet, le directeur (et créateur) de Points de vente hebdomadaire, a décidé qu’il n’y trouvait pas son compte, et que son hebdo pouvait remplir à lui seul les informations concernant les producteurs et distributeurs. Cela se passa ainsi :

Après avoir vu le directeur d’Intermarché (Les Mousquetaires) licencié par téléphone devant notre assemblée de responsables de la distribution et de la production, réunie, il est décidé qu’une réunion aura lieu pour « voter » et savoir si cette association perdura.

Moi la secrétaire, ils m’ont laissé dupe, et m’ont demandée de faire un calcul de rentabilité, et de l’exposer devant eux réunis spécialement à cet effet.

J’ai donc devant un grand tableau noir alignée les chiffres et les idées …j’avoue que j’ai oublié lesquelles…  mon but était de démontrer que cette association avait un avenir. Et comme il était prévu, à mon insu, ils ont fermé l’association dans les jours suivants ! …

Pictet m’embauche

points de vente
points de vente

Mais Pictet me trouvant une employée à ne pas « perdre » il m’engage dans un poste, créé pour moi, de ventes de pub à des petits commerçants (La France alimentaire) puis il a fermé ce journal (3)

J’étais rentable… alors il m’a transférée dans « Point de vente » où le responsable de pub ne faisait plus rien ! Place impossible… qui s’est mal terminée pour moi : je fus licencié car j’avais mon franc parlé face à ce responsable paresseux.

Chômage de 6 mois

Je me retrouve donc au chômage, et un peu désorientée car le chômage n’est pas « mon truc ». Je cherche des emplois, des formations permanentes… À l’occasion d’un entretien avec une employée de l’ANPE (Agence nationale pour l’emploi) elle m’incite à devenir fonctionnaire… j’avoue que je ne le sens pas. En fait la stabilité à vie dans un même emploi ne me tente pas, je pense que je m’y ennuierai. J’ai besoin de changer pour apprendre dans des emplois variés, une manière de substitution à mon handicap de scolarité « ratée ».

Formation 9 mois IFOCOP

icocop rungis
IFOCOP Rungis actuellement, années 1970 le bâtiment n’existait pas, c’était quelques pièces réparties dans Rungis

 

J’ai fini par être intégré à une formation à l’IFOCOP, pour perfectionner la gestion d’entreprise. Cette formation durait 9 mois à mi-temps, une moitié se faisant en stage d’entreprise. Je finis 3ème.

Mon but était de ne plus jamais être secrétaire… mais femme il ne m’était pas proposé d’autres sortes d’emploi à responsabilité…

je décidais d’ouvrir ma propre entreprise… à suivre !

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(1) j’avais aussi travaillé dans le tourisme, peu de temps, dans l’entreprise de mon mari.

(2) j’ai commencé à travailler à 18 ans

(3) je croisais là la première personne atteinte du SIDA (VIH) ; j’en avais entendu parler, mais n’en savais pas grand chose sinon que cette maladie était mortelle (à l’époque) et que c’étaient les hommes homosexuels qui en étaient atteint, tout au moins c’était l’état de notre savoir de l’époque.

Famille de ma sœur, Micheline : pratique du protestantisme intégriste

jean calvin

La pratique du calvinisme par la famille de ma sœur

Mon beau-frère était protestant calviniste pratiquant, lisant la bible tous les soirs, et bien sûr allait au temple tous les dimanches avec ma sœur et leurs enfants.

Il était contre toute contraception, sauf la méthode Ogino. Qui leur réussit si bien ! Ma sœur approuvait et appliquait cette mesure.

Quoique début des années 1970, vers l’âge de 40-45 ans, ma sœur m’avait dit qu’elle refusait tout contact sexuel avec son mari, qu’elle en était désintéressée ; « si jeune » me disais-je ? Pour moi la sexualité est vivante jusqu’à la mort. Comme pour le boire et le manger, la sexualité manifeste que l’Humain est en vie. L’abstinence ne peut qu’être une décision volontaire, en général par orientation spirituelle.

Années 1980 ils avaient de concert été chercher une de leur fille, Élisabeth, largement majeure, qui était partie en Martinique avec un amoureux, pour la ramener à la maison. Je ne connais pas la suite de l’histoire, mais l’allée retour Martinique avait fait date dans la famille. Pauvre jeune femme qui avait voulu fuir sa famille et que sa famille rattrapait pour la ramener dans le droit chemin pour une fille !

jean calvin
jean calvin

Information de la pilule contraceptive à ma sœur

Début des années 1970, échangeant, à l’époque, librement avec ma sœur, je l’encourageais à prendre la pilule. Elle était déjà la mère de sept enfants.

Mon argument fut que moi-même je la prenais depuis 1965 sans effet particulier ; quoique je me faisais aussi poser un stérilet pour faire une pose de la pilule, mais n’entrais pas dans les détails de ma vie sexuelle, l’important était d’avoir une contraception efficace, ce qui n’est pas le cas de la méthode Ogino, ni d’ailleurs de l’autre possibilité du retrait qui stoppait l’acte d’amour de son aboutissement, quant au préservatif il ne peut qu’être occasionnel.

Je me souviens parfaitement que j’avais parlé de la pilule devant mon beau-frère et qu’il m’avait prédit les pires maux. Il se targuait de savoir de quoi il parlait puisqu’il était médecin.

Sauf qu’il était dans une spécialité tout à fait pointue : le diabète des enfants. Il s’agissait d’une opinion morale qu’il propageait comme d’un savoir médical. Il oubliait que sa femme, ma sœur, avait été enceinte 8 fois produisant naturellement une quantité d’hormones bien plus importante que ne peut le faire une simple pilule, sans compter la déformation du corps, puis le quotidien d’une telle mère de famille nombreuse qui n’avait pas une minute pour une quelque vie personnelle qui soit.

Mon beau-frère pense qu’une femme célibataire doit rester abstinente de tous rapports sexuels

Ce qui était exigé de moi par mon beau-frère, sans jamais me le dire, c’est l’absence de tous rapports sexuels avec quiconque, l’abstinence totale, parce que j’avais quitté mon mari, puis divorcée.

Que je dise prendre la pilule, alors que j’étais divorcée, avait choqué mon beau-frère qui décida que j’étais une femme de mauvaise vie.

Ainsi, depuis le début des années 1970 ma sœur et tout le reste de la famille avait décidé que j’étais une telle mauvaise femme, parce que prenant la pilule alors que j’étais célibataire, qu’il fallait arrêter de me fréquenter, évidemment sans m’en informer, sinon en m’ignorant, et faisant courir la pire opinion qui soit à travers tous les membres de la famille, mon fils compris, au fil de dizaines d’années.

De plus comme je n’avais jamais informé quiconque de la raison pour laquelle j’avais quitté mon mari, je suppose qu’ils en avaient déduis que je l’avais fait pour mener une vie dissolue. N’avaient-ils pas vu que j’avais maigri de plus de 10 kg pour cause d’anorexie ? Croyaient-ils que j’avais fait une cure d’amaigrissement ?

Il est à remarquer qu’ils avaient dès l’origine si peu d’intérêt pour moi qu’ils ne m’avaient jamais demandé le pourquoi de mon départ du domicile conjugal. Et moi d’une nature secrète, détestant me plaindre pour quelque raison que ce soit, je m’étais tue, par pudeur.

De quoi ma sœur Micheline a-t-elle été informé par son mari ?

Ma sœur avait-elle été complice d’une telle décision ? Ou avait-elle cru que c’était moi qui m’était éloigné d’elle, je ne le saurai jamais. Avait-elle approuvé son mari dans sa décision de ne plus jamais me voir, ni me parler, ni m’écrire ?
Il est en général désigné l’Islam quand on parle des mœurs exigés pour les filles et les femmes, mais il faut l’étendre aux protestants, catholiques et juifs quand ils sont intégristes (1)

Libération des femmes années 1967-1975 ?

Ainsi il faut instruire les jeunes générations que les fameuses années de la libération sexuelle des femmes, années 1967/1975, n’étaient pas aussi simples et joyeuses qu’il est imaginé ou dépeint par des non connaisseurs.

Moi femme qui vécut ces « fameuses » années, je peux témoigner que, certes je vivais dans une joyeuse illusion que enfin nous étions égales. Mais loin de là.

Il y avait non seulement l’égalité sexuelle à acquérir, dissuader les garçons qu’ils seraient les seuls à ressentir des pulsions sexuelles, comme me l’enseigna ma propre mère, ce qui me perturba beaucoup pour de nombreuses années, alors que ces pulsions ne sont pas fonction du sexe mais de l’individu ; que les salaires étaient toujours aussi inégaux et les charges familiales toujours en majorité sur les épaules des femmes.

Cette odieuse et ignoble réaction de toute ma famille témoigne que la sexualité des femmes était réservée à l’état marital et uniquement dans le dessein de faire des enfants. Rien d’autres. Et peu importait qu’ils soient musulmans, protestants, catholiques voire athées.

Pour mieux comprendre lire le billet précédent

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(1) lire La vie de Calvin, par Stefan Zweig, sous le titre Conscience contre violence, édifiant sur la rigidité du créateur du protestantisme de Suisse et France ; je présume que c’était ce genre de protestantisme qu’ils pratiquaient :

Genève est contrôlée par Calvin qui établit une sorte de régime théocratique cohabitant avec un État soumis à la volonté de la nouvelle Église. Les Genevois se voient alors interdire les chapelets, les crucifix, et toutes sortes de règles d’austérité leur sont imposées

Famille de ma sœur, Micheline, fils dépressif : suicide ?

Je vais à Niort voir ma sœur début des années 1970

À partir de ma séparation, en 1970, d’avec mon mari, Jean-Jacques Porchez, je repris contact avec ma sœur, Micheline, en allant la voir à Niort où elle habite avec sa famille, avec Jean-François, mon fils, quand il ne passe pas l’été avec sa grand-mère à Trouville, sur la côte Fleurie ; la dernière fois que j’avais vu Micheline, était à Paris au début de l’année 1964, alors que ma grossesse était à son début.

Je fais connaissance de ses six enfants. L’un, Gilles, me parait avoir des difficultés d’intégration dans la fratrie. En effet il est doué de ses mains, plus particulièrement pour la mécanique des motos dont il manifeste une passion. Le fils ainé de la famille, Emmanuel (1), sévère, rigide, a des relations difficiles avec lui, le mettant en boite, le moquant parce que « non intellectuel ».

Dépression non soignée de Gilles

Peu à peu Gilles tombe dans une dépression, non diagnostiquée et donc non soignée, dormant le jour vivant la nuit. Finalement ce fils cadet, adepte de Bob Marley qu’il écoute surtout la nuit, prenant son petit déjeuner vers 15heures de l’après-midi, trouve un emploi dans une commune du département où il doit se rendre en voiture. À son retour il a un accident mortel sur une ligne droite de la route, en percutant un arbre.

Moi je pense qu’il s’est suicidé mais je le garde pour moi. Par contre j’écris à ma sœur de longues lettres de compassions faisant référence à Dolto, à la sororité. Je vais à La Crèche où ils ont une vaste résidence secondaire, pour assister à son enterrement, faisant 1000 km aller-retour. Personne ne m’y parle, mais je n’y prête pas trop attention, ils ont d’autres soucis !

Aucune réponse à mes courriers réitérés

Par contre je ne recevrai aucune réponse à mes courriers. Durant des dizaines d’années, quand un événement familiale nous fait nous côtoyer, je demande à ma sœur pourquoi elle n’a jamais répondu à mes lettres…

  • « quelles lettres ? » me répond-elle.

Ce sera une énigme pour moi jusqu’à ce que je finisse par découvrir les raisons de ce silence qui s’aggravera au fil des années…

Il s’écoulera plusieurs dizaines d’années avant que je finisse par comprendre pourquoi toute la famille de ma sœur, généralisé à tout le reste de ma famille qui pense le plus grand mal de moi sans me connaitre (dont cousines et cousins à tous les degrés que je n’ai pas vu depuis ma petite enfance), jusqu’à mon propre fils, à partir des années fin 1990 début 2000.

J’avais cru avoir eu un peu d’échange affectif avec un ou deux de ses enfants (dont Élisabeth), les frères et sœurs de mon beau-frère que j’avais côtoyé durant mon adolescence (2). Ma sœur parle facilement… pour me démolir auprès d’une famille que je n’ai plus jamais vu sinon entrevu à de rares occasions durant ma petite enfance …et qui donc ne me connait plus et ne peut rien savoir de ma vie.

Eurêka : je comprends pourquoi ce silence

C’est à l’occasion, en 2015, d’une énième lettre destinée à ma sœur pour demander pour la ixième fois le pourquoi ce silence de ma famille entière qui m’ignorait qu’enfin je comprendrais. La lettre que j’écrivais était un peu comme une bouteille à la mer. L’ultime essai avant ma mort ou la sienne.

Après 40 ans de ce silence d’aucune réponse à aucun de mes courriers, ma lettre était un peu « nerveuse », genre « pourquoi un tel mépris, pourquoi cette méchanceté, ce silence ? »

Quelques jours après l’envoi de cette missive je reçus mon courrier en retour, mon adresse écrite sur une nouvelle enveloppe de l’écriture de mon beau-frère. Je me dis que le mépris était tel qu’ils refusaient même tout courrier de moi et me le faisait savoir en le retournant sans mot d’accompagnement, tel quel.

Puis je reçus un appel téléphonique de mon beau-frère m’informant qu’il avait écrit une réponse mais s’était trompé de lettre dans l’enveloppe, et commenta :

  • « je ne peux pas délivrer ta lettre à Micheline ».

Sur le moment je le pris comme il paraissait être ponctuellement et n’y pensais plus. Il me fallut une quinzaine de jours pour envisager l’ampleur de la signification de la réaction de mon beau-frère.

Censure de tous mes courriers à ma sœur par son mari

Je réalisais que, sans doute, mon beau-frère avait toujours ouvert le courrier destiné à ma sœur, que cette fois n’était pas une exception.

  • Ouvrait-il tout le courrier de ma sœur ou uniquement le mien ? Avait-il toujours jugé que je ne pouvais qu’être de mauvaise influence sur ma sœur ?

Ma sœur n’avait jamais reçu les courriers que je lui avais écrit après la mort de son fils. Elle ne pouvait rien comprendre à mes interrogations réitérées.

Ce coup de téléphone répondit en partie à mon interrogation. Ce que je ne saurai jamais c’est si ma sœur était complice, si elle avait elle-même voulu ne plus rien savoir de moi, mais alors je n’en comprendrai jamais l’origine, alors que si la censure n’a pour origine que mon beau-frère je l’explique tout à fait.

Ce que j’explique dans le billet suivant…

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(1) qui avait choisi en premier métier « responsable » sur les navires marchands, dont il déchantera…

(2) et qui avait essayé de me convertir au protestantisme, sans succès ; je pris le chemin inverse : je devins athée

Grâce au train je campe partout en France années 1970

carte SNCF réseau 1910 1930

Sans voiture je prends le train

Durant toutes ces années je voyageais beaucoup, surtout en France, et en campant. Et comme je n’avais pas de voiture et que les lignes de chemin de fer parcouraient la France en tous sens, sac à dos rempli d’une tente, parfois avec mon fils, j’explorais la France : Dordogne, Normandie, Carcassonne, Cévennes, Arles, Alpes (que l’été), etc…

Le réseau que je vous présente ici correspond aux années 1930 … d’après mon souvenir années 1970 il n’avait pas encore rétréci comme il le fera durant les années où le TGV pris le pas sur tout le reste du réseau, voir l’article de Reporterre

carte réseau 1910 1930
carte réseau 1910 1930

Ce sont aussi les années où je commençais à aller au Maroc…

Maison familiale à Montargis

Un ami avait une maison de famille en pleine campagne, aux environs de Montargis où nous allions souvent passer des week-end, dans sa 2 CV, nous nous arrêtions souvent dans un grill pour manger des frites et du poulet.

La maison comportait deux pièces :

  • une grande cuisine, plutôt salle commune,
  • et une petite chambre ;
  • une petite annexe sur un côté pour stocker le bois avec lequel nous nous chauffions ;
  • tout autour un peu de terrain, où certains campaient quand nous étions trop nombreux pour tenir dans la pièce commune.

De l’autre côté du chemin qui bordait le modeste terrain, un champ où paissaient des vaches, dont parfois j’avais peur si elles s’approchaient trop des fils barbelés !

Nous y allions en groupe, en général des camarades du PSU, pas que, en tout cas nous étions tous engagés au moins moralement à gauche. Nous couchions dans nos duvets au sol, sur des matelas improvisés, les uns à côté des autres, sans distinction de sexe.

KOKOREFF amoureux de moi !

Koko, surnom du propriétaire, était amoureux de moi, mais je ne le soupçonnais pas du tout, rien dans son comportement ne l’indiquait. Il fallut qu’un jour, excédé sans doute, il m’engueule pour me dire en substance qu’il attendait un mouvement vers lui de ma part.

Pour moi il était un ami cher, je n’avais aucune attirance pour lui, ce qui facilitait d’ailleurs ma liberté de mouvements car comme il n’habitait pas loin de chez moi à Paris, je me rendais très souvent chez lui en Solex. Je me sentais moins seule grâce à lui, l’amitié entre un homme et moi ne me posant aucun problème particulier. Au contraire j’y trouvais l’avantage d’avoir un autre point de vue sur la vie que féminin. D’ailleurs nous étions souvent plusieurs à nous retrouver ainsi chez lui.

Je suis donc tombée des nues le jour où il m’informa abruptement qu’il était amoureux de moi…