Ma sœur ainée de 10 ans ½ de plus que moi Micheline Quétin

saint julien le pauvre

Nous avons trop d’écart d’âge

Nous sommes nées dans des époques totalement différentes concernant les mœurs :

  • Elle est née en mai 1931 : époque encore traditionnelle pour les femmes, tradition qu’elle a gardé toute sa vie
  • Je suis née en décembre 1941 : la guerre commença une civilisation très différente pour les femmes, elles commencèrent à devenir plus autonomes, restées célibataires elles ne furent plus nommées « vieille fille » à partir de l’âge de 25 ans, ou « fille mère » si jamais elles avaient un enfant hors du mariage. Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir parut en 1949, et même si moi je ne le lirai que fin années 1960 et début des années 1970, l’influence sur les mœurs fut « révolutionnaire » !

Ainsi nous ne nous sommes jamais comprises.

Son influence durant mon enfance

Je me souviens qu’elle allait au TNP voir Gérard Philippe, elle allait danser, elle en revenait toujours pleine des bonheurs qu’elle y avait vécu, il faut dire qu’elle est extravertie, alors que je suis introvertie.

Puis elle eut une période de croyance catholique fervente, au point de faire le pèlerinage de Paris à Chartres à pied.

Elle se levait tôt pour se rendre la plupart des matins à la première messe dans son église favorite située dans le 5ème arrondissement de Paris. Une des plus anciennes et petites églises de Paris : Saint-Julien le Pauvre. Était-ce le nom qui séduisait Micheline ? car de culte grec ; ou sa beauté, lovée dans ce quartier animé de Paris, plutôt fréquenté par les étudiants des facultés alentour, elle parait comme un havre de paix.

saint julien le pauvre
saint julien le pauvre

Ce fut le modèle qu’elle me montra, bien que je n’atteins jamais cette sorte de piété. Enfant je décrochais le crucifix au dessus de mon lit pour l’allonger à côté de moi en disant qu’il avait besoin de se reposer de sa posture debout permanente, quoique cela ne prouva pas ma croyance en Dieu mais plutôt ma compassion pour autrui.

Ma sœur se convertit au protestantisme

Puis ma sœur rencontra un jeune homme, Claude Quétin, qui allait devenir son mari sept ans plus tard. Ils se fréquentèrent et attendirent sept ans avant de se marier, ma sœur restant vierge. Même pour les années 1950/1960 cette conduite était exceptionnelle. Certes lui était en cours d’études de médecine, plus sa spécialisation de pédiatre, mais ils se marièrent juste avant la fin de ses études car il eut un poste de remplaçant en province. Ce futur mari était, de tradition par sa famille, protestant calviniste, de l’Église réformée de France.

Ce qui me déstabilisa, pré-adolescente, fut que ma sœur se convertisse au protestantisme. C’était une obligation pour elle si elle décidait de se marier avec ce jeune homme. Ainsi ma sœur ainée ne sortit plus et ne nous apporta plus cette fraicheur de la culture qu’elle découvrait !

Il faut se replacer dans les mœurs de l’époque pour comprendre le choc. Les guerres de religion en France avaient eu pour cause le protestantisme, considéré comme hérétique. Cette certitude perdura longtemps dans la communauté catholique majoritaire à 80 % en France. Les Papes successifs les désignaient comme tels, encore durant mon enfance et mon adolescence. J’en fus désorientée. C’est à cette époque, vers 12 ans, que j’allais donner mon « congé » aux sœurs franciscaines du patronage que je fréquentais plusieurs fois par semaine. Elles en furent surprises et me demandèrent un entretien. Leur ai-je dis que « je ne croyais plus en dieu » ?

Un fait particulier participa à mon éloignement de ma sœur. Alors que nous nous promenions, moi, ma sœur, son futur et un de leur ami, ce dernier déclara que marié la relation sexuelle avec une épouse ne devait se faire :

  • qu’à travers un trou percé dans la chemise de nuit de l’épouse. J’en fus perturbée, bien que ne sachant que peu de chose de la sexualité, au point que ce fait contribua à m’éloigner d’avantage de ma sœur. Je n’en dis rien à personne, ma sœur ne put soupçonner le choc que je reçus ce jour-là.

Ma sœur Micheline développe sa jalousie à mon égard…pour toujours !

Micheline d’une part était jalouse de l’attention que notre mère me prodiguait, oubliant qu’un bébé, puis une enfant, suscitait forcément plus d’attentions qu’une jeune adolescente, puis jeune fille. Il est vrai que Micheline avait été fille unique durant plus de 10 ans recueillant par la force des choses l’unique attention de nos parents.

Curieusement je peux témoigner de l’inverse : je le développe dans un billet : ils parlaient tous les trois avec animation, ne prêtant pas au fait que moi je restais muette…

Notre mère fit quelque chose d’important pour Micheline :

  • elle loua une chambre à l’entresol du même bâtiment pour qu’elle ait son autonomie. Micheline après des études d’infirmière avait commencé à travailler dans un sanatorium de la banlieue où elle dormait de temps à autre. Quand elle sortait le soir tant au théâtre que pour aller danser. Cette chambre lui permettait aussi d’avoir ses horaires personnels. Il lui suffisait de monter cinq étages pour se retrouver en famille quand elle le désirait, elle pouvait sinon rester dans l’appartement des loueurs tant pour manger, dormir, vaquer à sa vie quotidienne, sans l’ennui, pour une jeune fille, d’avoir la petite sœur dans les jambes. Micheline prit-elle conscience de cet immense cadeau ? À moins qu’elle le retourna à l’envers pensant :
  • on m’a mise à l’écart de la famille ?

Cet écart d’âge ne m’explique pas pourquoi ma sœur développa une telle jalousie à mon égard durant toute sa vie,

  • allant jusqu’à me démolir auprès de mon fils,
  • m’engueulant les rares fois où nous nous croisions (par exemple les enterrements de chacun de nos parents)
  • propageant des médisances sur moi à toute notre famille habitant Reims
  • son mari m’interdit de communiquer en ouvrant mes lettres adressées à ma sœur et ne les lui délivrant pas !

Rapidement il se révéla que nous n’avions pas du tout la même conception de la vie, encore moins de ce qu’est être une femme.

Mes premiers voyages en Italie 1945-1950

temple of concordia, agrigento

Voyage en Italie à la sortie de la guerre

Le premier voyage que je fis en Italie fut à la sortie de la guerre, je ne sais dire si c’était en 1944, 1945 ou 1946. Ma mère n’avait pas vu sa mère depuis qu’elle l’avait quitté au début de son adolescence pour aller voir son père qui était parti vivre à Reims avec « la bonne » dit-on dans la famille.

Une bonne dans une famille modeste ? oui c’est tout à fait vraisemblable. Il faut se souvenir qu’à ces époques les travaux ménagers étaient tous manuels : la lessive à la main et dans l’eau froide le plus souvent, et toutes les autres tâches qui se font maintenant la plupart du temps avec une machine, tel que découper et mixer des légumes et de la viande, etc…

Donc au sortir de la guerre ma mère, Alda, apprend que sa mère, Anita, est au seuil de la mort par son frère cadet Gordano qui vit avec elle, ou tout au moins près d’elle, à Milan, où sa mère l’a emmenée vivre au début des années 1930… pour échapper à la misère dans laquelle son mari l’avait mise en la quittant alors qu’elle avait en charge 3 jeunes enfants.

J’ai quelques souvenirs des lieux à Milan :

  • c’était dans un immeuble avec des coursives intérieures qui donnaient sur la cour.
  • l’appartement était composé d’une pièce où ma grand-mère était allongée dans son lit
  • proche de la porte d’entrée une sorte de lavabo ou d’évier (??)
  • un rideau séparait ces deux parties du logement

Moi je jouais dans la cour avec des Italiens du même âge que moi, soit entre 3 et 5 ans. D’après mon oncle Gordano je parlais italien, ce qui le réjouissait… mais pas pour longtemps… j’ai compris l’italien et même j’ai pu le lire, mais ne le pratiquant plus depuis plusieurs dizaines d’années, je l’ai oublié !

Cependant l’italien me sera utile à l’occasion d’une annonce historique : la chute du mur de Berlin, en octobre 1989, alors que j’étais en vacances en Turquie, sans autre information que le quotidien La Republica, que j’ai pu traduire pour l’Allemande qui m’accompagnait qui eut du mal à accepter que l’Allemagne ne serait plus coupée en deux par un mur…

Je me mis, durant plusieurs années en classe, à proclamer « je suis Italienne« , ce qui ne devait pas être forcément compris par mon environnement : le racisme contre les Italiens avait commencé de sévir !

Voyage en Italie années 1950

Années 1950 c’est tout autre chose : je m’en souviens bien mieux. Nous ne prenions pas des photos toutes les 5 minutes comme on fait maintenant !

Mon père eut envie d’aller voir cette famille de Rome dont était originaire sa femme, Alda.

Ce fut toujours lui qui avait l’initiation des voyages, il ne tenait pas en place, curieux il voulait allez voir d’autres pays. Il m’a communiquée sa bougeotte : moi aussi j’ai fait de nombreux voyages à partir de mon adolescence jusqu’à mes 76 ans, j’en parlerai au fil du temps…

forum romanum rom
forum romanum rom
temple of concordia, agrigento
temple of concordia, agrigento

Italie : mon origine culturelle

Donc profitant d’être en Italie nous continuâmes sur Naples, Amalfi, Capri, Pompéi (prononcer pompè.i), et Paestum, tous lieux qui m’ont laissée des souvenirs indélébiles… pour toujours ils marquèrent ma culture, et m’indiquèrent que c’était mes origines ethniques.

Je me souviens plus particulièrement de Pompéi… qui a bien changé depuis car les fouilles n’ont pas arrêté de progresser. Je me souviens aussi d’Amalfi une charmante station balnéaire… sans touristes années 1950… sinon les Italiens du coin. Et aussi Capri fréquentée à cette époque par la classe aisée et souvent intellectuelle d’Europe depuis déjà le 19ème siècle.

J’ai donc connu ces lieux, devenus célèbres depuis, peu connu au sortir de la 2de guerre mondiale, époque où l’Europe était encore « pauvre », plus particulièrement l’Italie qui avait vécu le fascisme depuis 1922 sous le gouvernement de Mussolini.

Et cela m’a déformée pour toujours pour toutes les « ruines » romaines et grecques que je visitai plus tard : celles d’Italie étaient en bien meilleur état de conservation et de restauration !

Coma d’acétone enfant …Hypoglycémique à vie

hypoglycémie

Maladies d’enfance et pour la vie

Vers trois ans j’eus d’affilée la rougeole et la coqueluche. Je sais que je faillis ne pas en survivre, et que mes parents avaient, sur l’indication d’un médecin, envisagés de me faire monter dans un avion, parait-il que le changement d’altitude pouvait arrêter les quintes de toux.

Puis se déclencha des crises de coma d’acétone, bien que je me demande si ce n’était pas une chute brutale du sucre dans le sang. Ma mère en était affolée. En effet un enfant dans le coma sans raison expliquée à de quoi inquiéter une mère. Je restais couchée plusieurs jours. Ma mère me mettait à jeun, ou m’alimentait avec quelques potages de légumes, et me donnait des tisanes d’un abbé dont j’ai oublié le nom, sur recommandation de voisines ou de pharmacien ? Personne ne savait ce que c’était.

Ce n’est qu’adulte que j’appris que c’était l’annonce d’un déséquilibre du sucre dans le sang :

L’insuline augmentait dans le sang, mais peut-être aussi une carence en glucose. L’insuline, produite par le pancréas, régule le sucre. Ma mère disait que ma chambre sentait la pomme de reinette caractéristique dés le début de mes crises.

En fait elle faisait, de bonne foi, l’inverse de ce qu’il eut fallu faire :

m’alimenter de denrées riches en sucres lents et en graisse : pain beurré, biscuits, rillettes avec du pain

Hypoglycémie

hypoglycémie
hypoglycémie

Je l’appris adulte par une expérience constante, car je suis hypoglycémique à vie.

Une confusion fréquente quand j’ai besoin de le signaler est avec le diabète : je n’ai jamais eu trop de sucre dans le sang, quand on cherche sur le net c’est la référence que l’on trouve : le diabète : NON, NON NON je n’ai jamais eu trop de sucre dans le sang !

mes symptômes sont toujours les mêmes : tremblements des membres et de tout le corps et fatigue intense.

J’ai en général sur moi quelques biscuits pour m’empêcher au cas où un malaise arriverait à tomber dans une sorte de coma, soit fatigue intense qui m’endort…

Ma mère surveille mon intestin de 4 à 12 ans : cauchemars

honoré daumier, un affreux cauchemar, 19th century

Enfant ma mère surveille plus particulièrement mon intestin

Les WC étaient placés idéalement pour elle : un petit couloir s’ouvrait de face sur les WC et sur le côté droit sur la cuisine. Elle pouvait aisément aller de sa cuisine à moi assise sur la lunette des WC, ma culotte descendue entravant mes jambes. Ma robe ou ma jupe cachait le « reste ».

Peut-être faisait-elle une projection sur moi de son propre intestin car, je l’appris adulte, elle avait ce qu’on appelle un intestin « paresseux ».

Ainsi elle me donnait sans cesse des pruneaux, je les ai pris en dégoût pour le restant de mes jours. Elle me faisait pour ainsi dire la becquée : armée d’une coupe où les pruneaux avaient séjourné dans l’eau, elle me les donnait un à un de sa main, en les piochant au fur et à mesure et surveillait bien que je les mangeais et les avalais.

Évidemment que cette surveillance se portait avec insistance sur ce que je produisais aux WC. Peut-être étais-je constipée après tout ? Une enfant de 4 à 12 ans est-elle constipée par nature ? Ne peut-elle le devenir parce que justement une telle attention est attachée à son « rendu » ?

Car je me souviens avoir été assise sur ce « trône » immobile ce qui me semblait des heures, la culotte tombée à mes pieds et les entravant ; elle venait vérifier à chaque instant ce que j’avais « produit » dans la cuvette. Si ce n’était pas suffisant à son goût elle me disait : « encore un peu ».

J’en fis des cauchemars, enfant, durant des années. Dont bien sûr je n’en parlais jamais à personne, de toute façon qu’aurai-je raconté ? Un cauchemar il est entendu que ça n’a ni sens ni raison. Si je l’avais raconté ma famille se serait moquée de moi, tant ma mère que ma sœur, quant à mon père il ne s’occupait jamais de l’éducation des filles, tâche exclusive de la mère. En fait je mis du temps à identifier ces cauchemars :

Enfin je comprends les cauchemars que je fais enfant

Ce n’est qu’adulte, durant l’analyse que je fis de 44 à 49 ans, allongée sur le divan, que ces cauchemars revinrent à ma mémoire :

Je me rappelais que j’étais dans une sorte de puits et que je tombais en tournant dans un vide sans fin accompagnée d’un tas d’autres « objets » que je n’identifiais pas. Je ne comprenais pas plus pourquoi j’étais ainsi dans ce puits sans fond. Répétant et décrivant les images oralement, allongée là sur le divan qu’enfin je compris de quoi il s’agissait : c’était bien moi, enfant, assise sur les WC, je fantasmais que je tombais dans le trou de la cuvette, accompagnée de mes morceaux d’excréments qui tournaient avec moi dans ce trou sans fond.

Avais-je eu peur, enfant de tomber dans la cuvette ?

honoré daumier, un affreux cauchemar, 19th century
honoré daumier, un affreux cauchemar, 19th century

Jeux d’enfance la nature, ciel et les autres enfants 1945-1953

ciel bleu nuage leger

Environnement de mon immeuble à Vanves

Celui-ci est bâti au faîte de la colline, en contre bas un autre groupe d’immeubles rouges, parce qu’en briques, où logent des familles d’un niveau social plus modeste. Un mur au fond de notre terrain le surplombe et nous en sépare. Depuis ma chambre au 6ème étage j’observe les mouvements des gens qui vont et viennent et des enfants qui jouent dans la cour de ces immeubles rouges.

Mes premiers contacts avec la nature

Un grand espace découpé en plusieurs parties, de 10 à 15 mètres de profondeur, s’étend tout le long notre immeuble (invisible sur la photo) juste derrière les immeubles en briques rouges, devant notre immeuble qui domine sur ce haut de la colline.

Tout au fond un ancien tennis réduit à l’état sauvage qui n’a pas l’air d’avoir un jour servi à ce pourquoi il était destiné, cerné par le mur du fond et un bâtiment de chaque côté.

Vue d'ensemble d'une partie de Vanves nord
Vue d’ensemble d’une partie de Vanves nord

Devant cet ex-tennis une allée cimentée réservée aux voitures qui se garent là. Puis viennent deux grandes plates bandes fleuries et bien entretenues où aucun piéton ne marche jamais.

Entre ces plates bandes et l’immeuble une allée pavée réservée aux piétons, puis des pelouses au pied de chaque bâtiment.

Le long de chaque logement du rez de chaussée des bacs à charge de chaque locataire de l’agrémenter de fleurs et l’entretenir, ils sont souvent laissé à l’état de nature.

Je m’assois au sol dans le fond à droite de l’ex-tennis et observe chacune des plantes, qui varient au long des saisons.

Personne ne me donnera les noms de ces plantes qui sont presque mon obsession et aucun livre à la maison ne traite de botanique.

Je les dépiaute, telles ont des fleurs à certaines saisons, telles autres restent très basses et sont garnis de sortes de vésicules remplies de graines, les verts s’étendent du clair au foncé, d’autres montent plus vites et se font remarquer surtout lorsque des fleurs blanches s’ouvrent en calice.

Ce lieu qui peut paraitre de l’extérieur comme un vulgaire terrain vague sera mon premier et unique contact physique avec la nature, et l’avantage est que j’y suis seule, personne ne vient jamais me déconcentrer.

Jeux d’enfants

Cet ancien tennis est surmonté sur le côté gauche d’un escalier amenant à un habitat toujours clos ; il est longé d’un muret étagé qui sert de promontoire pour sauter de là en choisissant les hauteurs selon la hardiesse de chacun.

La grande allée du bas de l’immeuble est l’objet de courses folles des enfants rentrant par un bâtiment, puis montant les sept étages jusqu’aux chambres de bonnes, passant d’un bâtiment à l’autre par le couloir du haut qui relie ces chambres, sans aucune discrétion de cette bande d’enfants que nous formons qui crie sa joie de vivre.

Nous jouons aussi à sauter les marches en bois par deux, trois, quatre, jusqu’à six, assorti de nos cris de victoires, ou encore, les plus hardis s’assoient sur la rampe en bois et se laissent glisser sur plusieurs étages.

Les habitants ne protestent pas, peut-être que le concierge finit par intervenir pour nous calmer. Donc enfant très sage, voire silencieuse à la maison, je deviens tout autre aux pieds des bâtiments de mon immeuble : gaie, joyeuse, criant et courant avec les autres, ma famille ne s’aperçut jamais de cette facette de moi, extravertie.

Observer le ciel

Je me mettais souvent au balcon, dont la rambarde de protection m’arrivait sous les épaules (j’avais entre 5 à 12 ans, et plus petite que la moyenne), les jours de beaux temps pour admirer le ciel qui m’apparaissait proche à le toucher. J’y voyais des animaux défiler devant mes yeux que j’identifiais selon la forme des nuages qui passaient devant mes yeux depuis la droite vers la gauche, le vent dominant devant aller du nord vers le sud.

C’est un habitude que j’ai gardé : observer le ciel (voir wikipedia pour plus d’explications), voici quelques unes de mes photos:

École primaire du CP au CM2 de 1947 à 1952

carnet de notes 1949 (1)

École primaire du CP au CM2 de 1947 à 1952

En guise de préalable il faut dire que j’ai retrouvé mon carnet de notes de 1948 à 1949 (de 7 à 8 ans, soit le CE1), tout à fait par hasard, ne sachant même pas que j’avais un tel carnet : il était au fond d’une des boites consacrées à toutes mes photos, tant celles prisent par mes parents dans mon enfance que jusqu’années 1980, du temps où j’avais un appareil photo reflex.

Jusqu’à cette trouvaille extraordinaire j’avais un souvenir cauchemardesque de mes années d’école car j’étais persuadée être dyslexique car je n’avais que des dictées barrées de grands traits rouge et de notes et commentaires comme quoi j’étais en quelque sorte demeurée ou une personne n’ayant pas une intelligence normale !

Le français comme matière unique ?

À cette époque l’instruction générale des enfants avait comme axe central le français écrit, toutes les autres matières, tels l’histoire, la géographie ou l’arithmétique n’étaient que secondaire voire inexistantes au regard du français promu tout en haut de l’édifice.<

À moins que cette norme ne soit spécifique à l’enseignement des filles ? Étant donné que les garçons étaient enseignés dans des classes séparées, je ne le sus jamais.

Je ne nie pas ainsi que le français ne soit pas essentiel pour comprendre toutes les autres matières, mais c’était par les dictées qu’on devait prouver ses connaissances, un peu par les récitations. Ainsi quand une élève comme moi était atteinte de dyslexie elle était considérée soit comme faisant preuve de mauvaise volonté, soit à demi-arriérée.

Aucune autre matière n’était prise en considération même si j’étais excellente en analyse grammaticale qui prouvait ma compréhension du texte français, à reconnaitre les verbes, leur temps, les adjectifs, les compléments d’objets, les rapports de chacun entre eux et ainsi un esprit tout à fait apte à exercer une certaine intelligence.

Les années de lycée ne seront pas mieux, voire pire encore car j’étais expulsée et aucune école ne voulait de moi

Mon école primaire

Elle parait avoir disparu : quand on va sur le site de la commune de Vanves elle est introuvable.

Mais grâce à l’histoire on peut retrouver une image assez détériorée car elle parait grise, alors que dans mon souvenir elle était rouge brique. Par contre sa structure à étages avec terrasses est telle que je l’ai fréquenté de 6 à 10 ans.

Mais l’immense différence d’avec cette photo est qu’elle était sans aucun immeuble sur son pourtour, j’y arrivais, à pieds, par son côté gauche.

Je vous la propose telle qu’on la retrouve sur le net à ce jour.

En trop je ne connais pas la signification de aimer !

des colonies de vacances sont regulierement organisees sur le littoral et ailleurs dans le departement

En trop je ne connais pas la signification de aimer !

Nourrie, logée, habillée… rien ne se voit de l’extérieur, même moi j’ai mis du temps à réaliser !

Quand on n’a connu que cette sorte d’indifférence on ne voit rien, on ne réalise rien. D’autant que la famille n’était pas démonstratrice : on ne se touche pas, une bise sur chaque joue sans se toucher, pour se dire bonjour, sauf ma sœur qui me prenait dans ses bras…

Ils faisaient un groupe de trois personnes : ma sœur, ma mère et mon père. Moi je me mettais sous la table où ils étaient à bavarder, rire, échanger sur tout et rien, j’ai oublié de quoi ils parlaient, je n’écoutais peut-être pas, je me souviens par contre très bien que je ne disais rien, j’étais comme muette. Ce qui m’a durée toute la vie : j’ai encore du mal à parler, par contre je suis excellente dans l’écoute !

Il fut un moment où je regrettais de ne pas faire ce qu’il eut fallu pour devenir psychanalyste. Mais pour ça il eut fallu que je fasse une analyse tôt… ce que je n’ai jamais osé faire à temps (1) en attendant durant mon adolescence je lisais Freud et tous les autres…

Ma mère est absente

Une de mes grandes interrogations restée pour toujours sans réponse :

mais qu’est-ce qu’elle fait toutes ces après midi qu’elle passe dans les magasins ??

car elle était souvent (ce mot étant relatif, car je ne sais l’attribuer à un temps défini) absente quand je rentrais de classe de primaire.

Alors je faisais pipi sur le tapis… il m’est arrivé de me faire disputer par le voisin pour ces traces qui restaient définitives, et je m’asseyais sur les marches face à la porte de notre appartement, ou alors j’allais visiter l’étage supérieur qui contenait les chambres de bonnes, sans bonne !

par contre elle est obsédée par mon intestin… j’en ferai des cauchemars encore adulte…

Pour les grandes vacances on m’envoie ailleurs…

mes première vacances « seule » furent à la campagne, dans une famille, du temps des moissons, ici une photo prise par moi en 2008

moisson 3
moisson 3

Colonies de vacances :

des colonies de vacances sont regulierement organisees sur le littoral et ailleurs dans le departement
des colonies de vacances sont régulièrement organisées sur le littoral et ailleurs dans le département

La première colonie de vacances fut sous l’égide de ma sœur à Saint-Brieuc qui y était monitrice, j’avais 5 ou 7 ans ? C’était une colonie catholique organisée par des religieuses.

Ensuite j’ai été envoyé trois ans d’affilée, de 8 à 11 ans, en colonie de vacances du Touring-club de France à Andernos-les-bains proche d’Arcachon, et Cauterets dans les Pyrénées. J’en ai d’excellents souvenirs !

Puis mes parents me prirent une fois avec eux dans un des premiers camps de vacances, sous tentes, à Palinuro dans le sud de la « botte » de l’Italie organisée par le Club Méditerranée, je ne me souviens pas de l’année… je suppose au seuil de mon adolescence, vers mi des années 1950.

Angleterre pour apprendre l’anglais :

Puis mes parents trouvèrent une meilleure solution : m’envoyer pour de longs séjours en Angleterre pour apprendre l’anglais, ce qui me fut utile pour toute la vie ! Je fis donc des séjours de un à trois mois :

  • par un organisme qui organisait des séjours de langues pour un mois, j’y allais en bateau pour traverser la Manche
  • puis dans directement dans des familles durant 3 mois, et je prenais l’avion pour la deuxième fois, mais seule.

Il y eut un nouvel essai de m’emmener avec eux, mais ils y invitèrent en plus mes deux cousines (filles de ma tante qui habitait Reims) et nous allâmes à Argelès-sur-Mer où ils avaient louer une maison pour un mois.

Mon premier voyage seule en 1963 : la Yougoslavie

Je me souviens qu’une année je partis avec quelques ami-e-s à Arcachon, j’avais autour de 18 ans, et c’est là que je perdis ma virginité, d’une manière simple et naturelle…

Pour l’été 1963 ils me permirent de choisir un voyage.

Je choisis un voyage en caïque sur la cote Dalmate… j’en reparlerai dans un billet spécifique car c’est là que je rencontrais mon mari (pour mon malheur).

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Nota bene : chaque sujet de ce billet sera repris pour des développements spécifiques car je prends le parti de traiter des sujets plutôt que strictement chronologique qui ne pourrait qu’être incompréhensible.

(1) j’ai fait une analyse aussitôt après la mort de ma mère en 1985…jusqu’en 1991.

Visite et révélations à Rome années 1950

rome antiquite et moderne

Visite et révélations à Rome

Années 1950, alors qu’en France les tickets de rationnement avaient arrêté d’être le seul moyen d’acheter de la nourriture, mon père voulut faire connaissance avec la famille de sa femme résidant à Rome. Il nous y emmena en voiture.

Je découvris la famille dont était originaire ma mère, Alda, par sa mère, Anita, qui l’avait quitté fin du 19ème siècle

Je ne me souviens pas des gens, mais uniquement de l’appartement qui me parut immense et des sols en marbre qui brillaient ! Mais comme c’était l’été tout était assombri pour se protéger du soleil qui tape à Rome, sud de l’Italie.

Secours d’Enrico années 1920 à 1930

rome antiquite et moderne
rome antiquite et moderne

Là, par Enrico, le frère cadet de Anita, ma grand-mère qui était morte dix ans auparavant, ma mère apprend qu’il l’a secouru  durant les années 1920 à 1930, à l’insu du reste de la famille au milieu de laquelle il vivait, lorsqu’elle se retrouva abandonnée par son mari avec trois enfants à charge. (je rappelle que Anita repartit pour l’Italie années 1930 avec son fils cadet).

Ma mère n’avait sans doute pas encore réfléchi à la situation de sa mère, Anita, quand elle s’était retrouvée abandonnée par son mari années 1920.

Alda, adolescente à ce moment, n’avait pensé qu’à elle-même. Fille ainée elle avait un rôle majeur : aider sa mère dans ses tâches ménagères et d’éducation des plus jeunes, Olga et Giordano. Si bien qu’elle n’alla pas souvent à l’école.

Sa mère a du lui paraitre égoïste dans son désespoir de femme abandonnée, alors qu’elle-même était privée de son père et qu’il lui manquait gravement.

Anita devait être dans un état de dépression non diagnostiquée et encore moins soignée, peu encline à accomplir les tâches quotidiennes (1) d’une femme seule en charge de 3 enfants, qui devaient s’étager de 8 ans, 10 ans, 13 ans pour ma mère quand elle quitta le foyer familiale.

Enfant j’ai accompagné ma mère en Italie à la sortie de la guerre, puis années 1950

Ma mère fut bouleversée durant plusieurs jours, voire semaines : elle s’était comporté comme une fille (10/14 ans) égoïste ne pensant qu’à sa condition personnelle à qui il manquait un père, et qui n’allait plus à l’école…

Elle se le répétait tout haut, prenant les autres à témoins, comme pour s’assurer qu’elle comprenait toutes les répercussions à postériori d’une telle information. Moi, sa fille cadette, en a gardé un souvenir marquant, par exemple ma mère en parlant devant tout le monde dans le métro parisien…

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(1) pas de machines électriques à l’époque pour laver le linge, la vaisselle, etc…

Mon père chef d’entreprise 1945 et dépôt de bilan en 1965

revue generale de larchitecture et des travaux publics

Mon père devient chef d’entreprise

La fin de la guerre porta chance à toute la famille. Il est en effet dans la vie des évènements qui endeuillent certains et provoquent un changement heureux pour d’autres :

C’est le cas pour René dont le patron est tué dans les rues de Paris durant la Libération. Accident ? Hasard d’avoir été là ? Victime de tirs désordonnés de Résistants ?

Son patron lui avait légué son entreprise. Avait-il fait un testament dans ce sens ? Ce ne fut pas dit par René.

L’entreprise de bâtiments de travaux publics et béton armé, comprend trois ou quatre salariés. Sans doute qu’il y a un dessinateur, l’ingénieur étant René, quelques ouvriers ?

René devint fier années 1960 d’en avoir fait une entreprise d’environ 200 ouvriers, de 2 ou 3 ingénieurs et d’un bureau d’études de plusieurs dessinateurs. En une vingtaine d’années René construisit une entreprise qui travaille dans toute la France et en Algérie, dont les commandes sont en majorités passées par l’État, ou les communes.

Ses ouvrages de béton armé ornent les paysages que durant mon enfance j’admire en Beauce, paysage des plus plats, où les silos de blé et les réservoirs, hauts, se voient à plusieurs kilomètres à la ronde. Un psychanalyse dirait :

« c’était un beau symbole phallique de son pouvoir » !

Il construit aussi d’autres sortes d’ouvrages en béton armé surtout les bassins de stations d’épuration, dont il deviendra spécialiste du prétraitement des eaux usées (dégrillage, tamisage, dessablage, dégraissage).

… puis dépose son bilan à la mi des années 1960

Souvent le soir, quand il revenait de son travail, il criait. Ses cris me terrifiaient. Je ne comprenais même pas ce qu’il disait je n’entendais que le son des cris depuis ma chambre. En même temps il allait et venait dans le grand séjour à grandes enjambées. Si j’étais dans ce séjour je le voyais se servir un petit verre d’alcool, pour se calmer sans doute.

Je n’envisageais pas qu’en fait son entreprise était sur une pente dangereuse, il allait déposer le bilan peu de temps après mon mariage (janvier 1964), se retrouvant avec des dettes plus particulièrement vis-à-vis de l’URSSAF. Mais des années passeront avant qu’il dut se résoudre à vendre son pavillon de banlieue, à cette période j’étais mariée et vivais à Paris

Il se reconvertira en spécialiste de grilles métalliques qu’il inventa pour le traitement des eaux usées.

Mais comme dans cette famille rien n’est dit concernant les sentiments par une manière d’introversion voire d’orgueil mal placé rien ne fut dit ni surtout expliqué aux autres membres de la famille. Notre père mettait sa femme devant les faits… ce qui était désastreux pour elle…

revue generale de larchitecture et des travaux publics
revue générale de l’architecture et des travaux publics

2de guerre mondiale à Paris : pas de chauffage, pas de nourriture…

le rationnement en france de 1939 à 1949

J’ai plusieurs souvenirs de cette guerre :

  • Un bruit violent qui m’avait fait, bébé, couchée sur un tissu bleu couvrant un divan dans le salon, me renverser.
  • Les usines Renault de Billancourt étaient à quelques kilomètres en surplomb de Vanves située dans une cuvette de la région Sud de Paris. Les alliés bombardèrent ces usines le 3 mars 1942, en juin 1942, le 3 septembre 1943 les bombes tombent à Auteuil à l’ouest, nouveau largage le 15 septembre 1943, imprécis, qui touche toutes les communes environnantes.
  • Bien qu’à chaque alerte toute la famille allait se réfugier dans les caves de l’immeuble, dont je me remémore les gens assis en désordre sur des bancs, éclairés par une lumière très ténue ; peut-être que les sirènes, au sifflement tournant, tout aussi terrifiant que les bombes, avaient été déclenchées un peu tard ?
  • Le bruit de ces sirènes je les entendis toute mon enfance, car le Ministère de l’Intérieur institua de les faire tourner chaque premier mercredi de chaque mois durant une minute pour vérifier qu’elles soient en bon état de fonctionnement.
  • J’ai aussi de vagues souvenirs d’uniformes et de bottes dans l’entrée de l’immeuble. Et quelques années plus tard, d’un défilé de réfugiés, plutôt une manifestation, à côté du parc où j’étais avec ma mère, celle-ci me cachant le visage en me disant : « ne regarde pas. » Qu’était-ce ? N’est-ce que mon imagination qui « voit » des sortes d’uniformes rayés ? Vêtements si connus des déportés…

Le rationnement de la nourriture

le rationnement en France de 1939 à 1949
le rationnement en France de 1939 à 1949

voici sur le côté en photo écran une liste des produits alimentaires rationnés

Liste succincte des produits rationnés pour les Français :

Dès la défaite le régime de Vichy applique le rationnement, mais il faut attendre le 23 septembre 1940 pour que les cartes d’alimentation soient instituées dans toute la France. Avec 1200 à 1800 calories réservées par jour et par personne – en fonction de critères, notamment l’activité, le lieu de résidence, le sexe ou l’âge – le rationnement est strict. À titre d’exemple la carte de rationnement pour un parisien donne doit à :

  • 275 grammes de pain par jour (produit essentiel pour l’alimentation pendant et après la guerre) ;
  • 350 grammes de viande avec os (! en général les humains ne mangent pas les os) par semaine ;
  • 100 grammes de matière grasse (souvent du saindoux dont j’ai le souvenir que ma mère gardait dans des pots en bas de l’armoire) ;
  • 200 grammes de riz par mois (et la farine ? qui est généralement la coutume alimentaire française permet par exemple d’épaissir les plats de légumes) ;
  • 500 grammes de sucre par mois ;
  • 250 grammes de pâtes par moi.

Cette liste n’est pas exhaustives, mais surtout n’intègre pas un élément essentiel, la disponibilité des produits. En effet, malgré une carte de rationnement si les pénuries en cours, l’affamé ne pourra pas avoir de pitance.

Tiré de :

« Le rationnement en France de 1939 à 1949,

à voir sur le site de la Revue d’histoire « le rationnement en France de 1939 à 1949 »

J’ai peu de souvenirs des queues que ma mère devait faire pour obtenir, à l’aide des tickets de rationnements distribués selon le nombre et les âges de chaque membre de la famille, quelques grammes de quoique ce soit : pain, saindoux (stocké dans des grands pots au bas d’une armoire), viande, jambon, oeufs, carottes, navets, choux, rutabagas, le beurre et le fromage presque inconnus.

Durant mon allaitement, qu’elle me prodigua durant au moins huit mois, ma mère faisait la réflexion de savoir comment elle pouvait avoir tant de lait en ne mangeant « que des carottes ».

Mes parents, comme d’autres Parisiens, allaient à la campagne de temps à autre, pas souvent, pour chercher et acheter au grès des trouvailles : un poulet, un lapin, un jambon. Le jambon était coupé en tranches fines pour durer… trop longtemps parfois alors les vers s’y logeaient.

Il fut adopté un lapin laissé libre sur le balcon le temps de son engraissement avec nos restes. Il devait crier famine car la voisine hurla bientôt « l’Italienne, rentre chez toi » parce qu’en passant par la mince séparation de son balcon du notre il avait manger tout le tabac qu’elle faisait pousser dans des pots de fleurs, d’autant aussi que l’Italie, alliée de l’Allemagne, était en guerre contre la France.

Le chauffage de fortune

J’ai un vif souvenir de l’appareillage qui traversait tout l’appartement pour nous chauffer, car le chauffage central de l’immeuble était arrêté, sans doute faute de charbon, cela dut durer encore quelques années après la guerre, tout comme le rationnement qui se maintint jusqu’années 1949.

Je vous propose cette image que j’ai trouvé sur le net, sauf que :

  1. le notre n’était pas si beau
  2. plus petit
  3. et surtout à charbon, celui -ci étant à bois !

    godin petit godin bois et charbon
    godin petit bois et charbon
  • À partir d’un poêle Godin situé au centre de l’appartement dans la salle à manger, courrait à travers chaque pièce, un système de tuyaux de poêle accrochés au plafond ; à chaque jointure était suspendu à l’aide d’un fil de fer un petit récipient en métal pour recueillir la suie qui devait en suinter. Ainsi le peu de chaleur dégagée se répandait dans tout l’appartement. Encore fallait-il remonter depuis la cave, six étages plus bas sans ascenseur, les kilos de charbon. Il me semble que ma mère fournissait le plus gros de la charge. Peut-être mon père en rentrant du travail portait-il son sceau quotidien ?

Les fenêtres étaient occultées pour la nuit : rideaux épais doublés renforcés par les volets en fer dont chaque jour était bourré de journaux pour que les avions ennemis qui volaient au-dessus de la ville ne puissent s’orienter ni même détecter qu’ils étaient au-dessus d’une ville. Ces journaux tassés dans chaque jour de chaque volet restèrent plusieurs années après la guerre.

Ma mère vécut très mal cette guerre

Au point qu’elle en reparla constamment, à tout propos, tout au long de sa vie. Je ne pouvais plus l’entendre parler de la guerre. Cela m’insupportait, me vrillait les oreilles, j’avais envie de hurler :

« tais-toi je n’en peux plus de t’entendre parler de la guerre au moins une fois par semaine depuis des dizaines d’années et me l’écrire dans tes lettres. »

Je ne dis jamais rien, ou si peu, sauf peut-être une ou deux fois arrivée à l’âge adulte. C’est la présence même de ma mère qui me devint insupportable, s’empirant au fil des années. Elle avait été traumatisée pour la vie. Et, de fait, personne ne s’en préoccupa.