Premières règles à 16 3/4

illustration cabinet medecin

Mes premières règles, tardives, hors la présence de ma mère

Mes parents m’avaient confiée à une famille amie pour les grandes vacances. Le père était un ingénieur collaborateur de l’entreprise de mon père avec lequel mon père avait travaillé depuis avant la guerre, pendant la guerre, et jusqu’à son dépôt de bilan. Il était juif bulgare, la femme était d’origine alsacienne avec un fort accent qu’elle garda toute sa vie (1).

Ils étaient des parents attentionnés vis à vis de leurs enfants, autrement dit très différents de mes propres parents. Ils avaient une fille de mon âge et un fils de un ou deux ans de plus.

Ils avaient choisi la Bretagne, je suis incapable de dire où avec précision, je me souviens juste que c’était au bord de la mer et qu’il y avait des bunkers en béton « souvenirs » de l’occupation allemande. Le fils essaya de me séduire, moi j’étais totalement indifférente, je n’avais flirté avec personne encore, c’était l’été de 1957, j’avais précisément 16 3/4 et non encore « formée » selon le terme employé à l’époque.

Mes premières règles

Un jour je découvris du sang dans ma culotte… et je ne savais rien sur les règles… ma mère ne m’avait informé de rien ! Je me souviens pour toujours comme cette femme fut attentionnée avec moi, elle m’expliqua tout, dont comment porter des serviettes hygiéniques.

Il est remarquable que cet événement de mes premières règles se passa hors de la présence de ma mère. Déjà je n’avais pas confiance en ma mère, son comportement incestueux avait commencé depuis plusieurs années.

Je me souviens que j’avais été à la mer avec la classe et mes camarades de 13 ans avaient leurs règles… et moi je ne savais qu’à peine ce que c’était !

Ma mère m’avait emmenée voir un médecin et un cabinet de psychologues

illustration cabinet medecin
illustration cabinet medecin

Ma mère m’avait emmenée voir un médecin qui me demanda pourquoi je ne voulais pas devenir adulte.

  • ne comprenant pas le sens de sa question je restai muette.

Puis ma mère me conduisit dans un cabinet spécialisé pour qu’ils me fassent passer des tests psychologiques. J’y allais plusieurs jours. Je fis des tas de sortes de tests, je me souviens surtout d’un village à construire, il fallait ordonnancer des maisons, des boutiques, une église. D’autres tests demandaient de répondre à des séries de questions.

Résultats des tests psy

Au bout de quelques jours ma mère en reçut le bilan. Je me souviens que c’était un matin. La radio était allumée, comme tous les matins durant mon petit déjeuner, il y était question des « évènements en Algérie » et des bombes, des attentats, les sons nous communiquaient l’ambiance de violence qui parcourait les villes, villages, campagnes dans ce département français.

Ma mère ouvrit et lut silencieusement les conclusions, debout à mon côté, que rendaient les psychologues concernant mon état psychique.

Elle se mit à pousser des hurlements :

  • je ne suis pas comme ça, c’est faux, ils se trompent sur moi !

Et en colère les jeta dans la poubelle.

Moi, intriguée, me rendis à ce cabinet pour en connaitre les résultats, quelques jours plus tard, à l’insu de tous.

Les psychologues refusèrent de me les communiquer.

  • Il s’agissait de moi mais cela ne me regardait pas !

Quelle manque de psychologie ! Quelle frustration je ressentis.

Il m’aurait été bien utile de savoir qu’elles étaient leur conclusion plus particulièrement dans mon rapport avec ma mère, dont visiblement il était en majorité question, vu la violente réaction de ma mère.

Plus tard, en analyse, quand ces souvenirs me revinrent, je les racontais en hurlant durant plusieurs séances. Des psychothérapeutes donnèrent un nom à mon vécu : inceste.

Mais voilà l’inceste maternel n’est pas reconnu en tant que tel par la société française

_________________________

(1) elle est venu à l’enterrement de mon père en janvier 1985, son mari était mort, et sa fille et moi avons eu un long échange sur notre passé et notre vie…

Ma mère soutient que les femmes n’ont pas de pulsions sexuelles

la vie sexuelle sigmund freud puf

En contradiction avec elle-même ma mère qualifie mon père de « chaud lapin » !

Parallèlement à ses confidences sexuelles, se plaignant de ne plus rien ressentir et s’inquiétant pour la fidélité de son mari/mon père, ma mère m’affirme que les femmes n’ont aucune pulsion sexuelle, que ce ne sont que les hommes qui sont « atteint par ce mal », qualifiant mon père de « chaud lapin », elle paraissait sous entendre qu’il l’ennuyait dans ses comportements sexuels, et pourtant elle se plaignait auprès de moi de « ne plus rien ressentir » !

Vu d’aujourd’hui, en 2023 à l’âge de 81 ans, je ne comprends pas les contradictions de ma mère :

  • ressentait-elle le plaisir avant que son appareil génital soit brulé ?
  • ou se pliait-elle au désir de son mari/mon père juste pour son plaisir à lui ?

Déjà qu’à mon adolescence, durant les années 1950-1960, je ne comprenais rien à ce qu’elle me confiait, encore aujourd’hui en 2023 je ne comprends pas plus.

Morale de ma mère : se plier passivement aux désirs de son mari ?

Peut-être qu’elle avait été convaincue qu’une femme doit accepter le désir de son mari, uniquement passivement, ce qu’elle regrettait de ne plus pouvoir faire…uniquement pour son mari ou aussi pour elle-même ?

Sans doute aussi pour elle-même sinon elle n’aurait pas éprouvé le besoin de m’emmener sans son lit

  • « pour remplacer ton père, comme avec ton père »

ces paroles étaient troublantes, perverses en fait : que je qualifie d’inceste maternel.

Inceste maternel

Vu à la morale des années 2000, depuis #MeToo, les femmes ne seraient que des victimes. Moi fille oui j’étais victime d’une mère incestueuse, les femmes d’aujourd’hui se veulent parfaites… oubliant qu’elles sont des humains à part entière capables elles aussi du pire par pulsions.

Ce n’était pas qu’un besoin affectif, sinon exprimer de l’affection pour moi aurait du et pu se faire dans la journée, pas la nuit dans son lit !

… et le comportement de ma mère avec moi a perturbé ma sexualité jusqu’à l’âge de 43 ans âge où je me suis décidé à faire une analyse, qu’en fait je n’ai pu entreprendre qu’à la mort de ma mère en janvier 1985.

Alors que durant la journée elle me mobilisait pour l’écouter, ne me manifestant pas d’affection, ne serait-ce que oralement, à défaut, par pudeur, de « prise dans ses bras », ce qu’elle ne fit que lorsque j’étais bébé, si peu après. Certes c’était les mœurs de la famille, quoique je me souviens que ma sœur m’enveloppait de ses bras jusqu’au moins à ma pré adolescence.

Les femmes sans pulsions sexuelles ??

la vie sexuelle sigmund freud puf
la vie sexuelle sigmund freud puf

Cette allégation que les femmes n’avaient aucune pulsion sexuelle m’apporta beaucoup de préjudices dans ma vie d’adulte, car je le crus durant des dizaines d’années, n’ayant aucune autre source d’informations sur la sexualité d’une femme, alors que je ressentais ces pulsions, violemment, envahissantes, je m’en sentais coupable, anormale, je les réfrénais tant que je pouvais, les cachant tant que je pouvais aux hommes, me disant que si jamais ils se rendaient compte de mes pulsions ils me mépriseraient.

Ainsi ma mère m’avait en quelque sorte châtrée bien que je ne fus pas au point où mon psychisme m’aurait caché à moi-même mes pulsions, mon corps et mon psychisme communiquaient, ma névrose n’était pas irrécupérable !

Elle voulait ignorer ses propres pulsions vis-à-vis de moi. Comme si elle était deux personnes : celle qui était une femme sérieuse qui n’était séduite par aucun homme, même pas par son mari, qui en montra souvent sa frustration, et celle qui avait un comportement incestueux par pulsion pour sa fille adolescente.

Le rôle de la femme au foyer

En fait ma mère se ressentait et était dans une solitude totale, son mari, mon père, toujours occupé à courir les routes pour visiter ses chantiers, il ne se posait aucune autre question que celles relatives à ses chantiers, son bureau, ses projets…

… et moi, Annie, jeune adolescente je subissais en boomerang ce que subissait ma mère dans son rôle de femme soumise sans le savoir…

Ma mère m’emmène dans sa chambre et son lit 1955-1960

la chambre à arles, by vincent van gogh

Pendant cinq années ma mère m’entraina dans sa chambre le soir

dans son lit, durant les absences de mon père, pour que je lui tienne compagnie la nuit et que je remplace mon père.

Ses chantiers répartis en France et à l’étranger obligeaient mon père à des absences constantes. Absent durant plusieurs jours du fait de ses voyages en voiture, train ou avion pour aller visiter, inspecter, contrôler l’avancement de ses chantiers en cours, dans le Nord et l’Est de la France, mais aussi en Algérie et en Irak.

Cela dura jusqu’à ce que je ne sois plus vierge vers l’âge de 18 ans, cet âge fut-il un hasard ? Ou le fait que je ne sois plus vierge m’enlevait-il tout attrait pour ma mère ? Parallèlement à ses confidences qu’elles me tenaient dans la journée et qui s’arrêtèrent elles aussi quand j’atteins 18 ans.

Je comble le vide du à l’absence de mon père dans le lit

Cinq ans durant ma mère m’emmena dans la chambre de son couple, dans le lit de son couple qu’elle formait avec mon père. Elle déverrouillait la porte et m’entrainait…

  • Je n’ai jamais refusé, ce dont je me sentis coupable durant de nombreuses années, j’aurais du dire non et esquiver, je n’en eus jamais la force, et pourtant je haïssais ces nuits couchée au côté de ma mère, le dégoût m’envahissait.

La force mentale de ma mère était plus forte que la mienne, je n’avais pas assez de force morale pour m’enfuir et monter au plus vite dans ma chambre.

Ainsi je me retrouvais au côté de ma mère bien malgré moi

Son odeur m’envahissait. Sa transpiration imbibait les draps et les couvertures lourdes sur nous. Je ne savais comment m’échapper le plus loin possible de son corps, alors qu’elle m’entourait, me disant :

  • on fait comme avec ton père, quand ton père est là à ta place.
  • Elle me prenait la main.
  • Se collait à moi.
  • M’entourait de son corps…

Inceste maternel répété de générations en générations ???

Était-ce un comportement qu’elle avait du subir de sa propre mère quand celle-ci s’était retrouvée abandonnée par son mari ?

  • Sa mère, ma grand-mère Anita, avait-elle reproduit un comportement qui l’avait faite fuir Rome, puis, vu sa condition d’abandon, reproduit sur sa fille pré-adolescente, que ma mère perpétuait de génération en génération et au même âge de la fille ? Anita avait-elle du subir un comportement similaire de sa mère au même âge, puis s’enfuir vers Bologne ?

La vraie raison de ma mère adolescente quittant son domicile familiale n’était-elle pas pour fuir sa mère plutôt que la raison invoquée d’aller à Reims pour voir son père ?

  • Car bientôt abandonnée à nouveau par son père à Reims elle ne revint pas à Montargis pour réintégrer le domicile de sa mère où vivaient aussi sa sœur et son frère, elle préféra choisir de devenir bonne chez des maitres, et ne revit sa mère qu’après la guerre en 1945 pour aller la visiter sur son lit d’agonie, soit 25 ans plus tard, laps de temps durant lequel ma mère ne revit pas sa mère.

S’écrivaient-elles ? Ma mère tint-elle sa mère au courant de l’évolution de sa vie ? de son mariage, de la naissance de ses filles ? Son frère Giordano connaissait son adresse en France puisqu’il nous envoyait des colis de riz, et l’informa de l’agonie de sa mère à la fin de la guerre : c’est la seule chose dont je sois sûre.

Ces deux mères, Anita et Alda, répétaient-elles l’inceste qu’elles avaient subi ?

Ces deux mères étaient-elles entrainées par une répétition d’actes incestueux sur leur fille remontant à plusieurs générations ?

  • La pulsion était-elle irrépressible ?
  • Et pourtant la vraie question à se poser était : avaient-elles apprécié ces comportements de leur propre mère ?
  • Ne s’étaient-elles pas senti comme violées ? Ce que moi je ressentais, bien que je restai passive.

Ma grand-mère, puis ma mère avaient pourtant fui le domicile familiale toutes deux adolescentes, toutes deux le plus loin possible, l’une vers Bologne, l’autre vers Reims, et pourtant ma mère répétait le même comportement incestueux. Ce comportement perturbera toute ma vie de jeune fille puis de femme… et ma vie sexuelle jusqu’en 1989… époque où je finissais mon analyse et rencontrais le seul homme que j’aimais dans ma vie…

Ignorance de la sexualité pour une fille années 1950-1960

symposium scene nicias peinture

Mon ignorance totale des sexes et des rapports sexuels jusqu’à mes 18 ans

Dans la famille il n’est pas question d’expliquer quelle est la différence entre un garçon et une fille. À l’école les garçons et les filles ne se côtoient pas du tout. Chacun dans une partie de l’école totalement étanche à l’autre. Les filles et les garçons peuvent s’apercevoir au travers de la grille qui sépare les deux cours. Chacun des groupes parait totalement étrange et étrangère à l’autre. Quoique que je côtoie des garçons dans le grand espace qui s’étend devant notre immeuble.

Cela peut paraitre surprenant, mais je ne savais toujours rien de ce qu’étaient les rapports sexuels entre un homme et une femme. Je ne savais rien de l’anatomie de chacun des sexes. Je n’osais même pas explorer mon propre sexe, je me lavais tout à fait sommairement, même lorsque je commençais à avoir mes premières règles, je mettais mes protections, sorte de « couche » qui tenaient en équilibre sur ma culotte, le collant de fixation n’existait pas encore, quant aux protections internes il fallut attendre quelques années avant qu’elles soient à ma portée !…

  • Aucun dessin, aucune photo, personne ne m’expliqua jamais rien.
  • Par quelle voie étais-je censé l’avoir appris ?

La sexualité ? un sujet tabou !

symposium scene nicias peinture
symposium scene nicias peinture

Entre filles, à l’école, on n’en parlait pas. C’était un sujet tabou, interdit. On ne parlait que vaguement de nos flirts, bien gentils. Même s’il commençait à m’arriver de passer des après-midis entières allongée, tout habillée, à embrasser et me faire embrasser par des garçons. La virginité d’une fille était sacrée. Les garçons n’avaient aucun geste inconvenant, même pas d’essayer de dégrafer une jupe ou d’essayer de baisser une fermeture éclair, ni toucher un sein. La seule partie du corps qui était en contact avec l’autre était le visage. Les corps bien que côte à côte étaient ignorés et toujours entièrement vêtus.

Vers l’âge de 12/13 ans, ma mère essaye de m’instruire de la différence sexuelle entre les filles et les garçons et de la sexualité avec des mots assortis de gestes absolument incompréhensibles pour moi… pour me dire quelque chose comme « le sexe de l’homme pénètre dans le sexe de la femme pour faire des enfants » !

Je l’écoutais attentivement, mais intérieurement je me disais :

Il est un fait que je ne savais rien sur la différence entre les sexes. Je n’ai jamais vu mon père, ma mère ou ma sœur, autrement que couverts ne serait-ce que d’une robe de chambre, pour moi-même il en allait de même. De plus aucun de nous ne se touchait : par exemple pour se dire bonjour ou bonne nuit on se tenait à distance de plusieurs centimètres, les joues n’étaient qu’effleurées par le baisé du bout des lèvres

« visite » de mon propre sexe :

Ce n’est que adulte et mariée que je me décidais à y aller voir de plus près : dans le bain, avec peur, un interdit énorme me l’empêchant, j’explorai avec une précaution infinie, les contours de mon sexe et l’intérieur… et trouvant des aspérités vers le fond qui me semblent bizarres, vu que je n’ai jamais vu de dessins représentant le sexe d’une femme : lèvres, vagin, ovaires, utérus ;

j’allais voir un généraliste pour lui demander si tout était normal ?

Confidences sexuelles incestueuses de ma mère 1954-1958

escalier

Ma mère me prend comme confidente de ses rapports sexuels avec mon père

Parallèlement à ma vie si active (voir et ), ma mère commença à me parler de sa sexualité, voici concrètement comment cela se passait :

Pour sortir je devais descendre deux étages depuis ma chambre :

escalier
escalier
  • le 2ème étage d’où je descendais arrivait sur le palier du…
  • …1er étage sur lequel s’ouvraient
    • à gauche la cuisine,
    • à droite la chambre des parents (face à la cuisine),
    • le bureau étant face à l’escalier,
    • et à côté de la cuisine c’est à dire légèrement à gauche : le grand séjour.
  • le rez de chaussée était la sortie et ma liberté !…

Ma mère me cueillait avant que j’arrive sur le palier du 1er étage, j’aurais pu croire qu’elle attendait mon passage sur ce palier intermédiaire où s’ouvrait sa cuisine, face à leur chambre, elle devait m’entendre sortir de ma chambre et commencer ma descente

Elle stoppait mon élan pour sortir à la 3ème avant-dernière marche en descendant du 2ème, elle debout sur le palier, moi bloquée par elle sur cette marche, à moins que j’ose la bousculer pour l’écarter de mon chemin, ce que je n’osai jamais faire. Cela commença avant ma formation, c’est à dire avant mes premières règles qui n’arrivèrent qu’à mes 16 1/2.

La chambre de mes parents était tenue toujours fermée à clef, comme elle l’était déjà dans l’appartement de Vanves, cette chambre qu’elle déverrouillait pour m’y entrainer, la nuit, durant les absences de mon père (dont je parlerai…)

Ma mère commençait un monologue que j’étais censée écouter avec attention et surtout comprendre. En fait je ne comprenais absolument rien puisque jamais instruite sur la conformation de chacun des sexes (traité dans un billet l’expliquant).

Ma mère m’informait alors qu’elle ne ressentait plus rien avec mon père

Avec des gestes, peu explicites, elle me disait :

  • « mon sexe est dur comme du bois« 

Cette phrase était choquante, elle me bouleversait parce que je n’en comprenais pas le sens profond :

  • qu’est-ce qu’un sexe de femme dur comme du bois ?

Le bois est par nature insensible, mais un sexe de femme ? Je n’en savais absolument rien !

  • Ne serait-ce qu’être amenée à me figurer un sexe de femme m’était impossible,
  • pas plus que celui d’un homme !
  • Qu’est-ce que le sexe d’une femme était sensée ressentir au contact de celui d’un homme ?
  • Quel contact avaient-ils et comment ?

Et zut me parler de sexe me choquait, c’est un sujet dont on ne parlait jamais, jamais je n’avais dans ma famille, ni en dehors, entendu parler de sexe qu’il soit féminin ou masculin, je n’avais aucune vision de comment chacun pouvait être !

Dans ces moments là de confidence je ressentais une énorme gêne, pas à ma place, je finissais par m’assoir là sur le bord de la marche froide, bloquée par ma mère debout devant moi, alors que j’avais bien d’autres sortes de projets : courir dehors, voir la forêt, me promener en bicyclette, aller à Paris en train pour découvrir de nouveaux livres…

Elle me raconta qu’elle voyait un médecin

Suite à des hémorragies elle avait subi des radiothérapies pour brûler l’intérieur de son ventre et stopper ses hémorragies :

  • Que maintenant elle ne ressentait plus rien,
  • Qu’elle avait peur que mon père la trompe,
  • Elle me demandait de le surveiller, plus particulièrement durant les soirées chez tels amis ou quand tels amis étaient reçus à la maison,
  • Elle avait peur d’une des épouses parmi leurs couples d’amis.

Alors que ma mère était très coquette, parfumée, ongles vernis, dotée d’une belle garde-robe qui emplissait penderies, armoires, commodes, choisie durant les nombreuses après-midi durant lesquelles elle se rendait à Paris, mais se maquillait peu, et n’était pas du genre à aguicher qui que ce soit, même pas mon père. Ce qui n’était pas le cas de la femme qu’elle me désignait.

Parce que dans le jeu aguichant d’une femme il y a volonté de tournée la tête à tel ou tels hommes, ce n’était pas le but de ma mère qui voulait uniquement garder une place, SA place d’épouse, n’en n’ayant aucune autre puisqu’elle était femme au foyer…

Mais vraiment ce qu’elle me demandait m’était impossible à faire.

  • Quoi ? de surveiller cette femme très maquillée, provoquant les hommes ? Je ne suis même pas sûre que cette femme avait un but particulier, sinon juste besoin de plaire aux hommes en général.
  • Et de toute façon je trouvais cette demande de ma mère malsaine, ne me regardant pas, ce n’était pas mon problème, je ne savais rien sur ce genre de femmes,
  • Mon père était-il potentiellement un homme à tromper sa femme ?
  • Tout ça me dégoûtait.
  • Ma mère n’avait-elle pas d’amies à qui raconter tout ça ?
  • Ma mère ne savait-elle pas que je ne savais rien sur la sexualité ?

Croyait-elle que nous avions des conversations sur ce sujet avec mes camarades de classe ? Ne savait-elle pas que la pudeur bloquait tout échange concernant les sentiments d’autant qu’aucune de nous ne tombait amoureuse !

complément la suite : ma mère m’emmène dans son lit

Musiques et lectures d’adolescente 1956-1963

ecriture de victor hugo

C’est dans la chambre du 2ème étage du pavillon de Viroflay que je commençais à m’instruire moi-même : disques et livres.

Musiques classiques et jazz peu de variétés française,… et je dansais… bien et avec un vif plaisir !

Je fis ma première « boum » vers l’âge de 14 ans… allant danser et hurler jusque dans la rue aux sons de Bill Haley jouant « Rock Around the Clock » sur un 45 tours avec d’autres copines ! Le rock ‘n’ rol débarquait en France en 1956 alors qu’il était déjà connu aux EU depuis 1952. Puis je continuais à danser dans les boums aux sons de Fats Domino, Elvis Presley, je fis connaissance du jazz, celui qui se dansait, le bebop ou 3_3_2 étant son rythme : Art Blakey, John Coltrane, Miles Davis (1ère formule), Thelonious Monk, Gerry Mulligan (faisant partie du groupe de blancs du « cool jazz« ), mais les théories de ces musiques me passaient au-dessus de la tête, ce qui m’importait était que j’en aimais le son et le rythme pour danser et avoir son plaisir vif dans le corps, avec uniquement d’excellents danseurs, sinon c’était NON ! Je dansais jusqu’à 40 ans, à toutes occasions, mais les boums je les arrêtais plus tôt jusqu’à la veille de mon mariage, mon mari n’ayant aucun sens ni du rythme ni de la musique en général d’ailleurs… et j’écoute encore ces musiques

Pour le classique Beethoven eut toujours et encore ma préférence, mais aussi Bach, Haydn, Vivaldi etc… peu Mozart, ni Liszt…

Quant aux livres !

Que de livres !

Dans un premier temps j’allais piocher dans la bibliothèque des parents, mais très vite ils m’ennuyèrent, quoique j’ai de bons souvenirs des livres d’explorations qui me passionnaient : chez les esquimaux, dans les montagnes, les explorateurs en Afrique, n’ayant aucune conscience que ceux-ci avaient un rapport avec la colonisation que j’appris plus tard. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu du mal à déchiffrer tous ces textes, que j’absorbais plutôt avec avidité… alors que j’étais classée « nulle en orthographe, mise aux rebus parce que dyslexique » !

Ma mère, bien que n’ayant été que peu à l’école, lisait beaucoup et me faisait partager les livres que le libraire de la commune (Viroflay) lui indiquait, c’est ainsi que je lisais tout Pearl Buck, prix Nobel de littérature, qui me fit découvrir et aimer la Chine à partir du milieu du XIXème siècle jusqu’en 1949. J’appris par elle les mœurs des Chinois, la condition des femmes de la bourgeoisie enfermées, les pieds bandés, les mariages arrangés sans l’avis ni des filles ni des garçons, souvent très jeunes, parfois même les filles encore au berceau, pour s’allier avantageusement pour les deux clans, les filles partaient vivre dans leurs nouvelles familles. Les fils restaient dans la maison paternelle, et les filles ne voyaient pour ainsi dire plus leurs parents. Elles appelaient d’ailleurs « mère » la mère de leur mari… et la misère des paysans avec les famines qui se répétaient tous les 5 ans…

Grâce au train j’allais glaner des livres sur les étals des libraires du boulevard St Germain du temps où il était le quartier des intellos, avant qu’il devienne un lieu de modes ! ; je n’osais pas rentrer dans les librairies trop intimidée pour poser quelques questions aux libraires, ayant peur de paraitre ignare, entourée dans ce quartier par les écrivains et intellectuels célèbres qui en avaient fait leur pied à terre ! mais les étals étaient bien garnis et le « livre de poche » avait étrenné une collection à ma portée… il faut préciser qu’il n’indiquait rien sur l’auteur ou le texte comme il est fait maintenant, j’avais comme unique information d’ouvrir pour lire quelques passages à l’intérieur …

Je découvrais ce qui fera la base de ma culture pour la vie : Sartre tout particulièrement dont je lisais le théâtre et les romans, pas la philo, Roger Martin du Gard, Aragon, Gide, Baudelaire dont je dessinais le visage qui me fascinait… dois-je avouer que la poésie ne sera jamais « ma tasse de thé », par contre je devins avide d’Histoire…

Victor Hugo dont je parcourais le théâtre, la poésie, les romans… dans un livre paru en 1946 chez Delagrave… que j’ai encore… en piètre état, mais entier !

et comme je suis très conservatrice voici quelques exemples de ce que j’ai encore dans ma bibliothèque

Viroflay, le train, la nature 1953-1963

aspect de la foret de meudon

Emménagement dans notre pavillon de banlieue à Viroflay

Après le mariage de ma sœur à la mi des années 1950, mes parents et moi emménageons dans le pavillon que mon père avait fait construire dans la banlieue sud-ouest de Paris à Viroflay.

Il était très bien situé : proche de la forêt dite de Chaville ou Meudon, deux gares nous emmenaient au choix par le train aux Invalides,  Montparnasse, Saint-Lazare ou dans l’autre sens aux deux gares de Versailles.

Je prends le train à partir de 9 et ½

Auparavant j’allais à pied, seule, à l’école primaire.

gare de vanves malakoff
gare de Vanves Malakoff

Puis le train devint le moyen de transport que j’empruntais seule à partir de l’âge de 9 et ½ pour me rendre au lycée de Sèvres depuis la gare de Vanves, ligne de Montparnasse.

Le train devint le lieu où je passais au moins une heure par jour. Je l’empruntai

  • adolescente quand j’allais à Versailles pour me rendre à la piscine ou aux écoles privées.
  • adolescente puis jeune adulte pour me rendre à Paris pour sortir,
  • m’y promener et
  • m’informer des livres qui étaient exposés sur les étals des trottoirs devant les librairies,
  • puis pour me rendre à mes premiers emplois toujours situés à Paris ou une banlieue (à Ivry-sur-Seine pour mon premier emploi),

J’adorais ces voyages en train. J’observais les paysages changeant au long des saisons, les maisons, les jardins, les immeubles, les ouvriers qui travaillaient sur les voies. J’en connaissais chaque détail, et détectait chaque changement. Son roulis caractéristique me berçait.

En général je m’occupais à lire un livre ou quelques magazines. Ou échanger avec les compagnes de classe qui prenaient aussi ce train quotidiennement. Généralement j’avais une place assise. Ce qui devint plus difficile quand me rendant à un emploi aux heures d’affluence nous étions serrés les uns contre les autres : il fallait pousser cette masse compacte pour entrer.

Description du pavillon de Viroflay

Dans ce pavillon

  • le rez de chaussée était consacré au garage, à la buanderie, la (fausse) cave (au rez de chaussée), un lieu d’agrément, le tout entouré d’un petit jardin,
  • le 1er étage comprenait un bureau et un grand séjour en L avec une cheminée dans l’angle, mes parents y avaient leur chambre et salle de bains.
  • Ma chambre était l’une des trois chambres du 2ème étage, la salle de douche comprenant un WC, commune pour les trois chambres, où je me retrouvais donc seule.

Mon indispensable contact avec la nature

aspect de la foret de meudon
aspect de la foret de Meudon

La grande forêt de Chaville, dite forêt de Meudon, était à quelques mètres de ce pavillon ; durant toute mon adolescence je ferai de la bicyclette sur des kilomètres, parcourant les abords des étangs et traversant les villages, en général seule et heureuse de l’être.

Je retrouvais là mon nécessaire contact avec la nature qui durera toute la vie, et que j’avais sommairement initié sur le terrain vague de mon habitation précédente, où j’avais pris l’habitude de me réfugier dans un coin de l’ancien tennis non entretenu devenu terrain vague pour dépiauter les quelques herbes sauvages qui se trouvaient là.

Ma sœur ainée de 10 ans ½ de plus que moi Micheline Quétin

saint julien le pauvre

Nous avons trop d’écart d’âge

Nous sommes nées dans des époques totalement différentes concernant les mœurs :

  • Elle est née en mai 1931 : époque encore traditionnelle pour les femmes, tradition qu’elle a gardé toute sa vie
  • Je suis née en décembre 1941 : la guerre commença une civilisation très différente pour les femmes, elles commencèrent à devenir plus autonomes, restées célibataires elles ne furent plus nommées « vieille fille » à partir de l’âge de 25 ans, ou « fille mère » si jamais elles avaient un enfant hors du mariage. Le Deuxième sexe de Simone de Beauvoir parut en 1949, et même si moi je ne le lirai que fin années 1960 et début des années 1970, l’influence sur les mœurs fut « révolutionnaire » !

Ainsi nous ne nous sommes jamais comprises.

Son influence durant mon enfance

Je me souviens qu’elle allait au TNP voir Gérard Philippe, elle allait danser, elle en revenait toujours pleine des bonheurs qu’elle y avait vécu, il faut dire qu’elle est extravertie, alors que je suis introvertie.

Puis elle eut une période de croyance catholique fervente, au point de faire le pèlerinage de Paris à Chartres à pied.

Elle se levait tôt pour se rendre la plupart des matins à la première messe dans son église favorite située dans le 5ème arrondissement de Paris. Une des plus anciennes et petites églises de Paris : Saint-Julien le Pauvre. Était-ce le nom qui séduisait Micheline ? car de culte grec ; ou sa beauté, lovée dans ce quartier animé de Paris, plutôt fréquenté par les étudiants des facultés alentour, elle parait comme un havre de paix.

saint julien le pauvre
saint julien le pauvre

Ce fut le modèle qu’elle me montra, bien que je n’atteins jamais cette sorte de piété. Enfant je décrochais le crucifix au dessus de mon lit pour l’allonger à côté de moi en disant qu’il avait besoin de se reposer de sa posture debout permanente, quoique cela ne prouva pas ma croyance en Dieu mais plutôt ma compassion pour autrui.

Ma sœur se convertit au protestantisme

Puis ma sœur rencontra un jeune homme, Claude Quétin, qui allait devenir son mari sept ans plus tard. Ils se fréquentèrent et attendirent sept ans avant de se marier, ma sœur restant vierge. Même pour les années 1950/1960 cette conduite était exceptionnelle. Certes lui était en cours d’études de médecine, plus sa spécialisation de pédiatre, mais ils se marièrent juste avant la fin de ses études car il eut un poste de remplaçant en province. Ce futur mari était, de tradition par sa famille, protestant calviniste, de l’Église réformée de France.

Ce qui me déstabilisa, pré-adolescente, fut que ma sœur se convertisse au protestantisme. C’était une obligation pour elle si elle décidait de se marier avec ce jeune homme. Ainsi ma sœur ainée ne sortit plus et ne nous apporta plus cette fraicheur de la culture qu’elle découvrait !

Il faut se replacer dans les mœurs de l’époque pour comprendre le choc. Les guerres de religion en France avaient eu pour cause le protestantisme, considéré comme hérétique. Cette certitude perdura longtemps dans la communauté catholique majoritaire à 80 % en France. Les Papes successifs les désignaient comme tels, encore durant mon enfance et mon adolescence. J’en fus désorientée. C’est à cette époque, vers 12 ans, que j’allais donner mon « congé » aux sœurs franciscaines du patronage que je fréquentais plusieurs fois par semaine. Elles en furent surprises et me demandèrent un entretien. Leur ai-je dis que « je ne croyais plus en dieu » ?

Un fait particulier participa à mon éloignement de ma sœur. Alors que nous nous promenions, moi, ma sœur, son futur et un de leur ami, ce dernier déclara que marié la relation sexuelle avec une épouse ne devait se faire :

  • qu’à travers un trou percé dans la chemise de nuit de l’épouse. J’en fus perturbée, bien que ne sachant que peu de chose de la sexualité, au point que ce fait contribua à m’éloigner d’avantage de ma sœur. Je n’en dis rien à personne, ma sœur ne put soupçonner le choc que je reçus ce jour-là.

Ma sœur Micheline développe sa jalousie à mon égard…pour toujours !

Micheline d’une part était jalouse de l’attention que notre mère me prodiguait, oubliant qu’un bébé, puis une enfant, suscitait forcément plus d’attentions qu’une jeune adolescente, puis jeune fille. Il est vrai que Micheline avait été fille unique durant plus de 10 ans recueillant par la force des choses l’unique attention de nos parents.

Curieusement je peux témoigner de l’inverse : je le développe dans un billet : ils parlaient tous les trois avec animation, ne prêtant pas au fait que moi je restais muette…

Notre mère fit quelque chose d’important pour Micheline :

  • elle loua une chambre à l’entresol du même bâtiment pour qu’elle ait son autonomie. Micheline après des études d’infirmière avait commencé à travailler dans un sanatorium de la banlieue où elle dormait de temps à autre. Quand elle sortait le soir tant au théâtre que pour aller danser. Cette chambre lui permettait aussi d’avoir ses horaires personnels. Il lui suffisait de monter cinq étages pour se retrouver en famille quand elle le désirait, elle pouvait sinon rester dans l’appartement des loueurs tant pour manger, dormir, vaquer à sa vie quotidienne, sans l’ennui, pour une jeune fille, d’avoir la petite sœur dans les jambes. Micheline prit-elle conscience de cet immense cadeau ? À moins qu’elle le retourna à l’envers pensant :
  • on m’a mise à l’écart de la famille ?

Cet écart d’âge ne m’explique pas pourquoi ma sœur développa une telle jalousie à mon égard durant toute sa vie,

  • allant jusqu’à me démolir auprès de mon fils,
  • m’engueulant les rares fois où nous nous croisions (par exemple les enterrements de chacun de nos parents)
  • propageant des médisances sur moi à toute notre famille habitant Reims
  • son mari m’interdit de communiquer en ouvrant mes lettres adressées à ma sœur et ne les lui délivrant pas !

Rapidement il se révéla que nous n’avions pas du tout la même conception de la vie, encore moins de ce qu’est être une femme.

Coma d’acétone enfant …Hypoglycémique à vie

hypoglycémie

Maladies d’enfance et pour la vie

Vers trois ans j’eus d’affilée la rougeole et la coqueluche. Je sais que je faillis ne pas en survivre, et que mes parents avaient, sur l’indication d’un médecin, envisagés de me faire monter dans un avion, parait-il que le changement d’altitude pouvait arrêter les quintes de toux.

Puis se déclencha des crises de coma d’acétone, bien que je me demande si ce n’était pas une chute brutale du sucre dans le sang. Ma mère en était affolée. En effet un enfant dans le coma sans raison expliquée à de quoi inquiéter une mère. Je restais couchée plusieurs jours. Ma mère me mettait à jeun, ou m’alimentait avec quelques potages de légumes, et me donnait des tisanes d’un abbé dont j’ai oublié le nom, sur recommandation de voisines ou de pharmacien ? Personne ne savait ce que c’était.

Ce n’est qu’adulte que j’appris que c’était l’annonce d’un déséquilibre du sucre dans le sang :

L’insuline augmentait dans le sang, mais peut-être aussi une carence en glucose. L’insuline, produite par le pancréas, régule le sucre. Ma mère disait que ma chambre sentait la pomme de reinette caractéristique dés le début de mes crises.

En fait elle faisait, de bonne foi, l’inverse de ce qu’il eut fallu faire :

m’alimenter de denrées riches en sucres lents et en graisse : pain beurré, biscuits, rillettes avec du pain

Hypoglycémie

hypoglycémie
hypoglycémie

Je l’appris adulte par une expérience constante, car je suis hypoglycémique à vie.

Une confusion fréquente quand j’ai besoin de le signaler est avec le diabète : je n’ai jamais eu trop de sucre dans le sang, quand on cherche sur le net c’est la référence que l’on trouve : le diabète : NON, NON NON je n’ai jamais eu trop de sucre dans le sang !

mes symptômes sont toujours les mêmes : tremblements des membres et de tout le corps et fatigue intense.

J’ai en général sur moi quelques biscuits pour m’empêcher au cas où un malaise arriverait à tomber dans une sorte de coma, soit fatigue intense qui m’endort…

Ma mère surveille mon intestin de 4 à 12 ans : cauchemars

honoré daumier, un affreux cauchemar, 19th century

Enfant ma mère surveille plus particulièrement mon intestin

Les WC étaient placés idéalement pour elle : un petit couloir s’ouvrait de face sur les WC et sur le côté droit sur la cuisine. Elle pouvait aisément aller de sa cuisine à moi assise sur la lunette des WC, ma culotte descendue entravant mes jambes. Ma robe ou ma jupe cachait le « reste ».

Peut-être faisait-elle une projection sur moi de son propre intestin car, je l’appris adulte, elle avait ce qu’on appelle un intestin « paresseux ».

Ainsi elle me donnait sans cesse des pruneaux, je les ai pris en dégoût pour le restant de mes jours. Elle me faisait pour ainsi dire la becquée : armée d’une coupe où les pruneaux avaient séjourné dans l’eau, elle me les donnait un à un de sa main, en les piochant au fur et à mesure et surveillait bien que je les mangeais et les avalais.

Évidemment que cette surveillance se portait avec insistance sur ce que je produisais aux WC. Peut-être étais-je constipée après tout ? Une enfant de 4 à 12 ans est-elle constipée par nature ? Ne peut-elle le devenir parce que justement une telle attention est attachée à son « rendu » ?

Car je me souviens avoir été assise sur ce « trône » immobile ce qui me semblait des heures, la culotte tombée à mes pieds et les entravant ; elle venait vérifier à chaque instant ce que j’avais « produit » dans la cuvette. Si ce n’était pas suffisant à son goût elle me disait : « encore un peu ».

J’en fis des cauchemars, enfant, durant des années. Dont bien sûr je n’en parlais jamais à personne, de toute façon qu’aurai-je raconté ? Un cauchemar il est entendu que ça n’a ni sens ni raison. Si je l’avais raconté ma famille se serait moquée de moi, tant ma mère que ma sœur, quant à mon père il ne s’occupait jamais de l’éducation des filles, tâche exclusive de la mère. En fait je mis du temps à identifier ces cauchemars :

Enfin je comprends les cauchemars que je fais enfant

Ce n’est qu’adulte, durant l’analyse que je fis de 44 à 49 ans, allongée sur le divan, que ces cauchemars revinrent à ma mémoire :

Je me rappelais que j’étais dans une sorte de puits et que je tombais en tournant dans un vide sans fin accompagnée d’un tas d’autres « objets » que je n’identifiais pas. Je ne comprenais pas plus pourquoi j’étais ainsi dans ce puits sans fond. Répétant et décrivant les images oralement, allongée là sur le divan qu’enfin je compris de quoi il s’agissait : c’était bien moi, enfant, assise sur les WC, je fantasmais que je tombais dans le trou de la cuvette, accompagnée de mes morceaux d’excréments qui tournaient avec moi dans ce trou sans fond.

Avais-je eu peur, enfant de tomber dans la cuvette ?

honoré daumier, un affreux cauchemar, 19th century
honoré daumier, un affreux cauchemar, 19th century