Études à Vincennes en histoire et logement économique

solex 3800. annee 1966

Acquisition d’un Solex

J’ai acquis un Solex pour me déplacer facilement partout dans Paris et sa proche banlieue, qui sera bientôt remplacé par un Cady… Cela suppose que je me transporte seule.

Mon Solex ressemblait à celui-ci :

solex 3800. annee 1966
solex 3800. année 1966

et mon Cady ressemblait à celui-ci sauf que le mien était bleu

motobecane cady
motobecane cady

Il était plus stable que le Solex dont le centre de gravité étant en haut au niveau du guidon le rendait un peu dangereux par son centre de gravité trop, je me sentais en meilleur équilibre avec le Cady et j’ai parcouru Paris en tous sens.

Faculté de Vincennes en histoire

Mais pour aller à la faculté de Vincennes, quand j’habiterai proche, je traverserai le bois seule à pied le soir tard, ce qui effrayera mes amis étudiants, parce qu’il y aurait de la prostitution dans ce bois… mais je ne l’ai jamais vu, et j’adorais marcher à travers ce bois de jour comme de nuit. Pour l’aller il y a un bus qui part de la Porte de Vincennes, toujours rempli à bloc d’étudiants, qui laissait toujours penser qu’il allait basculer…et se renverser !

Pour une charge locative la moins chère possible et proche de la fac de Vincennes je loue un logement à demi meublé de deux pièces, WC sur le palier, une cuisine, je vais donc aux bains publics pour me laver, ou sinon je fais chauffer de l’eau sur le réchaud électrique à deux feux et un minuscule four, et me lave dans une grande bassine rouge. Mon fils à la possibilité de se laver chez sa grand-mère.

Logement économique

Ainsi dans ce logement chauffé à l’électricité pour lequel je paye 400Frs par mois de loyer, je dois laisser mon fils seul un soir sur deux pour mes cours à Vincennes. Nous dinons ensemble avant que je parte. N’aurait-il pas été mieux à Montgeron ? C’est quoi ce drôle de père, qui ne s’est jamais préoccupé des maladies d’enfance de son fils (scarlatine, rougeole), indifférent à son éducation, et qui tout à coup refuse de payer 100Frs de plus par mois pour la meilleure éducation qui soit ? Quelle est sa motivation exactement ? Elle ne peut être à cause de son budget puisque je sais qu’il a un salaire dix fois plus important que le mien. Juste pour m’embêter ? Me faire plier … à quoi ? que je n’étudie plus à Vincennes ? N’a-t-il rien compris à mes motivations alors qu’il m’a pourtant vu prendre des cours en auditeur libre dès le début de notre mariage, puis prendre des cours de comptabilité par correspondance durant trois ans tout en travaillant à mi-temps…

Emplois chez Papillard, puis Soulez-Larivière

Tout en poursuivant mes études à Vincennes, pour gagner ma vie je travaille à mi-temps ou à trois quart de temps chez des avocats, dont Me François Papillard qui organise des expositions au château de Vascœuil dont il est propriétaire, de grands peintres modernes dont Vasarely, à grands frais !

…Je découvrirai à ma retraite que cet avocat, bien que me délivrant des feuilles de salaires chaque mois, ne me déclara jamais à la sécurité sociale, ma retraite en sera amputée d’autant. Puis ce sera chez Me Soulez-Larivière, durant environ une année, et lui me déclara !

Jean-François et Jean-Jacques Porchez

Heureusement la mère de Jean-Jacques prend souvent Jean-François le week-end, mais elle le gâte trop, cela m’agace un peu car c’est du genre à courir après lui « armée » d’un yaourt pour qu’il veuille bien être nourri à la becquée !

Un jour elle me demandera si son fils ne se serait pas mal conduit avec moi du temps du mariage… car elle vient de découvrir une lettre de sa fréquentation actuelle, qui d’ailleurs s’appelle aussi Annie, qui se plaint de son comportement… je lui avoue donc que « oui » ! Sans lui en dire plus… je crois qu’elle a compris quelque chose, mais je ne saurai jamais exactement quoi.

Guerre des six jours en Israël 1967 désaccord entre juifs

israël et les territoires occupés par israël durant la guerre des six jours

Des juifs ex-porteurs de valise en désaccord sur la guerre des six jours

Je me souviens plus particulièrement d’une réunion amicale dans un modeste château appartenant à l’un des amis de Jean-Jacques, peu après juin 1967.

Ils ont tous, plus ou moins, été porteurs de valise pour soutenir le FLN et condamnés par la justice française.

Au cours de cette réunion échauffée par les récents événements de la guerre des six jours, nous échangeons sur nos positions présentes et à venir vis-à-vis d’Israël.

Nous sommes tous contre cette guerre… Sauf un, Philippe.

Ce prénom dénotant le choix de ses parents de le protéger parce que né durant les années 1940.

« Petit Juif » de athée devient croyant et pratiquant la religion juive

Ce Philippe a pour surnom « petit juif ». Pourquoi ? je suppose qu’il devait se revendiquer plus juif que les autres. Bien que tous soient athées… jusqu’à ce jour de juin 1967.

Car Petit juif est le seul à prendre parti pour Israël.

Les autres compagnons ne se fâchent pas avec lui et ne prennent pas une position hostile à son égard, mais le mirent en boite tant et plus. Dès lors il devint pratiquant et épousa, le seul de la bande, devant un rabbin dans une synagogue, une femme croyante et pratiquante.
Tous, sauf Petit juif, restèrent fidèles à eux-mêmes : athées et anti-sionistes. Finalement le surnom avait été prédictif.

anti-sioniste : position de juifs sur Israël ce ne peut donc être un racisme contre quelque juif que ce soit étant eux-même des juifs !

Guerre des Six jours résumé sur Wikipedia :

La guerre des Six Jours s’est déroulée du lundi 5 au samedi et a opposé Israël à l’Égypte, la Jordanie et la Syrie.

Cette guerre fut déclenchée par Israël en réaction aux mouvements de troupes égyptiennes et à la suite du blocus du détroit de Tiran aux navires israéliens par l’Égypte le (les Israéliens avaient préalablement annoncé qu’ils considéreraient cet acte comme un casus belli). Le soir de la première journée de guerre, la moitié de l’aviation arabe était détruite ; le soir du sixième jour, les armées égyptiennes, syriennes et jordaniennes étaient défaites. Les chars de l’armée israélienne bousculèrent leurs adversaires sur tous les fronts. En moins d’une semaine, l’État hébreu tripla son emprise territoriale : l’Égypte perdit la bande de Gaza et la péninsule du Sinaï, la Syrie fut amputée du plateau du Golan et la Jordanie de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est. Plus symbolique encore que la défaite arabe fut ainsi la prise de la vieille ville de Jérusalem.

L’écrasante victoire d’Israël l’a également placé au rang de puissance militaire invincible au Moyen-Orient et lui a fait acquérir un immense prestige à l’échelle mondiale.

Les résultats de cette guerre, épisode du conflit israélo-arabe, influencent encore aujourd’hui la géopolitique de la région. Si Israël s’est depuis retiré de deux territoires occupés, à savoir le Sinaï et la bande de Gaza, deux autres ont été annexés, Jérusalem-Est et le plateau du Golan, — deux actes non reconnus par la communauté internationale — et une grande partie de la Cisjordanie est toujours occupée.

israël et les territoires occupés par israël durant la guerre des six jours
israël et les territoires occupés par israël durant la guerre des six jours

Israël et les territoires occupés par Israël durant la guerre des six jours

Orientation de notre engagement politique de 1965 à 1968

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La guerre du Vietnam

Après notre succès infructueux en matière de politique au PCF, nous commençons à militer pour la libération du Vietnam en adhérent aux Comités Vietnam de Base (CVB), d’obédience M-L (1) (Parallèlement se cré le Comité Vietnam national (CVN) d’obédience trotskiste (Krivine). Le Vietnam est en révolte depuis 1858 contre la colonisation française ; à partir des années 1950 les États Unis aident l’armée française en fournitures et conseillers militaires, puis les remplacent à partir de la défaire de Diên Biên Phu en 1954, durant laquelle ils les ont soutenus par leurs bombardements. De leur côté le Viet Minh a déjà à sa tête Ho Chi Minh en tant que président du gouvernement, et Vo Nguyen Giap en tant que chef d’armée.

Nous vendons à la crié le Courrier du Vietnam sur le marché du boulevard Auguste Blanqui (13ème arrondissement de Paris)

Voici une galerie de photos que j’ai prises lors de mon voyage au Vietnam en 2007 :

Congrès de l’UEC qui devient l’UJCml

Jean-Jacques s’abonne à la version française du périodique ronéoté Pékin informations.

Au début de 1966 à l’occasion d’un congrès de l’UEC, une scission nait sous le nom UJCml.

À la suite de la guerre d’Algérie et de différentes scissions de plusieurs mouvements de jeunesse :

  • Jeunesse étudiante chrétienne, Jeunesse ouvrière chrétienne,
  • de la contestation de la candidature de F. Mitterrand soutenue par le PCF,
  • d’une dissidence à l’intérieur du PCF contestant le stalinisme,
  • de l’UEC revendiquant son autonomie par rapport au PCF,

ses divers mouvements fondent l’UJCml qui se réunira principalement rue d’Ulm, dans les locaux de l’École normale supérieure. Tous ces militants contestent le stalinisme et admire la Révolution culturelle qui a commencée en Chine. Pour se différencier principalement du PCF nous nous diront en raccourci « ml » Marxiste-Léniniste. Nous nous joignons à ce nouveau mouvement et participons aux réunions.

Comité ML à la maison

Nous formons chez nous un comité ML où se retrouvent des militants d’horizons surtout étudiants, auxquels se joignent les ouvriers habitant dans l’appartement des prêtres ouvriers du bout de la rue ; ces ouvriers s’endorment vite durant nos réunions, épuisés par leur journée de travail, et bien que de bonne volonté, ne devant pas comprendre grand chose à nos réunions. Nous y étudions le Petit livre rouge, que chacun a acquis. Nous fabriquons aussi des affiches sérigraphiées dans notre baignoire et au sol de notre salle de séjour. Me voyant infligée une tâche ménagère supplémentaire avec toutes ces chaussures qui circulent chez moi, je demande à ce que chacun se déchausse à l’entrée.

___________

1- ML = Marxiste Léniniste

2-UEC = Union des étudiants communistes

3- UJCml = Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes

Née le lendemain de Pearl Harbor

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Née le lendemain de Pearl Harbor

Je suis née le 8 décembre 1941 à Vanves ex département de la Seine (soit hors les murs de Paris), intégré à la Seine-et Oise, puis les Hauts de Seine. Mon numéro de sécurité sociale contient le 75 autrement dit « la Seine » !

Ma naissance eut lieu chez une femme, pas loin du domicile familial, qui pratiquait les accouchements. Ma mère eut la pudeur de ne pas me parler de son accouchement.

Vanves

Nous habitions dans le grand immeuble qui surplombe « Vanves panorama » au fond faisant une sorte de barre haute, contenant sept parties chacune avec son entrée et son escalier (qui depuis quelques années s’est vue ajouter un ascenseur, alors que de mon temps nous montions les sept étages, au 6ème (au-dessus d’un entresol, soit 7 étages) sans ascenseur. Sur le côté gauche on peut voir le lycée Michelet, réservé aux garçons de mon temps.

Pearl Harbor : 2de guerre mondiale

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Je suis donc née le lendemain de Pearl Harbor (attaque par les Japonais de ce port, ce qui déclencha l’engagement des États Unis d’Amérique dans cette seconde guerre qui devint mondiale, alors qu’elle sévissait en Europe et en Asie – en Chine plus particulièrement envahie par les Japonais, depuis 1935, qui continuèrent leur envahissement jusqu’en Birmanie): certes je n’en eus pas conscience, mais cela eut une certaine répercussion, tout au moins morale et de souvenirs divers, sur ma vie.

Il me reste quelques traumatismes des bombardements, des séjours dans les caves de l’immeuble, assis sur des bancs. Qui me revinrent particulièrement le 24 février 2022 lors de l’attaque de l’Ukraine par le Russie. Et me déclencha une dépression nerveuse pour laquelle je suis soignée par antidépresseur.

Mes parents s’entendaient bien, mon père adora sa femme, ma mère, toute sa vie.

Ma mère était peu démonstrative à son égard.

Ma sœur

J’avais une sœur, toujours vivante à ma connaissance, née le 31 mai 1931. Elle me garda rancune toute sa vie d’avoir eu « le culot » de naitre ! Elle médit de moi auprès de chaque membre de la famille, dont mon fils.

Alors que quand je pris conscience de sa jalousie perpétuelle à mon égard, je m’écartais de sa fréquentation dès le début des années 1970 : autrement dit tout ce qu’elle peut dire à mon propos ne peut être que pure invention !

Italie

Les parents de ma mère, Alda, étaient tous deux nés en Italie : Anita à Rome, son père Giovanni à Bologne. J’en parlerai en son temps.

À la sortie de la guerre elle partit avec moi, âgée de 3 ou 4 ans, pour l’Italie pour rendre visite à sa mère à l’article de sa mort. Il parait que je me mis à parler couramment italien. Certes nous dûmes y rester quelques mois. Je fis la connaissance de mon oncle, Jordano, frère cadet des 4 enfants de ma grand-mère. Je revins enthousiaste de l’Italie… pour de longues années.

Je proclamais « je suis italienne » dans la classe, je ne sais ce qu’ils en pensaient, n’ayant aucun souvenirs de ces moments ! Il faut rappeler que les Italiens étaient aussi méprisés que les Arabes de nos jours, en voici une preuve :

interdit aux chiens et aux italiens
interdit aux chiens et aux italiens

Accident et mensonge : ma naissance déc. 1941

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Accident de ma naissance : enfant non désiré !

Alda et René n’avaient pas prévu d’avoir un second enfant. Ils me donnèrent l’explication que c’était un accident du à la faute de la fin de la guerre et de leurs retrouvailles après la « drôle de guerre » et l’exode.

Ce qui déjà n’est pas très agréable à entendre pour une enfant qui se sent en trop, je ressens que je ne serai jamais aimé, ce que je confirme, mes parents se « débarrassèrent » de moi en toutes occasions, dont je parlerai au fil de cet autobiographie ! mais cette autonomie « forcée » me rendit aussi un grand service finalement pour mon autonomie que j’acquis très tôt, à mon insu.

Mensonge sur la date de ma conception

Mais ce calcul de la date de ma conception  est faux, puisque je suis née le 8 décembre 1941, le lendemain de l’attaque des Japonais sur la baie de Pearl Harbor, le jour de l’entrée en guerre des États-Unis.

Autrement dit j’ai été conçue fin février, voire début mars 1941, explications :

L’armistice avait eu lieu le 22 juin 1940, et même si René et Alda ont été durant quelques semaines sans savoir où l’un et l’autre se trouvaient, bloquée l’une par l’exode en Sarthe, l’autre quelque part dans l’Est de la France, ils se sont rejoints au plus tard vers juillet, voire août 1940, soit huit mois avant ma conception qui se fit vers fin février/début mars 1941,

c’est aussi le mois de conception de mon fils par viol en février… et il est né en décembre, comme moi

  • Pourquoi ce mensonge ? Je ne le saurai jamais.

Ce qui me resta toute la vie : je n’étais pas désirée et on ne m’accueillit pas avec une grande joie ! De plus je n’étais « qu’une » fille, il attendait un garçon pour lequel il était prévu le prénom : Pierre. Ils furent désemparés pour me nommer, ma mère me raconta que « la voisine » lui inspira le prénom « Annie », qui de fait était le prénom en français de sa mère « Anita ».

Certes je naquis dans une mauvaise période : la guerre, l’occupation, les restrictions.

immeuble de ma naissance
immeuble de ma naissance à Vanves

Est-ce que tous les enfants nés entre juin 1940 et août 1944 pour Paris, ou jusqu’en mai 1945 pour d’autres régions de France, n’ont été que des « accidents » mal aimés ?

Rationnement en France à partir de 1940

ticket de rationnement pain

En France c’est le rationnement

Le rationnement a commencé par les Allemands qui prenaient toute la production française tant alimentaire qu’industrielle pour l’exporter vers l’Allemagne à partir de 1940 (avec la collaboration de Pétain) et continua après la Libération jusqu’en 1949 : la France devant reconstruire son industrie, ses routes, ses voies ferrées, et la distribution des vivres produites par les agriculteurs se réorganiser.

Le rationnement à partir de la libération du territoire, qui s’opéra graduellement à partir de 1944 (1) était contingenté par famille selon le nombre et l’âge des personnes habitant sous le même toit, sous forme de tickets distribués aux familles. Au moins après la libération le trafic par collaboration avec l’occupant n’était plus possible.

ticket de rationnement pain
ticket de rationnement pain

Tout était rationné en France jusqu’en 1950 :

le pain, base de l’alimentation française, toutes les denrées alimentaires, et le charbon qui n’était plus produit les mines ayant été volontairement détruites par l’occupant allemand, si bien que non seulement les habitants n’avaient pas de quoi se chauffer, mais surtout les industries ne pouvaient tourner faute d’énergies et le transport par train à vapeur ne pouvaient rouler faute de charbon.

La plus grande partie du territoire français était en ruine tant les routes que les immeubles au sol sous forme d’immenses tas de cailloux. Il m’en reste quelques images dans mes souvenirs.

Des paquets de riz envoyés depuis Milan

Je me souviens que des colis nous arrivaient depuis Milan, où habitait mon oncle Giordano, durant les années 1940 et 1950 ; ce qui reste mystérieux parce que l’Italie subit sévèrement aussi la guerre et de plus devait se relever du fascisme du au ; à moins que les plaines du Pô où se cultivaient le riz, n’aient pas trop soufferts.

milan bombardée et réduite en ruines pendant la seconde guerre mondiale
Milan bombardée et réduite en ruines pendant la seconde guerre mondiale

J’ai quelques souvenirs de l’Italie de fin de guerre puis de celle des années 1950. Souvenirs renforcés par la vision des films du néoréalisme (Roberto Rossellini, Vittorio De Sica) à partir des années 1945 tant que par la littérature (Elsa Morante, Pier Paolo Pasolini) qui décrivait ce petit peuple des rues d’une Italie pour ainsi dire misérable :

le peuple d’Italie n’ayant plus de quoi se nourrir, les enfants faisant de la petite contrebande de cigarettes dans les rues ; la France était détruite et pauvre, l’Italie devait se relever du fascisme et de la guerre qui la traversa du Sud au Nord par la reconquête de mois en mois, à partir de 1943, par les alliés, la prostitution n’était souvent que le seul recours des femmes pour nourrir leur famille.

Ces colis contenaient des petits sacs de coton quadrillé de couleurs (vert clair, rose, jaune) finement cousus pour résister au voyage depuis Milan. Ils contenaient un kilo de riz. Mon oncle, célibataire, prenait sans doute ce parti de nous aider parce qu’ils savaient que nous étions une famille de quatre personnes dont deux enfants.

Peut-être en faisait-il autant pour son autre sœur vivant à Reims avec sa famille comptant aussi deux enfants. Ces colis étaient une joie visuelle et de nécessité absolue, et du changement de l’ordinaire totalement insuffisant pour nourrir un être humain adulte le rationnement n’apportant que la moitié de ce qu’il est indispensable pour survivre. Pourtant pendant et après guerre l’Italie n’était pas plus « riche » que la France, voire l’inverse, ce pays ayant vécu le régime de Mussolini fondateur du fascisme . Moi, née durant la guerre et donc ne connaissant que le tapioca depuis toujours, j’avais quelque résistance à apprécier ce met qui me paraissait sans aucun attrait, malgré son magnifique emballage.

Alda va à Milan voir sa mère en 1945, je l’accompagne

C’est donc à Milan que Alda se rend aussitôt que la fin de la seconde guerre mondiale le permit, en 1945. Sa mère est malade, ce sera la dernière fois qu’elle la verra, et sans doute ne l’a-t-elle pas vu depuis qu’elle était parti pour Reims, à la mi des années 1920.

La guerre fut une période délicate pour les frères et sœurs le cadet Giordano se battant dans les rangs de l’armée de Mussolini contre ses sœurs qui vivaient en France. Mon oncle était déchiré de devoir se battre dans les Alpes contre les Français.

Je n’entendis jamais aucun propos raciste dans ma famille. Elle ne parla du racisme qu’elle avait subi qu’à partir de la seconde Guerre mondiale car l’Italie se battait contre la France à ses frontières sud.

Ma mère se rend à Milan quand l’armistice le permet, en me prenant avec elle, alors âgée d’environ quatre ans : elle a apprit que sa mère est malade et va probablement mourir.

De ce voyage à Milan en 1945 est restée dans ma mémoire la chambre où vivait cette grand-mère. La pièce était coupée en deux par un rideau. D’un côté le lit où elle était couchée, de l’autre, où donnait la porte d’entrée, une sorte d’évier/lavabo. L’immeuble était de deux ou trois étages, le deuxième où était située la chambre, comportait une coursive donnant sur une cour où s’ouvraient toutes les chambres ou appartements. Je jouais dans cette cour avec des enfants Italiens. Comme tous les enfants comme instinctivement doués pour les langues étrangères, je pratiquais l’italien pour communiquer avec les enfants.

Mon oncle, Giordano, en fut charmé, mais je l’oubliai aussi vite que je l’avais appris, pour non pratique, ma mère ne le parlant pas du tout, en fait ne connaissant pas cette langue, sa propre mère, Anita, ne devait jamais lui parler qu’en français pour son intégration dans le pays où ils vivaient. L’italien s’était donc perdu dans la famille vivant en France dès les années 1920, regrets.

En revenant en classe après mon voyage de quelques mois en Italie, je clame fièrement : « je suis Italienne ». Je le clamerai plusieurs années. Puis j’oubliai, préférant un « je suis Méditerranéenne » pour me distinguer de l’ambiance nord-américaine, de l’époque. Une forme de revendication de différence, d’identité particulière, faire un pas de côté pour déranger les autres, en effet cela provoquait un arrêt brutal de toute conversation avec mes interlocuteurs.

Malheureusement « dotée » de la forme de handicap qu’est la dyslexie, et malgré mes efforts, je ne pus jamais parler italien à mon grand regret. Malgré tout je pouvais lire et comprendre des journaux quotidiens. Ce qui me sera utile à l’occasion d’une annonce historique (2).

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Notes :

(1) – débarquement en Normandie le 6/06/44, libération de Paris le 24/08/44, puis l’Est progressivement jusqu’à la capitulation du 8 mai 1945 à Berlin.

(2) – je ne l’avais pas autant perdu que je croyais en effet durant la chute du mur de Berlin, en octobre 1989, alors que j’étais en vacances en Turquie, sans autre information que le quotidien La Repubblica (seul journal qui arrivait dans cet hôtel), je lisais ce journal sans problème et pouvait communiquer mes informations à l’Allemande, qui comprenait le français, qui m’accompagnait !

René mobilisé en août 1939

réfugiés français sur la route de l'exode, 19 juin 1940

Déclaration de la guerre en août 1939

René est mobilisé

La France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne début septembre 1939. La mobilisation générale a été décrétée dès août 1939, René est mobilisé.

La guerre commence par une série de défaites aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg et dans le Nord de la France le 10 mai 1940. Les Belges, Luxembourgeois, Hollandais quittent leur maison et leur pays et traversent le Nord de la France puis Paris pour se diriger vers le Sud, sans but défini sinon fuir les Allemands qui avancent très rapidement et occupent chacun de ces pays.

Défaite sur la Somme en juin 1940

Après la défaite sur la Somme de juin 1940 les Parisiens s’agrègent à cette cohorte, la grossissent, trainant eux aussi des charrettes, des vélos chargées de matelas, vêtements, nourriture, voire sur leur dos : Sur Wikipedia on peut lire :

L’exode de 1940 en France est une fuite massive de populations belges, néerlandaises, luxembourgeoises et françaises en mai-juin 1940 lorsque l’armée allemande envahit la Belgique, les Pays-Bas et la majorité du territoire français pendant la bataille de France, après la percée de Sedan. Cet exode est l’un des plus importants mouvements de population du XXe siècle en Europe.

troupes britanniques et civils belges route louvain bruxelles 12 mai 1940
troupes britanniques et civils belges route Louvain Bruxelles 12 mai 1940
réfugiés français sur la route de l'exode, 19 juin 1940
réfugiés français sur la route de l’exode, 19 juin 1940

La sœur de Alda descend de Reims avec ses filles

La sœur de Alda descend depuis Reims, accompagnée de ses filles, âgées de 10 et 2 ans, retrouve Alda accompagnée de sa fille Micheline âgée de 9 ans et prennent la route de concert toutes les cinq. Les foules sont apeurées, fuyantes, désorientées. Elles subissent sur les routes les bombardements des avions tant allemands que ceux des alliés qui leur répondent. Elles s’arrêtent en Sarthe où un couple les accueillent dans deux ou trois pièces disponibles, à la seule condition de coopérer aux tâches quotidiennes.
Micheline, 9 ans, doit faire le ménage !

Micheline en garda un très mauvais souvenir. Elle raconta toute sa vie qu’elle devait faire le ménage et que l’hôte passait son doigt sur les meubles et les portes, pour vérifier qu’il ne restait pas de poussière. Micheline avait 9 ans. Sans doute qu’elle n’avait encore jamais fait le ménage de sa vie ! Elle l’apprit là, un peu rudement sans doute. Cependant Micheline se rattrapa largement adulte quand elle devint mère de sept enfants…

On peut remarquer que ce ne fut donc pas l’exode qui « traumatisa » Micheline, mais de faire le ménage pour la première fois de sa vie ! Ainsi Micheline ne garda aucun souvenir de l’exode, des bombardements sur les routes, du manque de nourriture… apparemment juste une histoire de poussière sur des meubles !

…À moins que ce ne fut qu’un souvenir écran à d’autres souvenirs bien plus traumatisant.

Ma grand-mère Anita née au 19ème siècle à Rome

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Qui était ma grand-mère Anita ?

Qu’a-t-elle laissé comme trace sinon :

  • son départ, jeune fille, du domicile familial de Rome pour Bologne,
  • son état de mère de quatre enfants, deux filles deux fils, nés en Suisse puis en France, et sa mort à Milan juste après la 2de Guerre mondiale. C’est ce qui reste dans les registres civils, et c’est bien mince.

Un mystère plane sur sa vie quand on s’y penche pour essayer de la connaitre.

Fille du 19ème siècle

Son premier mouvement connu nous laisse perplexe :

la représentation que l’on a d’une fille de la fin du 19ème siècle vivant dans une famille bourgeoise de Rome est qu’elle vivait dans une sorte de cage. Non par contrainte physique, mais par contrainte de mœurs, contrainte tout aussi impérative que si elle était dans une cage ! Son avenir probable ne pouvait qu’être faire un beau mariage avec un homme d’une famille semblable à la sienne : romaine et bourgeoise. Anita fit autrement.

Histoire de l’Italie au fil des siècles

L’Histoire moderne de l’Italie est difficile à se représenter pour un Français républicain Jacobin dont le territoire, la France, s’est constitué par des guerres d’attaques, ou de défenses, contre tous ceux qui refusaient de reconnaitre sa volonté de constituer son territoire qu’elle voulait le plus grand possible sans références historiques mais à venir. Une ambition constante au fil des siècles, qui parait comme une évidence au temps présent, pas pour l’Italie

Dès lors, on se représente le territoire de l’Italie uni, c’est un peu plus compliqué pour l’Italie :

  • appelé « Rome » du Nord au Sud tel qu’il nous est familier durant l’Antiquité, durant laquelle elle conquit des territoires qui englobaient au nord l’Écosse, au sud le nord de l’Afrique, et à l’ouest tous les territoires jusqu’en Afghanistan.
  • jusqu’au début de l’État moderne tout en sachant qu’entre ces deux périodes il fut découpé en États divisés, voire ennemis, selon leur appartenance à la Grèce, Rome, aux Byzantins, Francs, Lombards, Sarrasins, Normands, Rome papale, puis sa Renaissance à partir de Florence, et enfin son Risorgimento au 19ème siècle pour sa réunification en un seul état du Nord au Sud.

    rome antiquite et moderne
    rome antiquite et moderne

Rome est une référence antique et papale : doubles entrées, antagonistes

  • L’Antique influence encore une grande partie de l’Europe par sa civilisation et sa langue. Les deux sont indélébiles. Ses monuments parsèment les pays modernes : l’Europe, le nord de l’Afrique (Tunisie, Algérie, Maroc), l’Asie mineure (ouest de la Turquie), une partie de l’Asie jusqu’en Afghanistan.

Ses institutions et le sens de la politique les ont inspiré et les inspirent encore. L’anglais, devenu langue internationale par la puissance de l’Angleterre puis des États-Unis, s’est construit à partir du latin tout comme le français, l’espagnol et le portugais parlés sur plusieurs continents, sans oublier le roumain parlé dans l’est de l’Europe.

L’Italie actuelle nous parait bien loin de ces représentations, il s’agit pourtant du même pays et des mêmes peuples, l’intégration partant de la Rome antique (Latium).

  • La papale, sous forme d’États pontificaux, fut une puissance territoriale et religieuse en un temps où le catholicisme ordonnait aux Princes, Rois, Empereurs.
  • Venise état autonome à partir de l’an 1000 auquel Bonaparte mis fin en 1797.
  • Sans oublier que Florence fut le centre majeur de la Renaissance (XVe et XVIe), et que l’art baroque y naquit ainsi qu’à Rome, Venise et Mantoue.

L’histoire de Rome y est inscrite dans chaque rue, chaque bâtiment, chaque quartier, et, à l’époque de Anita, elle est devenue la capitale de l’Italie, enfin unifiée.

Sans aucun doute Anita avait conscience de la grandeur de sa ville. Elle était cultivée. On le sait car elle est identifiée comme institutrice. A-t-elle reçu une formation spécifique pour exercer cette profession ou l’est-elle devenue sous la contrainte des circonstances ? À cette époque les filles mises dans l’obligation de gagner leur vie devenaient préceptrices dans une famille bourgeoise ou aristocratique fortunée. À moins qu’on la dénomma institutrice, terme générique, sans qu’elle ait forcément pratiqué cette fonction.

Anita avait au moins un frère cadet, Enrico, qui se manifesta concrètement dans un moment critique de sa vie pour la soutenir au cours d’une épreuve.