J’ai toujours lu plusieurs livres par semaine

Ma culture « tient le coup » !

Me voilà parcourant et choisissant, en les cochant, les livres qui feront le stock de départ de la livrairie.

Je suis presque surprise de connaitre 90 % des auteurs, voire des titres, en littérature et sciences humaines. Je dois cocher chaque titre choisi un par un sur ces listes pour constituer notre futur stock. En fait je suis rassurée : ma culture « tient le coup » !

Ma curiosité insatiable :

j’ai toujours lu plusieurs livres par semaine

Cette culture que je me suis construite en dehors de l’école, seule, bien qu’avec mes années à Vincennes, malgré une certaine dyslexie ou dysorthographie, soutenue par une curiosité constante, mes visites chez les libraires, mes feuilletages sur le étales, lisant les dos des livres, me constituant ma propre bibliothèque depuis mon adolescence, achetant depuis des années plusieurs livres par semaine, lisant en général deux livres à la fois dans deux domaines différents, l’un me « distrayant » de l’autre, genre : sciences humaines et littérature, ou policiers, pas les bandes dessinées que Philippe connait qui ne m’ont jamais attirée mais dont je vais prendre plaisir à découvrir les styles créatifs de chacune dans ma librairie.

J’ai déjà lu des milliers de livres !

Rythme de lecture que je soutiendrai durant des dizaines d’années. Un jour je me suis amusée à essayer de compter combien de livres j’avais pu lire… j’arrivais à plusieurs milliers dont très peu de policiers !

Mon budget livres a toujours pesé largement plus que celui des vêtements qui me laissent presque indifférente.

Quoiqu’il fallut assumer le paraitre indispensable dans les bureaux pour être prise au sérieux. De ce côté là je serai plus libre dans une librairie !

Prise de contact avec les éditeurs

Convoquer les éditeurs

Pour convoquer les éditeurs nous cherchons les adresses et téléphones dans l’annuaire jaune des professions et nous téléphonons à tous ceux que je connais par mes lectures.

Philippe sait que c’est à moi de m’en occuper, que j’aurai la responsabilité de la constitution du stock et de tout ce qui concernera le choix des livres… mais il n’y a pas que cela dans un commerce, il y a aussi le rapport aux clients, la présence, la gestion…

Rendez-vous avec les représentants

Nous prenons rendez-vous avec les représentants des éditeurs essentiels. Pour faire connaissance, discuter un minimum d’environ deux heures, voire l’après-midi entière pour les plus importants, est nécessaire. Ils reviendront régulièrement.

Nous apprenons la structure de la distribution des livres en France, plus particulièrement à Paris . Comment chaque éditeur dépend d’un distributeur qui est souvent un groupe rattaché à un éditeur principal, tel Sodis pour Gallimard (Folio, Pléiade, Futuropolis, Denoël, etc), Hachette (LdP, Grasset, Fayard, etc), UGE pour Plon (10/18, Presses-Pocket, Presses de la Cité, Bourgois, etc) le représentant est salarié par le distributeur, il nous présente donc le catalogue de chacun des éditeurs. Pour les autres éditeurs (Grund, Arthaud, Glenat, Gauthier-Languereau, L’école des loisirs, Casterman, etc) ils se distribuent eux-mêmes ou a un accord avec un grand distributeur. (1)

Nous ferons plus ample connaissance au fil des années. Nous trouvons un coursier qui assumera les commandes quotidiennes de chaque client, et qui, pour certains éditeurs, nous livrera les offices.

Le but de notre librairie

Nous leur exposons notre projet : une librairie de quartier sans spécialité. Ils nous parlent chacun de leur fond. Ils nous délivrent les impressionnantes listes de livres. Qui des bande-dessinées, spécialité où Philippe est plus calé que moi, qui de la littérature, qui des sciences-humaines, qui des livres pour enfants, ce en quoi nous avons tout à apprendre, les beaux-livres pour lesquels des éditeurs sont spécialisés, mais que tout éditeur a dans son catalogue, enfin quoi le fond d’une librairie est un vaste choix.

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(1) L’organisation et l’organigramme des éditeurs et leurs distributeurs qui sont cités ici correspondent au début des années 1970, tout a changé depuis !

Le local de notre librairie comporte un appartement

Situation du local de notre libraire

Le local est dans un groupe d’immeubles HLM du 12ème arrondissement et bénéficie donc d’un loyer bas comparativement à d’autres locaux. Le commerce qui a fermé était une chemiserie.

Enquête marketing

Appliquant ce que nous venons d’apprendre, nous faisons une enquête marketing auprès des passants devant la future librairie. Nous avons construit un questionnaire. Les réponses sont rassurantes.

Nous trouvons un bon menuisier

La superficie de 50 m2 est un peu juste, nous envisageons de faire construire une mezzanine pour agrandir la surface de vente puisque le plafond est à environ 3,50 mètres.

Nous cherchons et trouvons le bon menuisier qui construira sur mesure des bibliothèques et la mezzanine en bois précédée de son escalier. Sous cette mezzanine le plafond n’aura une hauteur que de 1,50 m environ, nous y installerons le rayon « enfant » qui pourrons s’installer tranquillement pour choisir et lire les livres de leur choix.

Le menuisier commence à travailler avec deux ou trois compagnons, ils ont pris les mesures, nous avons discuté ensemble de la profondeur et de la hauteur des bibliothèques, de la disposition de la mezzanine, de l’escalier ouvert qui y mènera, de l’emplacement de la caisse.

L’escalier de la librairie, avec des marches profondes et faciles à monter, aura 1,50 m de large, face à l’entrée mais après la caisse qui se casera derrière un renfoncement où nous serons comme cachés pour que les clients ne soient pas intimidés par notre présence ; dans l’angle opposé du local une large échelle, discrète, conduit au sous-sol, de la même superficie, et mène aussi à la chaudière à charbon dans un renfoncement, que nous changerons bientôt pour une chaudière à gaz dans l’appartement, car être réveillé la nuit par le bruit inquiétant de la chaudière à charbon qui ronfle n’est pas de tout repos !

Le père de Philippe nous aide financièrement, il sera toujours là pour arrondir nos fins de mois. Pas mon père qui reste indifférent. Ma mère viendra toujours sans rendez-vous, monopolisant tant l’espace que la parole au détriment des clients, nous devrons doucement l’écarter…

Le commerce comporte un appartement que nous rénovons

Une porte à l’arrière du commerce s’ouvre sur l’entrée et l’escalier de l’immeuble et nous conduit à notre logement juste au-dessus.

C’est un appartement confortable de deux pièces qui donne sur les espaces verts de l’arrière du groupe d’immeubles.

Nous entreprenons de rénover tout l’appartement.

Nous commençons par décoller la moquette et découvrons un beau parquet de pin que nous grattons puis cirons.

Nous refaisons les peintures dans toutes les pièces, nous montons un des meubles à étagères de l’ancien commerce pour en faire notre bibliothèque.

Nous remplaçons la baignoire sabot par une grande baignoire.

La chambre sera la notre, nous aménagerons un espace avec lit d’une personne dans le séjour, qui est grand, pour Jean-François.

Construire une librairie

ifocop

Bilans de mes cours à l’IFOCOP

Durant les cours de formation permanente qui durèrent 9 mois à l’IFOCOP j’avais suivi des cours d’anglais, et de gestion d’entreprise, comprenant, pour moi, une révision de la comptabilité, dont j’avais le CAP.

Alors que j’avais raté entièrement ma scolarité du fait de ma dyslexie je m’étais découverte parmi les meilleures élèves  : 1ère ex æquo avec une autre femme en gestion d’entreprise, et dans les premières en anglais alors que je m’y croyais nulle ! Ces résultats me donnèrent des ailes : j’avais enfin confiance en moi à 34 ans, les cours en histoire à Vincennes, ne m’avaient pas donnée de telles ailes ! Et cette confiance sera « pour toujours » (1)! Comme quoi il n’est jamais trop tard !

Construire une librairie

Ainsi je décide de construire ma propre entreprise… mais dans quel domaine ? Je lis depuis le plus jeune âge, remplie d’une curiosité insatiable, je chine sur les boulevards Saint-Germain et Saint-Michel dont les trottoirs offrent une diversité de choix… ainsi je décide de mettre sur pied une librairie ! (quelle ambition !). Cependant je n’ai pas le premier sou vaillant à investir ! Et très vite je comprends que mon père ne m’aidera pas ! Il existe une autre solution :

  • trouver des investisseurs qui seraient intéressés aux bénéfices ! Je fais le tour de « mes collègues » et je trouve plusieurs volontaires, dont le prof d’anglais !

Il me faut trouver aussi un collaborateur qui construira cette librairie avec moi ! très vite l’un se détache : Philippe. Il était parmi les meilleurs élèves, c’est un homme qui a 13 ans de moins que moi, dont les parents sont commerçants sur les marchés, il a ainsi une certaine familiarité avec le « petit » commerce familial.

Je décide que la forme de cette entreprise sera en SARL, ce qui nous permet d’avoir deux salariés : Philippe et moi. Les associés seront chacun de nous, et les investisseurs que nous avons trouvé.

Philippe est un homme agréable de contact, gentil (attention pas mou !), sans rigidité, ouvert pour tout apprendre… ce qu’il va lui falloir car il a peu de culture littéraire, mais il connait, ce que moi je ne connais pas, : les bandes dessinées, il en construira un rayon extra !

Recherche d’un local pour une librairie

À partir de la fin des vacances d’été de 1975, Philippe et moi commençons à chercher un local et en visitons plusieurs dans divers quartiers de Paris.

Pour moi, Philippe, fils de parents commerçants alimentaires, a des connaissances commerciales que je n’ai pas. Je le laisserai décider du choix de l’emplacement de notre future librairie.

Ce fut mon tort car l’alimentaire peut supporter des concurrents proches, pas une librairie, et nous ne faisons pas « l’inventaire » des concurrents des quartiers proches du local que nous choisissons. Une plus particulièrement : Atout livre, très proche de notre commerce, qui fait partie d’une petite chaine de librairies, elle nous freinera dans notre développement…

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(1) quoique j’avais commencé à acquérir une telle confiance dans mes emplois de secrétaire d’avocats et dans ceux dans la sphère de Pictet, qui m’estimaient. Devrais-je rajouter que l’école de la République n’avait pas rempli ses devoirs ?

Août 1965 : voyage en Chine compagnie de Siné, Marceline Loridan

minesshanxi : ouvriers sans travail

Jean-Jacques organise les premiers voyages en Chine

Dans le cadre de son travail, Jean-Jacques organise le premier voyage de Français en Chine en 1965, suite à la « reconnaissance » de ce pays par de Gaulle. Nous nous y rendîmes en août. Notre fils est confié à ses grands-parents.

Quand je dis « premiers » il est bon de préciser que c’est en comptant à partir de la révolution chinoise de octobre 1949 ; Durant les siècles précédents, plus particulièrement au 19ème siècle les Occidentaux ont occupés et se sont appropriés de grandes parties des grandes villes : Shanghai, Pékin, Canton pour les principales.

je prends le parti de ne pas  entreprendre une Histoire de la Chine ! que vous trouverez dans un grand choix de livres :

  1. Pearl Puck : tous ses « romans » (c’est par elle que j’ai « connu » la Chine à partir de mon adolescence, vers 1950…) elle a vécu en Chine au 19/20ème et a reçu le prix Nobel de littérature.
  2. John K. Fairbank et Merle Goldmann Histoire de la Chine, Tallandier, 2010
  3. Lucien Bodard, qui est né en Chine, : un tas de livres ! avec souvent un humour grinçant
  4. une foule de livres sont parus pour traiter l’évolution des partis, idées, conditions en Chine à partir de la fin du 19ème, avec une concentration autour de 1949, puis de 1965… la liste est trop longue !

le Transsibérien

Atterrissage à Moscou ; nous embarquons dans le transsibérien chinois, traversant la Sibérie une fois par semaine jusqu’à Pékin, ils se relaient russe/chinois.

Nous sommes logés dans un compartiment pour nous deux. Nous allons prendre nos repas dans le wagon restaurant qui change de chef et de choix de cuisine au fil des provinces que nous traversons, par exemple en Mongolie on nous sert du lait de jument, qui nous parait aigre, nous accoutumés au lait de vache, doux.

À chaque halte les responsables de chaque wagon, Chinois car ce transsibérien est chinois, ils se relaient avec les Russes, sortent les premiers pour nettoyer les barres d’appui des mains pour descendre les trois marches et lavent les vitres extérieures du wagon dont ils sont responsables. Ils « veillent » sur nous durant le voyage, nous servant de l’eau chaude dans nos tasses garnies de feuilles de thé vert.

Montent et descendent les habitants de chaque contrée, chacun avec ses provisions d’habitudes alimentaires, ses vêtements typiques. Nous gardons l’heure de départ de Moscou, nous changerons nos montres à l’arrivée à Pékin, nous sommes ainsi en décalage de plus en plus prononcé au fil des six fuseaux horaires.

Marceline Loridan et Siné

Nous faisons la connaissance de nos voisins : Marceline Loridan et Siné. Nous ne reverrons plus Marceline, sur le bras de laquelle je découvre pour la première fois l’impression de chiffres sur le bras, par contre nous ferons tout voyage en compagnie de Siné à qui il arrivera une mésaventure :

Il disparut de notre groupe durant deux à trois jours, nous fûmes inquiets car informés en rien.

Après recherche d’un symbole de la Chine à mettre sur les cartes postales qu’il envoyait en France à ses connaissances, Siné avait inventé un chat, symbole typique de ses dessins, assorti d’une bulle disant « mao », à la place de « miaou » (désolée je ne trouve aucun exemple de ces « miaou »…).

Elles furent interceptées à la frontière par un postier Chinois, en conséquence Siné fut convoqué par des responsables politiques pour injures faites à la personne de Mao. Il fut finalement relâché et laissé libre de poursuivre son voyage avec notre groupe ; c’est en riant qu’il nous raconta ce qu’il ne prit que pour un incident.

Les paysages qui m’ont le plus marqués sont ceux du désert de Mongolie qui n’apparait pas comme le Sahara avec des collines de sable, mais un plat infini de prairies cerné par un relief. La capitale Oulan Bator où des grandes tentes rondes constituent la majorité des habitations, sur le quai les passagers habillés de vêtements de tissu brillant aux couleurs vives et unies qu’on dirait en Occident « mal assorti ».

Enfin nous descendons à Pékin que nous visitons où j’apprécierai bien évidemment particulièrement la cité interdite et la grande muraille que nous visitons.

Nous poursuivons notre voyage à travers la Chine en trains et autocars pour visiter deux autres grandes villes :

  • Shanghai où nous habitons dans le Bund et où nous assistons à une pièce de théâtre en chinois, traduite en anglais écrit sur des bandes de côté ; on nous montre les marchés fournis d’un grand choix de légumes et de fruits.
  • Hang-Tchéou qui comporte un grand lac tranquille entouré d’arbres.

Nous nous rendons dans une commune populaire à l’ouest de Pékin, toujours accompagnés d’un interprète et d’un politique qui contrôlait aussi notre traducteur.

Nous habitons dans les luxueux hôtels construits par les Occidentaux qui ont occupé la Chine durant la seconde moitié du dix-neuvième et la première moitié du vingtième siècle.

Les Chinois n’ont pas vu d’Occidentaux, qu’ils appellent les « long nez », depuis au moins 1949, si bien que chaque arrivée de notre autocar, où que ce soit, est accueillie par une foule de Chinois qui veulent nous voir et nous toucher à chacune de nos descentes de l’autocar, puis celui-ci est poursuivi durant plusieurs mètres par cette foule.

Au retour, en avion, nous nous arrêtons à Moscou trois jours.

Un livre entier serait nécessaire pour raconter ce voyage !

Les voyages qui reprirent en 1966 assistèrent aux débuts de la Révolution culturelle, ils durent donc s’interrompre.

Les voyageurs assistèrent à quelques humiliations de bureaucrates dans les rues affublés de pancartes accrochés à leur cou, les mains attachées dans le dos.

En revenant, ils nous racontèrent ce qu’ils avaient vu, nous étions tous accablés, ne soupçonnant pas que ce n’était que le début de la lutte de pouvoir dans le PCC, Mao voulant reprendre le contrôle de l’État et du PCC, qu’elle durera une dizaine d’années et fera plusieurs millions de morts…

Galerie photos de la Chine

Voici une galerie photos que j’ai collecté au fil des années : on peut y voir les pieds bandés des femmes et leur chaussure, les candidats aux examens du temps de la Chine impériale, l’évolution du territoire chinois et ses provinces, et Pearl Buck auteur que j’ai lu à partir de mon adolescence et qui m’a fait connaitre la Chine telle qu’elle fut au 19è et 20è siècle.

Jean-Jacques Porchez nul en matière de film !

Jean-Jacques filme comme il peut, mais mal, zoomant à toutes occasions, ce qui rendait le film difficile à voir, donnant le tournis. Je travaillais plusieurs mois à le découper pour enlever le retour des zooms pour qu’il devienne visible. Cependant alors que je gardais ce film, précieux pour moi (je rappelle que je m’intéresse à la Chine depuis mon adolescence, alors que lui cela ne datait que de 1965 pour lui !), il me sera volé par mon fils qui le donnera à son père. Je ne l’ai jamais revu.

  • Mais quelqu’un me fera cadeau du sien en CD quelques années plus tard.

Je reprends études, emplois, lectures, j’apprends le bridge 1965

Reprises de mes études

Au début de mon mariage j’avais entrepris des études d’économie en fac en tant qu’auditeur libre puisque je n’ai pas le bac. Je les abandonne suite à la naissance de mon fils, Jean-François, le 4 décembre, dans une clinique du 20ème arrondissement.

En guise de remplacement à mes études d’économie, j’entreprends des cours de comptabilité par correspondance avec le CNT. J’obtiendrai mon premier diplôme : un CAP de comptabilité.

Je regarde les westerns le dimanche après-midi avec mon mari devant la télévision de ses parents, y prenant goût, m’identifiant aux hommes, rêvant de m’habiller comme eux surtout avec ces vareuses qui s’ouvraient sur le côté.

J’apprends à jouer au bridge les samedis et dimanches soir en compagnie de deux amis de Jean-Jacques. J’eus une brève aventure avec l’un d’eux en semaine durant l’après-midi, alors que Jean-Jacques travaillait.

Mes lectures : littérature, histoire, psychanalyse

Je continuai à lire, plus que jamais, de la littérature, découvrant de nouveaux auteurs, j’approfondis mes connaissances en psychanalyse en particulier en lisant Wilhelm Reich.

Jean-Jacques me fit découvrir le plaisir de chiner les bouquinistes des quais de la Seine ou chez ceux du centre ville de Paris. Intéressé uniquement de politique il m’initie à l’histoire sous un angle exclusivement politique et révolutionnaire (France, URSS, Chine) dont il commence à collectionner les ouvrages.

Je découvre enfin l’ampleur de la persécution des juifs (1) durant le nazisme par un livre témoignage sur Treblinka. Les premiers témoignages parurent au milieu des années 1960, jusque là personne ne s’y était vraiment intéressé en France.

En Allemagne, courant des années 1960, des procès sont instruits contre le personnel politique et les fonctionnaires qui avaient participé activement au régime nazi et étaient restés en place depuis la seconde guerre mondiale. Une purge est effectuée à tous les niveaux de l’État.

Emplois

Parallèlement je recommence à travailler, mais à mi-temps.

Je suis embauchée en tant que secrétaire d’avocat chez Me Jean-Paul Clément avant notre voyage en Chine.

Question ménage

Étant donné qu’il ne fallait pas espérer trouver une place dans une crèche, j’embauchais une jeune fille recrutée à l’Alliance française. Celle-ci est japonaise, et m’informe qu’elle aime faire le ménage : tout à fait étrange pour moi, car j’ai toujours détesté cela.

De plus je trouve qu’il n’y avait aucune raison pour que ces tâches soient réservées aux femmes, par exemple je mets les chemises de Jean-Jacques en machine à laver, mais s’il veut qu’elles soient repassées il n’a qu’à le faire lui-même, je les accroche soigneusement sur un cintre pour leur séchage, la suite n’est plus mon affaire.

Cependant j’ai vite compris que je ne peux compter en rien question ménage de la part de Jean-Jacques !


(1) je sais que cela parait surprenant actuellement, et pourtant personne n’en parla avant que l’Allemagne commença, enfin, à faire le tri dans son « armée » de fonctionnaires qui avaient pour leur grande majorité collaborés au nazisme. J’avais commencé à apprendre l’ampleur des camps en lisant un livre témoignage sur Treblinka, durant ma relation avec Jacques Abran, qui m’avait emmené voir le film de Alain Resnais Nuit et Brouillard, faute de quelques explications…

Lectures, Freud et ma dyslexie

sigmund freud, by max halberstadt

Découverte de Freud

J’achetais mon premier livre de Freud sur le conseil d’une camarade de classe, elle même informée par son frère ainé. J’avais juste 18 ans.

Inverti ? non introverti !

Je me trouvais devant une énigme. Il y était question d’ « introverti« , tout au moins c’est ce que je lisais, alors qu’en fait il était question de l’ »inverti« ! Cela avait l’air « grave » je m’en inquiétais, car dans la famille on me qualifiait d’introvertie. Ma dyslexie me fit lire « introverti » à la place de « inverti » qui était écrit ! Il s’agissait de l’homosexualité dont je n’avais jamais entendu parler et ne connaissais même pas l’existence de cette préférence sexuelle ne sachant déjà rien sur la sexualité la plus courante entre fille et garçon !

Dyslexique si affamée de lecture je lis par la photo des mots entiers !

En effet je compris plus tard que je lisais par la « photographie » des mots, par leur « dessin » entier.

Mes employeurs me dirent durant des dizaines d’années :

  • vous faites des fautes parce que vous ne lisez pas,

Malheureusement je les crus longtemps, persuadée qu’eux lisaient bien plus que moi, renforçant ainsi mon complexe d’élève nulle ! …je finis pas comprendre que je lisais bien plus que tous ces juges, tenant une moyenne de 1 ou 2 livres par semaines, et pas des romans roses et peu de policiers, j’arrivais vite à plusieurs milliers de livres… je le vérifierai quand j’ouvrirai ma librairie !

C’est à l’occasion d’un livre se passant en Corée du Sud que je compris enfin comment je lisais (début des années 2000). Les noms propres étaient complexes à retenir pour une dyslexique, genre : Kim Dong-Hwa, Yoon-sun Park, Kun-woong Park, Ji-young Gong, avec des ressemblances que j’avais du mal à distinguer ; au début j’ai bien failli lâcher le livre, mais le livre était intéressant d’autant que je ne savais rien sur le Corée ! Voulant absolument m’y retrouver entre chacun des personnages ayant des noms semblables…

Je compris enfin comment j’avais toujours lu : mes yeux photographiaient les mots/noms entiers par leur dessin spécifique, je n’avais jamais lu par lettre et/ou syllabe, mais par chaque mot entier ! Voilà pourquoi je continuerai à faire des fautes, mais écrire sur ordinateur connecté à internet m’a changée la vie !

Freud et la psychanalyse m’ont ouverte et sauvé pour la vie

sigmund freud, by max halberstadt
sigmund freud, by max halberstadt

Au début je ne comprenais rien, mais j’ai su dès les premières phrases que « c’était ça » ! Puis j’embrayais sur Wilhelm Reich « à la mode » durant les années 1960-1970 par le biais des recherches de William Masters et Virginia Johnson très à la mode en France durant ce qu’on appelle « la révolution sexuelle« … je reparlerai de mes lectures dans des billets spécifiques.

Ma mère surveille mes lectures sans les comprendre !

Ma mère inspectait la bibliothèque de ma chambre pour faire un contrôle sur mes lectures. Tout comme elle le faisait dans mes tiroirs avec mon journal. Mais je m’arrêtais vite de l’écrire car un jour elle se dévoila en parlant à table d’un sujet me concernant qu’elle était sensé ignorer. J’arrêtais aussitôt de tenir ce journal.

Dans ma bibliothèque elle remarqua « L’amant de Lady Chatterley » qu’elle jugea inconvenant par ouï dire car elle ne le lut jamais. Cependant de mon point de vue j’en avais été très déçue car j’espérais y trouver quelques réponses à mes questionnements sur la sexualité alors que je n’y trouvais absolument aucune explication.

Je lis aussi Baudelaire et Victor Hugo et je dessine

Je faisais des dessins de paysages d’une tristesse infinie : arbres morts dans un environnement de neige ; je dessinais le visage de Baudelaire d’après une photo. Je trouvais son visage intéressant. J’admirais les dessins de Hugo.

les bulgraves de victor hugo delagrave 1946
les Bulgraves de Victor Hugo Delagrave 1946

et voici la photo de Baudelaire qui me fascinait et que j’ai reproduisis, mais je n’ai aucun exemplaire de cet essai de dessin, regrets !

portrait de charles baudelaire 1862 etienne carjat
portrait de Charles Baudelaire 1862  par Etienne Carjat

Pourquoi ce portrait me fascinait-il ? il est bon de se poser cette question, de plus je n’avais aucunement conscience qu’il n’avait « que » quarante ans, âge qui me paraissait déjà « vieux », en ayant 81 au moment où j’écris ce billet je vois comme la perception de l’âge est des plus relatifs !

Musiques et lectures d’adolescente 1956-1963

ecriture de victor hugo

C’est dans la chambre du 2ème étage du pavillon de Viroflay que je commençais à m’instruire moi-même : disques et livres.

Musiques classiques et jazz peu de variétés française,… et je dansais… bien et avec un vif plaisir !

Je fis ma première « boum » vers l’âge de 14 ans… allant danser et hurler jusque dans la rue aux sons de Bill Haley jouant « Rock Around the Clock » sur un 45 tours avec d’autres copines ! Le rock ‘n’ rol débarquait en France en 1956 alors qu’il était déjà connu aux EU depuis 1952. Puis je continuais à danser dans les boums aux sons de Fats Domino, Elvis Presley, je fis connaissance du jazz, celui qui se dansait, le bebop ou 3_3_2 étant son rythme : Art Blakey, John Coltrane, Miles Davis (1ère formule), Thelonious Monk, Gerry Mulligan (faisant partie du groupe de blancs du « cool jazz« ), mais les théories de ces musiques me passaient au-dessus de la tête, ce qui m’importait était que j’en aimais le son et le rythme pour danser et avoir son plaisir vif dans le corps, avec uniquement d’excellents danseurs, sinon c’était NON ! Je dansais jusqu’à 40 ans, à toutes occasions, mais les boums je les arrêtais plus tôt jusqu’à la veille de mon mariage, mon mari n’ayant aucun sens ni du rythme ni de la musique en général d’ailleurs… et j’écoute encore ces musiques

Pour le classique Beethoven eut toujours et encore ma préférence, mais aussi Bach, Haydn, Vivaldi etc… peu Mozart, ni Liszt…

Quant aux livres !

Que de livres !

Dans un premier temps j’allais piocher dans la bibliothèque des parents, mais très vite ils m’ennuyèrent, quoique j’ai de bons souvenirs des livres d’explorations qui me passionnaient : chez les esquimaux, dans les montagnes, les explorateurs en Afrique, n’ayant aucune conscience que ceux-ci avaient un rapport avec la colonisation que j’appris plus tard. Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu du mal à déchiffrer tous ces textes, que j’absorbais plutôt avec avidité… alors que j’étais classée « nulle en orthographe, mise aux rebus parce que dyslexique » !

Ma mère, bien que n’ayant été que peu à l’école, lisait beaucoup et me faisait partager les livres que le libraire de la commune (Viroflay) lui indiquait, c’est ainsi que je lisais tout Pearl Buck, prix Nobel de littérature, qui me fit découvrir et aimer la Chine à partir du milieu du XIXème siècle jusqu’en 1949. J’appris par elle les mœurs des Chinois, la condition des femmes de la bourgeoisie enfermées, les pieds bandés, les mariages arrangés sans l’avis ni des filles ni des garçons, souvent très jeunes, parfois même les filles encore au berceau, pour s’allier avantageusement pour les deux clans, les filles partaient vivre dans leurs nouvelles familles. Les fils restaient dans la maison paternelle, et les filles ne voyaient pour ainsi dire plus leurs parents. Elles appelaient d’ailleurs « mère » la mère de leur mari… et la misère des paysans avec les famines qui se répétaient tous les 5 ans…

Grâce au train j’allais glaner des livres sur les étals des libraires du boulevard St Germain du temps où il était le quartier des intellos, avant qu’il devienne un lieu de modes ! ; je n’osais pas rentrer dans les librairies trop intimidée pour poser quelques questions aux libraires, ayant peur de paraitre ignare, entourée dans ce quartier par les écrivains et intellectuels célèbres qui en avaient fait leur pied à terre ! mais les étals étaient bien garnis et le « livre de poche » avait étrenné une collection à ma portée… il faut préciser qu’il n’indiquait rien sur l’auteur ou le texte comme il est fait maintenant, j’avais comme unique information d’ouvrir pour lire quelques passages à l’intérieur …

Je découvrais ce qui fera la base de ma culture pour la vie : Sartre tout particulièrement dont je lisais le théâtre et les romans, pas la philo, Roger Martin du Gard, Aragon, Gide, Baudelaire dont je dessinais le visage qui me fascinait… dois-je avouer que la poésie ne sera jamais « ma tasse de thé », par contre je devins avide d’Histoire…

Victor Hugo dont je parcourais le théâtre, la poésie, les romans… dans un livre paru en 1946 chez Delagrave… que j’ai encore… en piètre état, mais entier !

et comme je suis très conservatrice voici quelques exemples de ce que j’ai encore dans ma bibliothèque