Famille de ma sœur, Micheline : pratique du protestantisme intégriste

jean calvin

La pratique du calvinisme par la famille de ma sœur

Mon beau-frère était protestant calviniste pratiquant, lisant la bible tous les soirs, et bien sûr allait au temple tous les dimanches avec ma sœur et leurs enfants.

Il était contre toute contraception, sauf la méthode Ogino. Qui leur réussit si bien ! Ma sœur approuvait et appliquait cette mesure.

Quoique début des années 1970, vers l’âge de 40-45 ans, ma sœur m’avait dit qu’elle refusait tout contact sexuel avec son mari, qu’elle en était désintéressée ; « si jeune » me disais-je ? Pour moi la sexualité est vivante jusqu’à la mort. Comme pour le boire et le manger, la sexualité manifeste que l’Humain est en vie. L’abstinence ne peut qu’être une décision volontaire, en général par orientation spirituelle.

Années 1980 ils avaient de concert été chercher une de leur fille, Élisabeth, largement majeure, qui était partie en Martinique avec un amoureux, pour la ramener à la maison. Je ne connais pas la suite de l’histoire, mais l’allée retour Martinique avait fait date dans la famille. Pauvre jeune femme qui avait voulu fuir sa famille et que sa famille rattrapait pour la ramener dans le droit chemin pour une fille !

jean calvin
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Information de la pilule contraceptive à ma sœur

Début des années 1970, échangeant, à l’époque, librement avec ma sœur, je l’encourageais à prendre la pilule. Elle était déjà la mère de sept enfants.

Mon argument fut que moi-même je la prenais depuis 1965 sans effet particulier ; quoique je me faisais aussi poser un stérilet pour faire une pose de la pilule, mais n’entrais pas dans les détails de ma vie sexuelle, l’important était d’avoir une contraception efficace, ce qui n’est pas le cas de la méthode Ogino, ni d’ailleurs de l’autre possibilité du retrait qui stoppait l’acte d’amour de son aboutissement, quant au préservatif il ne peut qu’être occasionnel.

Je me souviens parfaitement que j’avais parlé de la pilule devant mon beau-frère et qu’il m’avait prédit les pires maux. Il se targuait de savoir de quoi il parlait puisqu’il était médecin.

Sauf qu’il était dans une spécialité tout à fait pointue : le diabète des enfants. Il s’agissait d’une opinion morale qu’il propageait comme d’un savoir médical. Il oubliait que sa femme, ma sœur, avait été enceinte 8 fois produisant naturellement une quantité d’hormones bien plus importante que ne peut le faire une simple pilule, sans compter la déformation du corps, puis le quotidien d’une telle mère de famille nombreuse qui n’avait pas une minute pour une quelque vie personnelle qui soit.

Mon beau-frère pense qu’une femme célibataire doit rester abstinente de tous rapports sexuels

Ce qui était exigé de moi par mon beau-frère, sans jamais me le dire, c’est l’absence de tous rapports sexuels avec quiconque, l’abstinence totale, parce que j’avais quitté mon mari, puis divorcée.

Que je dise prendre la pilule, alors que j’étais divorcée, avait choqué mon beau-frère qui décida que j’étais une femme de mauvaise vie.

Ainsi, depuis le début des années 1970 ma sœur et tout le reste de la famille avait décidé que j’étais une telle mauvaise femme, parce que prenant la pilule alors que j’étais célibataire, qu’il fallait arrêter de me fréquenter, évidemment sans m’en informer, sinon en m’ignorant, et faisant courir la pire opinion qui soit à travers tous les membres de la famille, mon fils compris, au fil de dizaines d’années.

De plus comme je n’avais jamais informé quiconque de la raison pour laquelle j’avais quitté mon mari, je suppose qu’ils en avaient déduis que je l’avais fait pour mener une vie dissolue. N’avaient-ils pas vu que j’avais maigri de plus de 10 kg pour cause d’anorexie ? Croyaient-ils que j’avais fait une cure d’amaigrissement ?

Il est à remarquer qu’ils avaient dès l’origine si peu d’intérêt pour moi qu’ils ne m’avaient jamais demandé le pourquoi de mon départ du domicile conjugal. Et moi d’une nature secrète, détestant me plaindre pour quelque raison que ce soit, je m’étais tue, par pudeur.

De quoi ma sœur Micheline a-t-elle été informé par son mari ?

Ma sœur avait-elle été complice d’une telle décision ? Ou avait-elle cru que c’était moi qui m’était éloigné d’elle, je ne le saurai jamais. Avait-elle approuvé son mari dans sa décision de ne plus jamais me voir, ni me parler, ni m’écrire ?
Il est en général désigné l’Islam quand on parle des mœurs exigés pour les filles et les femmes, mais il faut l’étendre aux protestants, catholiques et juifs quand ils sont intégristes (1)

Libération des femmes années 1967-1975 ?

Ainsi il faut instruire les jeunes générations que les fameuses années de la libération sexuelle des femmes, années 1967/1975, n’étaient pas aussi simples et joyeuses qu’il est imaginé ou dépeint par des non connaisseurs.

Moi femme qui vécut ces « fameuses » années, je peux témoigner que, certes je vivais dans une joyeuse illusion que enfin nous étions égales. Mais loin de là.

Il y avait non seulement l’égalité sexuelle à acquérir, dissuader les garçons qu’ils seraient les seuls à ressentir des pulsions sexuelles, comme me l’enseigna ma propre mère, ce qui me perturba beaucoup pour de nombreuses années, alors que ces pulsions ne sont pas fonction du sexe mais de l’individu ; que les salaires étaient toujours aussi inégaux et les charges familiales toujours en majorité sur les épaules des femmes.

Cette odieuse et ignoble réaction de toute ma famille témoigne que la sexualité des femmes était réservée à l’état marital et uniquement dans le dessein de faire des enfants. Rien d’autres. Et peu importait qu’ils soient musulmans, protestants, catholiques voire athées.

Pour mieux comprendre lire le billet précédent

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(1) lire La vie de Calvin, par Stefan Zweig, sous le titre Conscience contre violence, édifiant sur la rigidité du créateur du protestantisme de Suisse et France ; je présume que c’était ce genre de protestantisme qu’ils pratiquaient :

Genève est contrôlée par Calvin qui établit une sorte de régime théocratique cohabitant avec un État soumis à la volonté de la nouvelle Église. Les Genevois se voient alors interdire les chapelets, les crucifix, et toutes sortes de règles d’austérité leur sont imposées

Famille de ma sœur, Micheline, fils dépressif : suicide ?

Je vais à Niort voir ma sœur début des années 1970

À partir de ma séparation, en 1970, d’avec mon mari, Jean-Jacques Porchez, je repris contact avec ma sœur, Micheline, en allant la voir à Niort où elle habite avec sa famille, avec Jean-François, mon fils, quand il ne passe pas l’été avec sa grand-mère à Trouville, sur la côte Fleurie ; la dernière fois que j’avais vu Micheline, était à Paris au début de l’année 1964, alors que ma grossesse était à son début.

Je fais connaissance de ses six enfants. L’un, Gilles, me parait avoir des difficultés d’intégration dans la fratrie. En effet il est doué de ses mains, plus particulièrement pour la mécanique des motos dont il manifeste une passion. Le fils ainé de la famille, Emmanuel (1), sévère, rigide, a des relations difficiles avec lui, le mettant en boite, le moquant parce que « non intellectuel ».

Dépression non soignée de Gilles

Peu à peu Gilles tombe dans une dépression, non diagnostiquée et donc non soignée, dormant le jour vivant la nuit. Finalement ce fils cadet, adepte de Bob Marley qu’il écoute surtout la nuit, prenant son petit déjeuner vers 15heures de l’après-midi, trouve un emploi dans une commune du département où il doit se rendre en voiture. À son retour il a un accident mortel sur une ligne droite de la route, en percutant un arbre.

Moi je pense qu’il s’est suicidé mais je le garde pour moi. Par contre j’écris à ma sœur de longues lettres de compassions faisant référence à Dolto, à la sororité. Je vais à La Crèche où ils ont une vaste résidence secondaire, pour assister à son enterrement, faisant 1000 km aller-retour. Personne ne m’y parle, mais je n’y prête pas trop attention, ils ont d’autres soucis !

Aucune réponse à mes courriers réitérés

Par contre je ne recevrai aucune réponse à mes courriers. Durant des dizaines d’années, quand un événement familiale nous fait nous côtoyer, je demande à ma sœur pourquoi elle n’a jamais répondu à mes lettres…

  • « quelles lettres ? » me répond-elle.

Ce sera une énigme pour moi jusqu’à ce que je finisse par découvrir les raisons de ce silence qui s’aggravera au fil des années…

Il s’écoulera plusieurs dizaines d’années avant que je finisse par comprendre pourquoi toute la famille de ma sœur, généralisé à tout le reste de ma famille qui pense le plus grand mal de moi sans me connaitre (dont cousines et cousins à tous les degrés que je n’ai pas vu depuis ma petite enfance), jusqu’à mon propre fils, à partir des années fin 1990 début 2000.

J’avais cru avoir eu un peu d’échange affectif avec un ou deux de ses enfants (dont Élisabeth), les frères et sœurs de mon beau-frère que j’avais côtoyé durant mon adolescence (2). Ma sœur parle facilement… pour me démolir auprès d’une famille que je n’ai plus jamais vu sinon entrevu à de rares occasions durant ma petite enfance …et qui donc ne me connait plus et ne peut rien savoir de ma vie.

Eurêka : je comprends pourquoi ce silence

C’est à l’occasion, en 2015, d’une énième lettre destinée à ma sœur pour demander pour la ixième fois le pourquoi ce silence de ma famille entière qui m’ignorait qu’enfin je comprendrais. La lettre que j’écrivais était un peu comme une bouteille à la mer. L’ultime essai avant ma mort ou la sienne.

Après 40 ans de ce silence d’aucune réponse à aucun de mes courriers, ma lettre était un peu « nerveuse », genre « pourquoi un tel mépris, pourquoi cette méchanceté, ce silence ? »

Quelques jours après l’envoi de cette missive je reçus mon courrier en retour, mon adresse écrite sur une nouvelle enveloppe de l’écriture de mon beau-frère. Je me dis que le mépris était tel qu’ils refusaient même tout courrier de moi et me le faisait savoir en le retournant sans mot d’accompagnement, tel quel.

Puis je reçus un appel téléphonique de mon beau-frère m’informant qu’il avait écrit une réponse mais s’était trompé de lettre dans l’enveloppe, et commenta :

  • « je ne peux pas délivrer ta lettre à Micheline ».

Sur le moment je le pris comme il paraissait être ponctuellement et n’y pensais plus. Il me fallut une quinzaine de jours pour envisager l’ampleur de la signification de la réaction de mon beau-frère.

Censure de tous mes courriers à ma sœur par son mari

Je réalisais que, sans doute, mon beau-frère avait toujours ouvert le courrier destiné à ma sœur, que cette fois n’était pas une exception.

  • Ouvrait-il tout le courrier de ma sœur ou uniquement le mien ? Avait-il toujours jugé que je ne pouvais qu’être de mauvaise influence sur ma sœur ?

Ma sœur n’avait jamais reçu les courriers que je lui avais écrit après la mort de son fils. Elle ne pouvait rien comprendre à mes interrogations réitérées.

Ce coup de téléphone répondit en partie à mon interrogation. Ce que je ne saurai jamais c’est si ma sœur était complice, si elle avait elle-même voulu ne plus rien savoir de moi, mais alors je n’en comprendrai jamais l’origine, alors que si la censure n’a pour origine que mon beau-frère je l’explique tout à fait.

Ce que j’explique dans le billet suivant…

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(1) qui avait choisi en premier métier « responsable » sur les navires marchands, dont il déchantera…

(2) et qui avait essayé de me convertir au protestantisme, sans succès ; je pris le chemin inverse : je devins athée

Jean-Jacques Porchez indifférent à son fils Jean-François

Jean-Jacques indifférent à son fils Jean-François

Il semblait totalement indifférent à son fils même lorsqu’il était malade.

Par exemple un week-end durant lequel j’étais chez une amie à la campagne Jean-François tomba malade avec une forte fièvre : c’était la rougeole. Pas de médecin dans le village, un peu affolée je téléphonai à son père pour qu’il vienne me chercher. Il le fait puis me pose avec son fils et les sacs dans l’appartement et repart dans la minute vers sa réunion commentant :

  • -Voilà maintenant tu es à la maison

Je suis abandonnée laissée totalement seule

Je me sentis encore une fois totalement abandonnée, et comme au retour de mon accouchement, je m’écroulais là sur une chaise, le corps sans force, la tête vide, la solitude m’envahissant, il me semblait que je ne pourrai plus jamais me remettre debout. Mais la raison reprenait le dessus et je repartais.

Dans la vie quotidienne je me sentais dans un isolement total, livrée à moi-même. La psychanalyse que je lisais n’était que théorique, étudiant Reich ou Freud sans les relier à ma vie quotidienne, pas plus qu’à celle de mon passé. Étudier les théories comblait un plaisir purement intellectuel, les cas exposés étaient ceux des autres, pas les miens ni ceux de mon entourage. En fait c’était un moyen de m’enfuir de mon présent, et de ne jamais penser à mon adolescence.

Jean-Jacques rendait ma vie matérielle facile

il ne surveillait pas mes dépenses, bien que je n’avais pas de besoins superficiels.

Nous voyagions en France, en Espagne, en Tunisie où j’allais aussi avec Jean-François et des épouses avec enfants de ses amis.

Nous étions aussi actifs l’un que l’autre, lui accaparé par son travail dans le tourisme, moi par mes études, mes emplois variés, mes lectures, l’éducation de mon fils.

Nous étions rarement seuls : chine de livres ou restaurants accompagnés d’un de ses amis, réunions à la maison ou à l’extérieur, bridge le samedi soir ; Jean-Jacques se rendait à des réunions politiques durant tous les week-ends.

Il me suffisait de traverser la rue pour me rendre chez des amies passer les après-midi à échanger sur tout, sauf sur ma vie vide de sentiments envers Jean-Jacques, aller ensemble chiner chez Emmaüs. Je m’étais aussi fait une amie de la voisine de palier d’origine anglaise.

Je lui communiquais des recettes de cuisine italiennes dont je retrouvais les compositions par le souvenir des goûts de la cuisine de ma mère, je lui parlais de Simone de Beauvoir dont je venais de découvrir Le deuxième sexe, lui en lisant quelques pages.

Voyage en Suisse… avortement ? 03-1964

Ma famille ne se préoccupa plus jamais de moi

Pour ma famille j’étais casée. Ils ne se préoccupèrent plus jamais de moi, s’en étaient-ils inquiétés avant sinon de la conservation de ma virginité, je voyageais avec eux à travers l’Italie, et le plus souvent me payant des vacances sans eux tels mes séjours en Angleterre, ce qui à vrai dire me convenait parfaitement.

Ils ne me posèrent jamais aucune question de savoir si je m’entendais bien avec mon mari, si ma vie était heureuse !

Normal de la part de mon père qui ne se préoccupa jamais de ma vie, de ma sœur qui ne savait que me faire des reproches de n’avoir pas porté grand intérêt à ses enfants nés successivement tous les deux ans durant 15 ans, quant à ma mère après son comportement depuis mon adolescence j’étais sûre que je ne pouvais lui faire confiance en rien.

J’étais et restais seule, comme je l’avais toujours été en fait

Quand Jean-Jacques revint de Cuba il ne me posa aucune question concernant ma grossesse, si elle continuait ou si elle avait été arrêtée durant son absence par les piqûres auxquelles j’avais procédés…seule ! qui d’ailleurs n’aboutir à rien.

Nous étions  deux introvertis, ou trop pudiques concernant nos sentiments dont nous ne parlions jamais.

Mais avions nous des sentiments l’un pour l’autre ?

Moi je n’en avais pas pour lui, comme je le dis précédemment : je m’étais marié pour fuir ma famille…!

Et lui quel sentiment avait-il pour moi ? il n’en dit jamais rien !

Il ne compris pas l’ampleur de la solitude dans laquelle j’étais, mais cela l’intéresse-t-il ?

Voyage en Suisse… avortement ?

Dans le cadre de son travail il devait se rendre dans le Jura pour faire des prospections d’hôtels pour héberger des touristes pour les futurs voyages de sports d’hiver organisés par le voyagiste pour lequel il travaillait.

Il m’emmena avec lui…sans me dire pourquoi, je pensais que j’allais prospecter des hôtels avec lui, ce que je fis…

Jean-Jacques s’arrête devant une clinique

Il se dirigea vers la Suisse proche du Jura et me conduisit devant une clinique pour procéder à un avortement… sans en dire que je pourrais avorter là !

Je dois rappeler que l’avortement était interdit sous peine de prison en France, et qu’il n’existait aucun moyen contraceptif, sinon le retrait de l’homme avant éjaculation, ce qui était très aléatoire.

Sans donc prononcer aucune parole explicite, il arrêta sa voiture là devant l’entrée, il pleuvait, comme je me souviens encore aujourd’hui, bientôt 60 ans plus tard : la vitre du pare brise ruisselait.

Je restais immobile à ma place, je ne sortis pas de la voiture.

Ce fut une décision passive de ma part de ne pas descendre pour entrer dans la clinique.

Mais était-ce une décision ? n’était-ce pas le peur …d’un avortement…de l’interdit… de l’ignorance de ce en quoi cela consistait… je le regrette…

Nous n’avions jamais échangé aucune parole concernant un avortement éventuel.

Voulions nous ou pas de cet enfant ?

La question ne fut jamais posée entre nous. Quel avenir pour notre couple avec ou sans enfant ?

Mon mariage avec Jean-Jacques Porchez 31-01-64

Tout alla très vite :

  • fixation de la date du mariage pour janvier, soit six mois après que nous nous soyons rencontré,
  • recherche d’un appartement,
  • liste de cadeaux du mariage,
  • achat d’une bague de fiançailles choisie par sa mère

Choix de ma robe de mariée

Ma mère m’emmena chez une couturière pour me faire faire ma robe de mariée.

  • Elle me dit qu’elle m’informerait comment faire pour cacher ma non virginité à mon futur,
  • à quoi je lui répondis :
  • mais il le sait
  • et il t’accepte comme ça ?

Ma mère informa la couturière que je n’étais plus vierge et que donc le blanc était impossible pour moi, de plus la robe devait être des plus simples, je pourrais même dire « sommaire » !

Il était donc contradictoire dans les actes de ma mère de à la fois envisager que je cache ma non virginité à mon futur, mais de me vêtir d’une robe qui le dévoilerait à tous !

Ma sœur avait été mariée sur deux jours, une robe longue en tissu matelassé brodé de fleurs, des demoiselles d’honneur, dont moi.

Ma robe de mariée fut droite et aux genoux, tissu blanc malgré tout sur conseil de la couturière. Jean-Jacques me dit que le mariage était nécessaire pour plaire à nos parents… sinon… comme dans la chanson de Brassens : « La non demande en mariage ».

Et là ce fut Jean-Jacques qui démontra son incohérence entre son dit et ses actes futurs.

Jean-Jacques me fait connaitre à ses « amis » politiques

Il m’emmena chez ses bouquinistes préférés glaner quelques livres politiques, dans une imprimerie de la rue Geoffroy St Hilaire où avait été imprimé bien des tracts et journaux interdits durant la guerre d’Algérie. Nous fréquentons la librairie Maspero La joie de lire ; il commence à me présenter à ses camarades politiques connus en Algérie, Français (Tiennot Grumbach , Jean-Paul Ribes) et Algériens ;

Je fus plongée dans les divergences politiques, voire adverses, entre les uns et les autres, sans y comprendre grand chose.

Durant toutes ces rencontres j’étais, sans doute souriante, mais surtout muette, écoutante, enregistrant les nouveaux codes, les nouvelles façons d’envisager le monde.

Jean-Jacques travaille dans le tourisme

Il travaille à plein temps chez le voyagiste qui avait organisé la croisière en caïque, dans cet emploi pour organiser des voyages dans un premier temps pour les vacances d’hiver pour des groupes déjà formés (associations, communes) et bientôt des vols secs pour les États Unis.

Divergences sur nos goûts d’appartement

Il me charge de la recherche d’un appartement ; je me souviens de certains qui me plaisaient, un en particulier style art moderne, dans le 14ème arrondissement ; il les refusa tous et opta pour un appartement de trois pièces au 5ème étage dans le 13ème arrondissement, dans un immeuble moderne comportant trois bâtiments, qui avait la particularité de surplomber un triage du métro parisien dont on entendait le grincement des rames, et d’un classicisme très ennuyeux.

Ses parents payaient.

Liste de mariage

Nous allâmes choisir une liste de mariage :

  • linge,
  • batterie de casseroles,
  • assiettes,
  • vases,
  • machine à laver le linge,
  • aspirateur,
  • et tout ce qui est inutile… comme dans la chanson de Boris Vian !

Par nature je n’avais aucune attirance pour les biens matériels, qu’ils soient pour me vêtir ou pour meubler un appartement. Mes parents s’étaient meublés des styles Louis XV et Louis XVI, qui étaient très loin de mes goûts personnels, bien que je ne connaissais pas la gamme des styles de meubles. Jean-Jacques choisit un ameublement spécifique à la mode : des meubles en teck, qui me laissèrent totalement indifférente.

Mariage le 31 janvier 1964

Le mariage eut lieu à ma mairie, uniquement la famille restreinte était présente, le 31 janvier 1964, par un temps froid ; j’étais glacée dans ma robe légère, un châle en laine sur les épaules, ni ma mère ni la couturière n’avaient prêté attention au fait que mon mariage se ferait au mois le plus froid de l’hiver en France !

Nous marchâmes rapidement dans les rues pour rentrer au plus vite dans le pavillon de banlieue de mes parents.

Pour l’après-midi Jean-Jacques avait organisé une réception avec tous ses copains dans une salle du 6ème arrondissement, j’eus vite le tournis : tous ces gens inconnus de moi m’épuisèrent. Il ne m’avait pas demandé si j’avais des amis ou connaissances à inviter !

Il faut dire que mon amie d’adolescente, Claude, habitait La Réunion, que les autres, Irène et Brigitte, étaient des enfants de connaissances de mes parents, et que mes relations de voisinages chez qui et avec qui je dansais, n’étaient pas plus envisageable d’être invités : c’était un mariage, pour ainsi dire « en cachette » dans la plus stricte intimité dans la vision de mes parents, pas dans celle de Jean-Jacques.

Ce mariage me propulsait dans un milieu dont je ne savais rien. Je n’ose envisager qu’il était dans une norme extra européenne où la fille va vivre chez la famille de son mari, quittant à tout jamais son milieu familial et de connaissances !

Est-ce que le fait que je n’étais plus vierge eut une influence sur le choix de mes parents ?

Jean-Jacques Porchez se fait réformer de son service militaire 1963

clinique laborde vue du ciel

Mais avant de pouvoir se marier Jean-Jacques Porchez devait effectuer son service militaire.

Le service militaire en France années 1960

Certes la Guerre d’Algérie était terminée depuis juillet 1962, mais le service militaire ne s’arrêta pas pour autant.

Après avoir été de 30 mois durant cette guerre, il ne fut réduit à 16 mois que le 21 décembre 1963.

Du fait qu’il avait été travailler en Algérie en tant que professeur de physique chimie :

Après avoir passé deux certificats de physique-chimie, alors qu’il en fallait trois pour obtenir la licence, il s’était fait embaucher en tant que professeur pour une année scolaire par le nouveau gouvernement de l’Algérie libérée de la colonisation française depuis le 5 juillet 1962. Soit pas par la coopération française où le salaire eut été plus confortable mais le sens politique opposé.

… il n’avait pas terminé ses études puisqu’il lui manquait un certificat pour être reconnu professeur. Il n’avait aucune intention de terminer ce diplôme puisqu’il s’était engagé vers le tourisme, métier qu’il exercera au moins une dizaine d’années.

Citations de Wikipedia :

Le , la durée du service est ramenée à 16 mois, par décret. La notion d’objection de conscience est introduite dans une loi et les scientifiques du contingent font leur apparition en tant que tels.

Le , la loi Messmer, du nom du ministre des Armées, indique que le service n’est plus seulement « militaire » mais « national ». La loi prévoit quatre formes de service national : un service militaire, un service de défense, la coopération dans un pays étranger et l’aide technique dans les départements et territoire d’outre-mer. Le statut d’objecteur de conscience est défini comme une variante clairement codifiée du service national. Les conseils de révision sont remplacés par les centres de sélection et les « trois jours »

Il ne peut pas échapper au service national mais il se refuse à faire ce service. Alors il doit trouver une solution !

La clinique La Borde et Félix Guattari

clinique laborde vue du ciel
clinique laborde vue du ciel

Parmi ses camarades de militantisme il a des relations qui vont pouvoir l’aider. Ceux-ci le mettent en contact avec la Clinique de La Borde. Là il va pouvoir se faire réformer pour un déséquilibre mental monté en connivence avec Félix Guattari, psychiatre, engagé à gauche.

Réformé par les armées

Le service national de la réforme militaire délègue un médecin pour connaitre ses maux et le réformer définitivement : le voilà libre.

Pas d’autre solution que me marier avec Jean-Jacques Porchez 1963

demande en mariage

Il rentra à Paris quelques semaines après moi : son contrat se terminait fin septembre. Moi j’avais repris mon emploi rue du Rocher.

Jean-Jacques Porchez me demande en mariage

demande en mariage
demande en mariage

À son retour en France il vint me chercher à mon travail et nous commençâmes à nous fréquenter.
Très vite il me demanda en mariage.

Je n’en pensais pas grand chose, sinon qu’il était le premier à me faire une telle demande.

J’étais tout à fait incertaine, au prise avec la pression familiale, ne ressentant rien d’autre que de la sympathie pour lui. J’ignorais ce qu’était le sentiment d’amour ne l’ayant que présumé à l’occasion de ma relation avec Jacques que j’avais clos inconsidérément en prise encore avec le système de pensée familiale de la virginité pour une fille.

Mon mariage était pour ainsi dire obligatoire !

Le mariage était ce que mes parents m’incitaient à convoiter le plus vite possible. Ils m’avaient fait suivre une année de sténo dactylo pour attendre le mari. Je travaillais en attendant le mari. Aucun ne s’était présenté. Et moi je n’y pensais jamais, vivant au jour le jour, essayant vaille que vaille de diverger dans mes actes de la pression familiale.

La famille de Jean-Jacques Porchez

Je fis la connaissance de ses parents pour lesquels j’eus tout de suite une attirance, si différents de ma famille dans leur rapport à l’autre, tant leur fils que moi. Je ne sentis aucune pression d’aucune sorte. Du moment qu’on resta honnête on se sentait libre, vite accueilli dans cette petite communauté. Cependant en tant que fils unique, entouré d’une mère et d’une grand-mère, du moment qu’il avait choisi de me fréquenter, cela ne pouvait qu’être « bon » pour tous !

  • Pas d’homme,
  • mais une grand-mère et
  • une mère,
  • son père était mort durant son adolescence.

Ils habitaient avenue de Ségur dans le 7ème arrondissement de Paris, au 1er étage d’un bel immeuble.

L’appartement était vaste, distribué à partir de l’entrée : deux grandes pièces en façade, salle à manger et salon, plus une troisième la chambre de Jean-Jacques.

  • Est-ce à ce moment qu’il me montra fièrement sa collection de livres de Casanova qu’il se flatta avoir lu ?
  • Sa collection des plus de 45 tomes des œuvres de Lénine viendrait s’y ajouter plus tard, Marx n’étant jugé que secondaire puisqu’il n’en acheta jamais les écrits.

Un grand couloir longeait sur la gauche la cuisine et la salle de bains, pour mener sur la droite à la chambre de sa mère, et au fond celle de sa grand-mère. Sa mère travaillait en face au ministère du travail en tant que chef de service. Elle était donc le soutien financier de la famille, mais le chef de famille était la grand-mère. J’aurai bien l’occasion au fil des années qui allaient suivre de la connaitre.

Je crois que le mariage va me libérer de mes parents

Ne me voyant pas d’autre avenir que celui de me marier, pensant qu’enfin je serai ainsi libérée de la surveillance de mes parents, j’acceptai sa demande. Il se révéla que c’était un quiproquo : j’étais bloquée par mes parents pour tout avenir en célibataire.

Personne, sinon mes lectures, aurait pu me faire envisager un autre avenir que mariée, le célibat était inenvisageable.

  • Je ne me voyais ni rester vivre chez mes parents,
  • ni prendre une chambre dans Paris. Les seules chambres de célibataire que je connaissais étaient dans les combles, minuscules, sans chauffage, sans eau courante, le WC et l’eau sur le palier du couloir commun à toutes ces chambres.

Je n’ai eu ni le courage de rester chez mes parents où j’aurais eu tout le confort sans aucune liberté concernant ma vie sentimentale, comme je venais de l’expérimenter, ni de m’aventurer à me louer une chambre, à vrai dire m’auraient-ils laissée libre de le faire ? Il m’aurait fallu une force que je n’avais pas encore acquise.

1959-1963 Mon avenir pour mes parents : femme au foyer

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Année de sténo-dactylo en 1959

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Pour attendre le futur mari, qui subviendrait à mon entretien quotidien, moi subvenant, comme ma mère, à l’entretien de « son » intérieur, de ses vêtements (mais l’avenir montrera que je n’avais aucune attirance ni dons pour cet état) mes parents m’inscrivirent dans une école de sténo dactylo pour apprendre le métier de sténo-dactylo en une année, après mes années de classes toutes catastrophiques.

Je n’ai jamais pu intégrer la sténo : pour une dyslexique c’était inatteignable, par contre la dactylo, appris sur une Underwood, qui ressemblait à ça… ce fut pour toujours… comme vous voyez… et sur tous les modèles qui défilèrent depuis l’année 1959 (Olivetti, IBM, etc)…

J’y appris aussi les bases de la comptabilité… qui me sévirent aussi toute la vie.

Je ne devrais pas me plaindre car ils ne me mirent pas dans une école pour apprendre l’entretien d’une maison, repassage etc…

Me trouver un mari ingénieur

Mes parents, sur une intention de mon père, m’emmenèrent dans le bal d’une Grande école d’ingénieur, Les mines (je crois) le samedi après midi pour rencontrer le mari idéal selon la morale de mon père : un ingénieur. Choix non innocent de sa part car il garda toute sa vie le complexe de n’avoir pas de diplôme de grande école ; complexe injustifié de mon point de vue puisqu’il avait fait mieux : des cours le soir en plus de son travail par le CNAM. Et son diplôme d’ingénieur n’avait rien d’usurpé !

…sans doute pour le remplacer un jour ? ou plus simplement parce qu’il voulait compenser par mon intermédiaire son complexe de n’avoir pas fait de « grande école » ?

Mais ils n’y mirent que superficiellement les formes : je revêtis l’affreuse robe bleu clair (couleur qui ne m’allait pas du tout avec mon teint à tendance mat, héritage de ma mère) et plus non plus à ma taille car entre 13 ans âge où je la revêtis pour la première fois pour le mariage de ma sœur, et l’âge que j’avais atteint, 17 ans, j’avais pris 10 cm par an, partant à 10 1/2 la plus petite de ma classe à parmi les femmes dites « grandes » pour mon époque 1,67 m.

Ces bals se passaient les samedi après-midi. Mes parents eux se faisaient « chic ». Il y avait un immense buffet, et une salle de bal où dansaient les filles comme moi avec les futurs ingénieurs encore en études.

Malencontreusement je flirtais un peu trop rapprochée avec un garçon au sang chaud, mais n’ayant pas du tout l’allure escomptée : légèrement vulgaire… Ils ne m’emmenèrent plus jamais à ces bals, sans me faire aucun commentaire, mais sans doute déçus que la garantie « du garçon bien sous tout rapport » n’était pas confirmé !

Paradoxe de cette famille : ma mère parlait trop, ma mère m’emmenait dans son lit, mais il ne fut pas dit le but de ces bals, bien que c’était l’évidence. Famille de non-dits, ne s’exprimant que par des actes. L’acte qu’ils attendaient de moi : trouver un prétendant d’une grande école d’ingénieur n’étant pas rempli, ils arrêtèrent de m’y emmener.

Premiers emplois d’aide-comptable

J’ai commencé à travailler dans une grande usine métallurgique sur le bord de Seine, à Ivry. J’y étais aide-comptable. Je m’initiais là à la cantine, au café pris au milieu d’ouvriers, à l’immense salle où que des femmes écrivaient des chiffres sur des tableaux imprimés sur papier cartonné, un chef de bureau homme face à nous, et aux machines mécanographiques pour faire des cartes perforées. Je gagnais 400 Francs par mois, augmentés dès le 2ème mois à 500 Francs.

Je commençais mon instabilité dans les boulots puisque je n’y restais que 4 ou 5 mois. On me regretta et on me dit que c’était dommage car j’y avais un avenir, étant une bonne employée. Seulement Ivry était très loin de Viroflay : une heure de transport faite de trains et de métros avec changements, puis la traversée à pied d’un immense pont qui surplombait les voies de triage de chemin de fer de la gare d’Austerlitz et la Seine.

Je trouvais très vite un autre emploi, toujours d’aide-comptable, rue du Rocher proche de la gare Saint Lazare, dans un bureau nettement plus petit : trois employées, un patron et sa femme.

Devenir femme au foyer

Tout ce chambardement n’avait qu’un but : m’occuper en attendant le futur mari, ce qui ne tardera pas…

1930 Alda se marie avec René

le champ de bataille de 1916 conserve encore aujourd'hui la trace des impacts d'obus

René épouse Alda à Reims en 1930

René (1) a eu le coup de foudre pour Alda (2). René (3) avait rencontré Alda à la guinguette proche du domicile de la famille où elle était femme de chambre.

Jeune fille gaie, heureuse de vivre, mince, la tête auréolée de ses cheveux noirs frisés, Alda avait une élégance naturelle. Elle dansait d’instinct, René plus raide, lui marchait sur les pieds.

Elle comprit vite qu’il l’ouvrait à un avenir qu’elle ne pourrait envisager sinon, vu sa condition de femme de chambre dans une maison bourgeoise, de plus son âge de 21 ans allait bientôt la faire considérer comme « vieille fille » car non encore mariée.

Il était dans les mœurs de l’époque que les filles de condition modeste travaillent en attendant le mari idéal, pas d’autre choix quand on n’a plus de famille ; mœurs qui resteront jusques années 1960. Elle pouvait envisager un ouvrier qualifié, un employé de magasin, un serveur dans un restaurant, enfin quoi un homme d’une condition juste au-dessus de la sienne.

Elle avait eu un premier amour, originaire de la petite bourgeoisie de Reims. Il s’était tué en moto. Elle ne l’oubliera jamais vraiment.

René est inattendu pour Alda

Alda comprend vite qu’il a de l’ambitieux pour son avenir. René s’est formé à l’emploi de dessinateur par cours du soir et travaille dans un bureau d’études ; il continue à prendre des cours le soir au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) à Reims pour obtenir le diplôme d’ingénieur en bâtiment et travaux publics en trois ans.

Lui la qualifiait de « oiseau qui attend sur la branche ». Il était donc visible qu’elle attendait que la vie lui propose autre chose que son présent et son passé, assez lourd. Tous deux sont confiants en leur avenir.

René était destiné par son père à devenir serrurier en bâtiment, c’est à dire à fabriquer des ouvrages en fer forgé pour la décoration extérieure et intérieure des bâtiments, tels que les balcons, les rampes d’escalier et aussi pour la structure des ponts. C’était un métier d’art, un beau métier. La condition familiale ne pouvait envisager des études autres qu’une orientation rapide vers un métier pour gagner sa vie. Mais René veut plus, il est ambitieux, il a des capacités et le sait, et surtout le travail est déjà le guide de sa vie et le restera toute sa vie.

Reims et la grande guerre

Sa famille est originaire de la campagne rémoise, le père (c’est à dire mon futur grand-père), qui n’a pas été blessé durant la Grande Guerre, est représentant pour un grossiste alimentaire. Il parcoure les campagnes et les villes dans une voiture à cheval qui contient le stock des marchandises qu’il vend ou va livrer à sa clientèle. Lui aussi a un sacré caractère : il aurait mordu son cheval, à moins que c’était un mulet ou un âne, à l’encolure parce qu’il refusait d’avancer.

le champ de bataille de 1916 conserve encore aujourd'hui la trace des impacts d'obus
le champ de bataille de 1916 conserve encore aujourd’hui la trace des impacts d’obus

Reims et toute la province ont été le front de la guerre par trois fois : décembre 1914, septembre 1915, avril 1917. La province rémoise gardera les blessures des trous de bombes dans tous les prés et les bois durant plusieurs dizaines d’années. La terre ne fut plus jamais plane, comme déchirée à tout jamais, les paysans trouvaient sans cesse des morceaux de métal, une grande partie de la province fut interdite à la pénétration, trop dangereuse, une bombe non éclatée pouvant être touchée à tout instant. La cathédrale de Reims fut en partie détruite et la ville meurtrie.

Mon père m’emmena, enfant, voir les dégâts dans les bois et les anciens champs, courant des années 1950 : je fus impressionnée par les blessures qui restaient comme à jamais.

Mon père, né en mars 1906, avait de 8 à 12 ans durant cette guerre. Il n’avait pas été laissé vivre à la campagne, mais était hébergé chez sa marraine dans la ville de Reims. Il n’en a pas gardé de traumatisme, au contraire il me racontait comment, avec ses camarades, ils récupéraient les douilles des balles pour en faire des jeux, et comment il aimait glisser sur une planche qu’il avait surmonté sur des roues récupérées parmi les restes des armes. Il gardera toute sa vie de l’affection pour cette marraine qu’il ne manquait pas d’aller visiter, avec nous, à chaque Toussaint, à la ferme qu’elle tenait dans la campagne rémoise, une fois la paix revenue.

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(1) le nom de mon père est double ce qui ne simplifie pas la compréhension d’autant que je n’ai jamais connu l’origine de ce changement, donc :

  • Son nom de baptême est Maurice, mais il se fit appeler toute sa vie : RENÉ !

je vais donc m’attacher à le nommer René tout au long de mon histoire !

(2) née Magnani

(3) Stasse nom que j’ai repris à la suite de mon divorce officiellement en 1973, mais j’avais quitté mon mari, Jean-Jacques Porchez, le 1er janvier 1970.