Jean-Jacques Porchez indifférent à son fils Jean-François

Jean-Jacques indifférent à son fils Jean-François

Il semblait totalement indifférent à son fils même lorsqu’il était malade.

Par exemple un week-end durant lequel j’étais chez une amie à la campagne Jean-François tomba malade avec une forte fièvre : c’était la rougeole. Pas de médecin dans le village, un peu affolée je téléphonai à son père pour qu’il vienne me chercher. Il le fait puis me pose avec son fils et les sacs dans l’appartement et repart dans la minute vers sa réunion commentant :

  • -Voilà maintenant tu es à la maison

Je suis abandonnée laissée totalement seule

Je me sentis encore une fois totalement abandonnée, et comme au retour de mon accouchement, je m’écroulais là sur une chaise, le corps sans force, la tête vide, la solitude m’envahissant, il me semblait que je ne pourrai plus jamais me remettre debout. Mais la raison reprenait le dessus et je repartais.

Dans la vie quotidienne je me sentais dans un isolement total, livrée à moi-même. La psychanalyse que je lisais n’était que théorique, étudiant Reich ou Freud sans les relier à ma vie quotidienne, pas plus qu’à celle de mon passé. Étudier les théories comblait un plaisir purement intellectuel, les cas exposés étaient ceux des autres, pas les miens ni ceux de mon entourage. En fait c’était un moyen de m’enfuir de mon présent, et de ne jamais penser à mon adolescence.

Jean-Jacques rendait ma vie matérielle facile

il ne surveillait pas mes dépenses, bien que je n’avais pas de besoins superficiels.

Nous voyagions en France, en Espagne, en Tunisie où j’allais aussi avec Jean-François et des épouses avec enfants de ses amis.

Nous étions aussi actifs l’un que l’autre, lui accaparé par son travail dans le tourisme, moi par mes études, mes emplois variés, mes lectures, l’éducation de mon fils.

Nous étions rarement seuls : chine de livres ou restaurants accompagnés d’un de ses amis, réunions à la maison ou à l’extérieur, bridge le samedi soir ; Jean-Jacques se rendait à des réunions politiques durant tous les week-ends.

Il me suffisait de traverser la rue pour me rendre chez des amies passer les après-midi à échanger sur tout, sauf sur ma vie vide de sentiments envers Jean-Jacques, aller ensemble chiner chez Emmaüs. Je m’étais aussi fait une amie de la voisine de palier d’origine anglaise.

Je lui communiquais des recettes de cuisine italiennes dont je retrouvais les compositions par le souvenir des goûts de la cuisine de ma mère, je lui parlais de Simone de Beauvoir dont je venais de découvrir Le deuxième sexe, lui en lisant quelques pages.

Jean-Jacques Porchez, mon mari, ne communique pas avec moi

Emplois

J’obtiens le CAP de comptabilité, et ne suis plus aucun cours par correspondance.

J’ai repris peu à peu un emploi à trois quart de temps puis temps complet, d’abord à la Fédération mondiales des villes jumelées dirigées par J-M Bressand, où je m’ennuie car il m’est confié de faire des fiches.

Jean-Jacques décide de m’employer dans sa boite (de voyages) qui a pris de l’importance, je serai à la réception pour vendre des voyages aux clients qui se présentent au comptoir, mais aussi par téléphone…et alors ils se déplacent pour conclure. Ma position de femme du directeur est délicate.

  • Certains me manifesterons leur hostilité,
  • d’autres me feront « la cour ».

Je suis un peu dupe, mais je reste indifférente.

Incapacité à communiquer de Jean-Jacques Porchez, mon mari, avec moi

Jean-Jacques et moi étions deux introvertis aussi incapable l’un que l’autre de communiquer

  • nos sentiments,
  • nos sensations,
  • nos ressentis même pas sur le paysage lorsque nous voyagions,
  • sur ceux que nous côtoyons, sur ce que nous faisions.

Incapacité due sans doute à notre vie antérieure, chacun avait un ou des traumatismes, j’ignorais tout des siens, j’avais enfoui les miens dans l’oubli… il me faudra « attendre » que je me décide à faire une analyse que je ne pus entreprendre qu’en mai 1985, quelques mois après la mort de ma mère : je n’y étais pas arrivé avant.

Jean-Jacques Porchez bégaie en public

Lui gardait cette propension au bégaiement en public, très gênant lorsqu’il voulait parler en réunion politique rue d’Ulm par exemple. Je ne me posais jamais la question de savoir de quel traumatisme il pouvait souffrir, et pourtant j’étais plongée dans la psychanalyse !

C’est en mai 1985, allongée sur le divan d’une psychanalyste lacanienne, qui donc ne disait que quelques mots, que je commençais à hurler pour dire l’inceste maternel

Dans le prochain billet je vais donner quelques détails sur le concret de cette incapacité à communiquer… et surtout de l’indifférence de Jean-Jacques à l’égard de son fils

Premières règles à 16 3/4

illustration cabinet medecin

Mes premières règles, tardives, hors la présence de ma mère

Mes parents m’avaient confiée à une famille amie pour les grandes vacances. Le père était un ingénieur collaborateur de l’entreprise de mon père avec lequel mon père avait travaillé depuis avant la guerre, pendant la guerre, et jusqu’à son dépôt de bilan. Il était juif bulgare, la femme était d’origine alsacienne avec un fort accent qu’elle garda toute sa vie (1).

Ils étaient des parents attentionnés vis à vis de leurs enfants, autrement dit très différents de mes propres parents. Ils avaient une fille de mon âge et un fils de un ou deux ans de plus.

Ils avaient choisi la Bretagne, je suis incapable de dire où avec précision, je me souviens juste que c’était au bord de la mer et qu’il y avait des bunkers en béton « souvenirs » de l’occupation allemande. Le fils essaya de me séduire, moi j’étais totalement indifférente, je n’avais flirté avec personne encore, c’était l’été de 1957, j’avais précisément 16 3/4 et non encore « formée » selon le terme employé à l’époque.

Mes premières règles

Un jour je découvris du sang dans ma culotte… et je ne savais rien sur les règles… ma mère ne m’avait informé de rien ! Je me souviens pour toujours comme cette femme fut attentionnée avec moi, elle m’expliqua tout, dont comment porter des serviettes hygiéniques.

Il est remarquable que cet événement de mes premières règles se passa hors de la présence de ma mère. Déjà je n’avais pas confiance en ma mère, son comportement incestueux avait commencé depuis plusieurs années.

Je me souviens que j’avais été à la mer avec la classe et mes camarades de 13 ans avaient leurs règles… et moi je ne savais qu’à peine ce que c’était !

Ma mère m’avait emmenée voir un médecin et un cabinet de psychologues

illustration cabinet medecin
illustration cabinet medecin

Ma mère m’avait emmenée voir un médecin qui me demanda pourquoi je ne voulais pas devenir adulte.

  • ne comprenant pas le sens de sa question je restai muette.

Puis ma mère me conduisit dans un cabinet spécialisé pour qu’ils me fassent passer des tests psychologiques. J’y allais plusieurs jours. Je fis des tas de sortes de tests, je me souviens surtout d’un village à construire, il fallait ordonnancer des maisons, des boutiques, une église. D’autres tests demandaient de répondre à des séries de questions.

Résultats des tests psy

Au bout de quelques jours ma mère en reçut le bilan. Je me souviens que c’était un matin. La radio était allumée, comme tous les matins durant mon petit déjeuner, il y était question des « évènements en Algérie » et des bombes, des attentats, les sons nous communiquaient l’ambiance de violence qui parcourait les villes, villages, campagnes dans ce département français.

Ma mère ouvrit et lut silencieusement les conclusions, debout à mon côté, que rendaient les psychologues concernant mon état psychique.

Elle se mit à pousser des hurlements :

  • je ne suis pas comme ça, c’est faux, ils se trompent sur moi !

Et en colère les jeta dans la poubelle.

Moi, intriguée, me rendis à ce cabinet pour en connaitre les résultats, quelques jours plus tard, à l’insu de tous.

Les psychologues refusèrent de me les communiquer.

  • Il s’agissait de moi mais cela ne me regardait pas !

Quelle manque de psychologie ! Quelle frustration je ressentis.

Il m’aurait été bien utile de savoir qu’elles étaient leur conclusion plus particulièrement dans mon rapport avec ma mère, dont visiblement il était en majorité question, vu la violente réaction de ma mère.

Plus tard, en analyse, quand ces souvenirs me revinrent, je les racontais en hurlant durant plusieurs séances. Des psychothérapeutes donnèrent un nom à mon vécu : inceste.

Mais voilà l’inceste maternel n’est pas reconnu en tant que tel par la société française

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(1) elle est venu à l’enterrement de mon père en janvier 1985, son mari était mort, et sa fille et moi avons eu un long échange sur notre passé et notre vie…

Lectures, Freud et ma dyslexie

sigmund freud, by max halberstadt

Découverte de Freud

J’achetais mon premier livre de Freud sur le conseil d’une camarade de classe, elle même informée par son frère ainé. J’avais juste 18 ans.

Inverti ? non introverti !

Je me trouvais devant une énigme. Il y était question d’ « introverti« , tout au moins c’est ce que je lisais, alors qu’en fait il était question de l’ »inverti« ! Cela avait l’air « grave » je m’en inquiétais, car dans la famille on me qualifiait d’introvertie. Ma dyslexie me fit lire « introverti » à la place de « inverti » qui était écrit ! Il s’agissait de l’homosexualité dont je n’avais jamais entendu parler et ne connaissais même pas l’existence de cette préférence sexuelle ne sachant déjà rien sur la sexualité la plus courante entre fille et garçon !

Dyslexique si affamée de lecture je lis par la photo des mots entiers !

En effet je compris plus tard que je lisais par la « photographie » des mots, par leur « dessin » entier.

Mes employeurs me dirent durant des dizaines d’années :

  • vous faites des fautes parce que vous ne lisez pas,

Malheureusement je les crus longtemps, persuadée qu’eux lisaient bien plus que moi, renforçant ainsi mon complexe d’élève nulle ! …je finis pas comprendre que je lisais bien plus que tous ces juges, tenant une moyenne de 1 ou 2 livres par semaines, et pas des romans roses et peu de policiers, j’arrivais vite à plusieurs milliers de livres… je le vérifierai quand j’ouvrirai ma librairie !

C’est à l’occasion d’un livre se passant en Corée du Sud que je compris enfin comment je lisais (début des années 2000). Les noms propres étaient complexes à retenir pour une dyslexique, genre : Kim Dong-Hwa, Yoon-sun Park, Kun-woong Park, Ji-young Gong, avec des ressemblances que j’avais du mal à distinguer ; au début j’ai bien failli lâcher le livre, mais le livre était intéressant d’autant que je ne savais rien sur le Corée ! Voulant absolument m’y retrouver entre chacun des personnages ayant des noms semblables…

Je compris enfin comment j’avais toujours lu : mes yeux photographiaient les mots/noms entiers par leur dessin spécifique, je n’avais jamais lu par lettre et/ou syllabe, mais par chaque mot entier ! Voilà pourquoi je continuerai à faire des fautes, mais écrire sur ordinateur connecté à internet m’a changée la vie !

Freud et la psychanalyse m’ont ouverte et sauvé pour la vie

sigmund freud, by max halberstadt
sigmund freud, by max halberstadt

Au début je ne comprenais rien, mais j’ai su dès les premières phrases que « c’était ça » ! Puis j’embrayais sur Wilhelm Reich « à la mode » durant les années 1960-1970 par le biais des recherches de William Masters et Virginia Johnson très à la mode en France durant ce qu’on appelle « la révolution sexuelle« … je reparlerai de mes lectures dans des billets spécifiques.

Ma mère surveille mes lectures sans les comprendre !

Ma mère inspectait la bibliothèque de ma chambre pour faire un contrôle sur mes lectures. Tout comme elle le faisait dans mes tiroirs avec mon journal. Mais je m’arrêtais vite de l’écrire car un jour elle se dévoila en parlant à table d’un sujet me concernant qu’elle était sensé ignorer. J’arrêtais aussitôt de tenir ce journal.

Dans ma bibliothèque elle remarqua « L’amant de Lady Chatterley » qu’elle jugea inconvenant par ouï dire car elle ne le lut jamais. Cependant de mon point de vue j’en avais été très déçue car j’espérais y trouver quelques réponses à mes questionnements sur la sexualité alors que je n’y trouvais absolument aucune explication.

Je lis aussi Baudelaire et Victor Hugo et je dessine

Je faisais des dessins de paysages d’une tristesse infinie : arbres morts dans un environnement de neige ; je dessinais le visage de Baudelaire d’après une photo. Je trouvais son visage intéressant. J’admirais les dessins de Hugo.

les bulgraves de victor hugo delagrave 1946
les Bulgraves de Victor Hugo Delagrave 1946

et voici la photo de Baudelaire qui me fascinait et que j’ai reproduisis, mais je n’ai aucun exemplaire de cet essai de dessin, regrets !

portrait de charles baudelaire 1862 etienne carjat
portrait de Charles Baudelaire 1862  par Etienne Carjat

Pourquoi ce portrait me fascinait-il ? il est bon de se poser cette question, de plus je n’avais aucunement conscience qu’il n’avait « que » quarante ans, âge qui me paraissait déjà « vieux », en ayant 81 au moment où j’écris ce billet je vois comme la perception de l’âge est des plus relatifs !