René mobilisé en août 1939

réfugiés français sur la route de l'exode, 19 juin 1940

Déclaration de la guerre en août 1939

René est mobilisé

La France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l’Allemagne début septembre 1939. La mobilisation générale a été décrétée dès août 1939, René est mobilisé.

La guerre commence par une série de défaites aux Pays-Bas, en Belgique, au Luxembourg et dans le Nord de la France le 10 mai 1940. Les Belges, Luxembourgeois, Hollandais quittent leur maison et leur pays et traversent le Nord de la France puis Paris pour se diriger vers le Sud, sans but défini sinon fuir les Allemands qui avancent très rapidement et occupent chacun de ces pays.

Défaite sur la Somme en juin 1940

Après la défaite sur la Somme de juin 1940 les Parisiens s’agrègent à cette cohorte, la grossissent, trainant eux aussi des charrettes, des vélos chargées de matelas, vêtements, nourriture, voire sur leur dos : Sur Wikipedia on peut lire :

L’exode de 1940 en France est une fuite massive de populations belges, néerlandaises, luxembourgeoises et françaises en mai-juin 1940 lorsque l’armée allemande envahit la Belgique, les Pays-Bas et la majorité du territoire français pendant la bataille de France, après la percée de Sedan. Cet exode est l’un des plus importants mouvements de population du XXe siècle en Europe.

troupes britanniques et civils belges route louvain bruxelles 12 mai 1940
troupes britanniques et civils belges route Louvain Bruxelles 12 mai 1940
réfugiés français sur la route de l'exode, 19 juin 1940
réfugiés français sur la route de l’exode, 19 juin 1940

La sœur de Alda descend de Reims avec ses filles

La sœur de Alda descend depuis Reims, accompagnée de ses filles, âgées de 10 et 2 ans, retrouve Alda accompagnée de sa fille Micheline âgée de 9 ans et prennent la route de concert toutes les cinq. Les foules sont apeurées, fuyantes, désorientées. Elles subissent sur les routes les bombardements des avions tant allemands que ceux des alliés qui leur répondent. Elles s’arrêtent en Sarthe où un couple les accueillent dans deux ou trois pièces disponibles, à la seule condition de coopérer aux tâches quotidiennes.
Micheline, 9 ans, doit faire le ménage !

Micheline en garda un très mauvais souvenir. Elle raconta toute sa vie qu’elle devait faire le ménage et que l’hôte passait son doigt sur les meubles et les portes, pour vérifier qu’il ne restait pas de poussière. Micheline avait 9 ans. Sans doute qu’elle n’avait encore jamais fait le ménage de sa vie ! Elle l’apprit là, un peu rudement sans doute. Cependant Micheline se rattrapa largement adulte quand elle devint mère de sept enfants…

On peut remarquer que ce ne fut donc pas l’exode qui « traumatisa » Micheline, mais de faire le ménage pour la première fois de sa vie ! Ainsi Micheline ne garda aucun souvenir de l’exode, des bombardements sur les routes, du manque de nourriture… apparemment juste une histoire de poussière sur des meubles !

…À moins que ce ne fut qu’un souvenir écran à d’autres souvenirs bien plus traumatisant.

1930 Alda se marie avec René

le champ de bataille de 1916 conserve encore aujourd'hui la trace des impacts d'obus

René épouse Alda à Reims en 1930

René (1) a eu le coup de foudre pour Alda (2). René (3) avait rencontré Alda à la guinguette proche du domicile de la famille où elle était femme de chambre.

Jeune fille gaie, heureuse de vivre, mince, la tête auréolée de ses cheveux noirs frisés, Alda avait une élégance naturelle. Elle dansait d’instinct, René plus raide, lui marchait sur les pieds.

Elle comprit vite qu’il l’ouvrait à un avenir qu’elle ne pourrait envisager sinon, vu sa condition de femme de chambre dans une maison bourgeoise, de plus son âge de 21 ans allait bientôt la faire considérer comme « vieille fille » car non encore mariée.

Il était dans les mœurs de l’époque que les filles de condition modeste travaillent en attendant le mari idéal, pas d’autre choix quand on n’a plus de famille ; mœurs qui resteront jusques années 1960. Elle pouvait envisager un ouvrier qualifié, un employé de magasin, un serveur dans un restaurant, enfin quoi un homme d’une condition juste au-dessus de la sienne.

Elle avait eu un premier amour, originaire de la petite bourgeoisie de Reims. Il s’était tué en moto. Elle ne l’oubliera jamais vraiment.

René est inattendu pour Alda

Alda comprend vite qu’il a de l’ambitieux pour son avenir. René s’est formé à l’emploi de dessinateur par cours du soir et travaille dans un bureau d’études ; il continue à prendre des cours le soir au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) à Reims pour obtenir le diplôme d’ingénieur en bâtiment et travaux publics en trois ans.

Lui la qualifiait de « oiseau qui attend sur la branche ». Il était donc visible qu’elle attendait que la vie lui propose autre chose que son présent et son passé, assez lourd. Tous deux sont confiants en leur avenir.

René était destiné par son père à devenir serrurier en bâtiment, c’est à dire à fabriquer des ouvrages en fer forgé pour la décoration extérieure et intérieure des bâtiments, tels que les balcons, les rampes d’escalier et aussi pour la structure des ponts. C’était un métier d’art, un beau métier. La condition familiale ne pouvait envisager des études autres qu’une orientation rapide vers un métier pour gagner sa vie. Mais René veut plus, il est ambitieux, il a des capacités et le sait, et surtout le travail est déjà le guide de sa vie et le restera toute sa vie.

Reims et la grande guerre

Sa famille est originaire de la campagne rémoise, le père (c’est à dire mon futur grand-père), qui n’a pas été blessé durant la Grande Guerre, est représentant pour un grossiste alimentaire. Il parcoure les campagnes et les villes dans une voiture à cheval qui contient le stock des marchandises qu’il vend ou va livrer à sa clientèle. Lui aussi a un sacré caractère : il aurait mordu son cheval, à moins que c’était un mulet ou un âne, à l’encolure parce qu’il refusait d’avancer.

le champ de bataille de 1916 conserve encore aujourd'hui la trace des impacts d'obus
le champ de bataille de 1916 conserve encore aujourd’hui la trace des impacts d’obus

Reims et toute la province ont été le front de la guerre par trois fois : décembre 1914, septembre 1915, avril 1917. La province rémoise gardera les blessures des trous de bombes dans tous les prés et les bois durant plusieurs dizaines d’années. La terre ne fut plus jamais plane, comme déchirée à tout jamais, les paysans trouvaient sans cesse des morceaux de métal, une grande partie de la province fut interdite à la pénétration, trop dangereuse, une bombe non éclatée pouvant être touchée à tout instant. La cathédrale de Reims fut en partie détruite et la ville meurtrie.

Mon père m’emmena, enfant, voir les dégâts dans les bois et les anciens champs, courant des années 1950 : je fus impressionnée par les blessures qui restaient comme à jamais.

Mon père, né en mars 1906, avait de 8 à 12 ans durant cette guerre. Il n’avait pas été laissé vivre à la campagne, mais était hébergé chez sa marraine dans la ville de Reims. Il n’en a pas gardé de traumatisme, au contraire il me racontait comment, avec ses camarades, ils récupéraient les douilles des balles pour en faire des jeux, et comment il aimait glisser sur une planche qu’il avait surmonté sur des roues récupérées parmi les restes des armes. Il gardera toute sa vie de l’affection pour cette marraine qu’il ne manquait pas d’aller visiter, avec nous, à chaque Toussaint, à la ferme qu’elle tenait dans la campagne rémoise, une fois la paix revenue.

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(1) le nom de mon père est double ce qui ne simplifie pas la compréhension d’autant que je n’ai jamais connu l’origine de ce changement, donc :

  • Son nom de baptême est Maurice, mais il se fit appeler toute sa vie : RENÉ !

je vais donc m’attacher à le nommer René tout au long de mon histoire !

(2) née Magnani

(3) Stasse nom que j’ai repris à la suite de mon divorce officiellement en 1973, mais j’avais quitté mon mari, Jean-Jacques Porchez, le 1er janvier 1970.

Giovanni trompe sa femme et la quitte années 1920

interdit aux chiens et aux italiens

Giovanni trompe sa femme Anita

Vers les années 1920, Giovanni va avoir une nouvelle relation stable avec une autre femme que la sienne ; dans la famille il est dit « avec la bonne » : vrai ou faux ? Le couple avait-il les moyens de salarier une employée de maison ? Quoiqu’il était plus courant que maintenant qu’une famille nombreuse, même modeste, emploie une servante, les tâches ménagères, surtout avec quatre enfants, étaient plus lourdes que maintenant.

Giovanni quitte le domicile conjugal pour aller s’établir avec elle à Reims, on ignore là encore pourquoi Reims, réputé pour son vin, mais la Champagne est avant tout une terre agricole pauvre.

électricien à son compte à Reims

Dans cette ville il s’établit électricien à son compte ce qui comporte à la fois réparations, installations et commerce, et y initie son fils aîné qu’il a emmené avec lui. Ce fils, Giovanni continuera le métier, le petit fils continuera aussi, mais il mourra à 30 ans d’un accident d’avion, trop jeune pour perpétuer le métier.

Niveau de vie de Anita très bas

Alors que la vie quotidienne matérielle de Anita s’était améliorée depuis la fixation du couple aux alentours de Montargis, elle va brutalement devenir une sorte d’enfer.

Anita se retrouve seule avec à charge trois enfants puisque Giovanni est parti avec l’aîné. Elle n’a aucun moyens de subsistance.

Elle écrit à son frère cadet, Enrico, qui va la secourir financièrement en cachette du reste de la famille romaine, ce qui confirmerait l’hypothèse qu’elle aurait fui sa famille à la fin du 19ème siècle ou tout début du 20ème.

Alda fuit et va voir son père à Reims

Alda se rend à Reims pour retrouver son père, vers l’âge de 15/18 ans, donc encore mineure.

Adulte elle en avait encore un souvenir ébloui. Il l’a gâta tant et plus, lui offrant de beaux vêtements, la recevant chez lui.

Mais cela ne dura que quelques mois, car la nouvelle compagne s’en révéla jalouse et fit en sorte que cette fille, qui finalement dérangeait sa relation de couple, ne fut plus gâtée ni reçue par son père.

Alda s’est-elle enfuit vers son père à Reims uniquement pour le voir et combler un manque affectif ? ou aussi pour fuir, une ambiance malsaine, comme sa propre mère qui s’était enfuie de Rome ?

Car quand son père refusa de la recevoir Alda ne revint pas à Montargis, vers sa mère. N’était-ce pas ce qui aurait été le plus naturel pour une adolescente qui devait avoir autour de 15 ans ?

  • À moins que quelque chose l’en empêcha ?
  • Alda vécut-elle durant son adolescence une relation incestueuse avec sa mère ? l’inceste est la plupart du temps héréditaire, se répétant de génération en génération.
  • On peut le poser en hypothèse : quand elle s’était retrouvée seule à Reims, le réconfort et soutien de sa mère eut été le plus naturel.
  • Anita reproduisit-elle ce qu’elle aurait subi dans sa jeunesse par sa propre mère ?
  • L’inceste maternel avait-il commencé depuis plusieurs générations ?
  • La situation de Alda suppléante d’une mère dépressive et abandonnée par son mari, la livrait à sa mère… ce que Alda a fuit !

Alda prend un emploi de femme de chambre

Se retrouvant seule à Reims et n’y connaissant plus personne, Alda trouve un emploi de femme de chambre.

La seule collègue dont elle me parla était la cuisinière qui la conseillait pour sa vie de jeune fille.

Il manque des informations car habituellement dans une maison bourgeoise il y a aussi une gouvernante et une bonne.

Elle ne dit pas par quel moyen elle trouva un tel emploi. Peut-être a-t-elle pu faire valoir son expérience de fille ainée dans sa famille ?

Le racisme en France vis à vis des Italiens

Issue d’une famille d’immigrés ma mère ne me parla jamais du racisme qui pourtant était vif vis-à-vis des Italiens.

À partir de la fin du 19ème siècle la France commença à avoir besoin de bras supplémentaires pour son industrialisation.

Ainsi commença les immigrations polonaise et italienne.

Les immigrés italiens souffrirent particulièrement dans le Sud Est (Savoie) et le Sud (Nice) d’un racisme violent se caractérisant par des sortes de chasse à l’homme par les Français pour dissuader les Italiens « de prendre leur travail », alors que l’industrie et même les campagnes avaient besoin de ces bras supplémentaires.

interdit aux chiens et aux italiens
interdit aux chiens et aux italiens

Ces chasses à l’homme firent des morts parmi les Italiens.

Ce racisme accompagna la croissance de l’immigration italienne bientôt remplacée par les Algériens à partir des années 1950.

Les Italiens furent le plus gros contingent d’immigrés en France durant trois quart de siècle (1).

Les paysans étaient rivés à leur terre depuis la découverte de l’agriculture , mais du fait de sa modernisation elle avait besoin de moins de bras, les paysans devenaient ouvriers dont le nombre augmentait d’année en année depuis la forte industrialisation du milieu du 19ème siècle (Napoléon le 3ème, ou « le petit » selon Victor Hugo), et ils étaient amenés à chercher un emploi à travers toute l’Europe.

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1 – Voyage en Ritalie, Pierre Milza, 1993, : de 1921 à 1931, chaque année arrive en France un contingent de 200 000 à 380 000 Italiens en France. 1931 année record de la présence italienne en France on peut avancer le chiffre d’un million d’Italiens (sur un total de 3 millions d’immigrés) présents sur le sol français. À cette date la France devance les États-Unis en matière d’immigration.